FRANCISCOLAND

FRANCISCOLAND

CASINO mafia opéra

OPÉRA / DRAME

MARTIN SCORSESE

 

 

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Par quoi commencer?

Tiens, par le générique par exemple, qui, d'une explosion, évoque l'envol comme la chute du personnage de De Niro au milieu des étoiles clinquantes des néons de Las Vegas. Un générique signé Saul Bass (ceux de Psychose ou de L'Homme au bras d'or, c'est lui) Un Title-Designer de génie que Scorsese avait déjà sollicité pour Les Affranchis et Les Nerfs à Vif. Quelle entrée en matière ! La trajectoire est toute tracée et c'est Jean Sébastien Bach qui se charge de nous maintenir en suspension dans l'air.  Résonne l'oratorio de La Passion selon Saint Matthieu. Nous sommes à la messe. Le ton est donné. De l'extase au châtiment le décor sera baroque et le sentiment restera religieux jusqu'au bout.

Nous sommes chez Scorsese. `

Chez lui le poids de nos péchés est toujours fatal.

 

L'entrée en matière...

Pendant plus de 20 minutes, sous la dictée des voix off de De Niro et Pesci, portées par le montage au tempo hallucinant de l'immense Thelma Schoonmaker enchaînant une série de plan-séquences virtuoses, Scorsese, ici au sommet de son art, plante le décor, les personnages, leurs parcours, les enjeux, l'essor et la mise en place de tout l'opéra à venir. Il nous fixe au pouls de son univers. Il impose son rythme et sa vision. Celle la ville elle-même. Cité aux chimères, univers frénétique, clinquant, violent et aveuglant. Un Las-Vegas surfant sur le tsunami d'une B.O atomique qui trois heures durant va enchainer les plus grands standards des sixties & seventies sur laquelle les Stones règnent en maître.

Voilà, le premier quart du film est loin d'être passé et l'on vient de se prendre une leçon de réalisation, de montage et ... d'écriture.

 

Le style, c'est celui du scénariste Nick Pileggi, de retour après son travail admirable sur Les Affranchis. Un puits de science sur l'univers, l'organisation et le fonctionnement de la Mafia. Il reste incollable sur l'édification de Las Vegas. Une gigantesque usine à fric cultivant l'addiction et vampirisant jusqu'au dernier dollar ceux qui y plongent. En vingt minutes est décrit avec force, précision et un humour féroce, toute la mécanique d'un univers où va se jouer une tragédie profondément humaine.

Celle d'hommes et de femmes ambitieux détruisant leur propre vie et leur empire par avidité.

Cette messe là, elle est terrible.

 

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Comme dans toute tragédie d'envergure antique, les Dieux gardent la mains.

Ici ce sont de vieux mafieux se réunissant dans l'arrière salle d'une épicerie et jouant les marionnettistes entre deux dégustation de boulettes de viandes délicieusement confites par la mama. Encore un festival de gueules dont Scorsese a le secret.

Casino est un univers qui étourdit et flanque le vertige mais totalement sous contrôle.

Tous sont définitivement piégés dans l'enfer qu'ils ont eux-mêmes créé :

  - In Vegas, everybody's gotta watch everybody else. Since the players are looking to beat the casino, the dealers are watching the players. The box men are watching the dealers. The floor men are watching the box men. The pit bosses are watching the floor men. The shift bosses are watching the pit bosses. The casino manager is watching the shift bosses. I'm watching the casino manager. And the eye-in-the-sky is watching us all.

 

Casino est tourné en 1995.

La dernière grande année de cinéma pour De Niro. À ce chef-d'oeuvre s'ajoutera Heat de Michael Mann. Un somptueux doublé qui va assoir définitivement la légende après des années 80 moins éclatantes que celles de la décennie précédente. C'est le chant du cygne. Hormis un second rôle grandiosement atone dans le Jackie Brown de Tarantino, de très belles scènes dans Monsieur Flynn et de sympathiques  participations aux films de David O. Russell, plus rien. Les années qui suivront aligneront les comédies lourdingues et les polars anecdotiques. Ainsi vont les carrières, y compris pour les géants.

 

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Ici, dans les pompes de Sam "Ace" Rothstein, le grand Bob accomplit le tour de force de rester à la fois impérial et pathétique. Une prestation sans fausses notes. Le stradivarius est de sortie. Roi fragile, aussi bien en "Parrain" de Casino aux costards tape à l'oeil qu'en amoureux éperdu de la sublime et inaccessible Sharone Stone.

 

Parlons de Sharone Stone.

Grandiose et incandescente de bout en bout en Ginger, putain magnifique de classe Babylonienne. Elle gère l'ascension et la dégringolade de son personnage noyé dans la poudre l'or et les fourrures, avec un abandon absolu au rôle. Sans jamais oublier de laisser affleurer en permanence la "petite fille perdue" encore dépendante du dealer minable qui accompagna son adolescence (truculentes apparitions de James Woods). Sa prestation donne la mesure du gâchis. Hormis Casino, cette reine de l'écran au charisme ravageur ne s'est jamais vu offrir un rôle à la mesure de son talent. Piégée par le succès du Kitsch et désolant Basic Instinct. On comprend avec quelle fringale elle a mordu à belles dents dans ce rôle magnifique. Son plus beau. Elle compose un personnage irrésistible, fragile et bouleversant qui apporte toute la chair et l'émotion d'un film qui, sans elle, n'aurait été qu'une énième saga mafieuse. Ses larmes discrètes, lorsque De Niro lui fait sa demande en mariage, disent tout d'une âme lucide et dans l'impasse. Le drame est déjà là.

Grâce à elle, Casino est aussi la terrible histoire d'un amour impossible;

Une montagne de dollars ne suffira pas au seigneur de Vegas pour gagner le coeur de la belle.

 

Et pour boucler cet inoubliable trio de figures colossales aux pieds d'argile De Niro retrouve pour la quatrième fois de sa carrière Joe Pesci. Sur un registre similaire à celui de l'incontrôlable Tommy des Affranchis Pesci enfonce le clou. Bronzé et lifté à faire sauter les coutures, il garanti à lui tout seul l'intensité et la violence du spectacle. Le Nicky Santoro selon Pesci c'est l'ombre maléfique, le chien fou qui nourrit le maître avant de mordre sa main.

Grotesque et terrifiant il incarne la troisième face de las Vegas.

Après le clinquant et le charme vénéneux, il est la violence qui laisse à terre.

- No matter how big a guy might be, Nicky would take him on. You beat Nicky with fists, he comes back with a bat. You beat him with a knife, he comes back with a gun. And if you beat him with a gun, you better kill him, because he'll keep comin' back and back until one of you is dead.

 

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Cette chronique n'a qu'une seule ambition. Celle de vous donner envie de le revoir ou, pour les plus jeunes et plus veinards d'entre nous, de le découvrir.

Parce qu'on ne peut qu'aborder Casino.

Les entrées sont multiples et les échos sans fins.Vous y trouverez le sens que vous voulez.

Grandeur et décadence. Loyauté et trahison. Ce voyage rince toutes les illusions.

C'est un film qui, plus de vingt ans après sa sortie, continue de rugir. Un vacarme Shakespearien. Beaucoup de bruit pour... rien.

Parce qu'au final, c'est ça.

Et seulement ça.

Après trois heures furieuses et virtuoses, Scorsese nous chuchote à l'oreille que, quel que soit notre parcours dans la vie, nous arrivons sans rien et nous repartirons sans rien.

Casino c'est grand, fou et dérisoire, comme la vie.

Une cruelle, grandiose, jouissive, addictive et féroce leçon d'humilité.

 

- The longer they play, the more they lose, and in the end, we get it all.

 

 

 

Francisco,

 

 

 

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Leçon de maître


 

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CASINO

1995

3h

LE BLU-RAY : Cette copie de dix ans d'âge a encore fière allure et reste aujourd'hui le meilleur moyen d'entrer au Casino, mais la qualité ahurissantes des restaurations les plus récentes permet de rêver à une nouvelle édition. On pourrait souhaiter une gestion du grain encore plus harmonieuse, des couleurs rafraichies, des contrastes encore plus solides et un niveau de détail un poil plus saillant, juste histoire de bien assoir au firmament l'admirable travail du Tarantinesque chef-op Robert Richardson qui faisait ici son entrée dans l'univers Scorsesien.  Le format scope et le fluo lui vont à ravir. Un nouveau transfert 4K rendrait pleinement justice à cette peloche irradiante. Ceci étant dit, en l'état, il y a déjà de quoi se régaler.

Director:

Martin Scorsese

Writers:

Nicholas Pileggi (book), Nicholas Pileggi (screenplay) | 1 more credit »

 

 

 

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07/01/2019
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