FRANCISCOLAND

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THE IRISHMAN mafia requiem

MAFIA REQUIEM

MARTIN SCORSESE

  

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Ils ont grandi ensemble, ils mourront ensemble.

C'est par un travelling filmé en 35mm et à la fluidité  plutôt "seventies" évoluant le long du couloir principal d'une maison de retraite jusqu'à la salle commune que Scorsese retrouve son double cinématographique Robert De Niro, presque 25 ans après CasinoDire que ces retrouvailles sont profondément émouvantes est un doux euphémisme.

 

Les jeunes chiens fous de Mean Streets et Taxi Driver se sont, bien sûr, assagis et c'est au rythme lent et noble du vieux lion encore roi de la savane qu'évolue cette fresque mafieuse à la fois intime et universelle, embrassant 40 ans d'histoire de l'Amérique.

Oubliez la frénésie et la rage des trois premiers opus de la tétralogie mafieuse scorsesienne aux BO jouissives et encyclopédiques (Place ici au sirupeux standards des années 50 & 60).  Oubliez les séquences à l'arrachée de Mean Streets, le montage virtuose et le foisonnement narratif des Affranchis jusqu'à l'opératique Casino. 

Après la folie furieuse du Loup de Wall Street Scorsese semble s'être débarrassé de sa rage et de ses colères. À suivi Silence.

Aujourd'hui, grâce à l'engagement de Netflix, Scorsese confirme.

Avec The Irishman,  le sage se pose et médite.

 

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Des "jeunes années" de l'ascension de Frank Sheeran, chauffeur livreur devenu le bras droit du mythique président du syndicat des camionneurs Jimmy Hoffa, jusqu'au retour à la vieillesse et la solitude, The Irishman délivre des échos de tragédie mafieuse sur le pouvoir, le temps, l'âge, le poids de nos fautes et la supplication ultime et sans réponse au Divin.

Crime, famille et religion. En cela The Irishman cousine clairement avec l'ensemble des oeuvres de Scorsese.

Plusieurs séquences "clin-d'oeil" évoquent, de Taxi Driver à Casino, le parcours du cinéaste à la filmographie vertigineuse.

 

Cette gravité testamentaire, voyage au coeur de la mémoire d'un personnage autant que celle d'un cinéaste habités toute leur vie par les mêmes obsessions, voisine avec celle du chef-d'oeuvre de Leone "Il était une fois en Amérique" mais le sordide et la cruauté de certaines situations sont régulièrement détournées par un humour et un sens de l'absurde venant, au détour de dialogues savoureux, pimenter ce parcours de crime et de trahisons.( Ce dialogue autour du poisson...) On peut saluer, à ce propos, l'épure comme la densité de l'écriture du scénariste Steven Zaillian (La Liste Schnidler, American Gangster) qui oeuvra déjà en co-scénariste sur Gangs of New-York.

 

Même l'étrange et perturbant processus digital de "de-aging", retirant numériquement les rides des personnages pour les rajeunir de 20 ou 30 ans, participe de la mélancolie de l'ensemble.

Malgré la prouesse technologique, l'expression et l'éclat des regards, tout comme les épaules voutées et le pas lourd des acteurs, sont bien ceux de septuagénaire ayant vécu leur vie. Si cette sensation aurait pu ruiner ma séance elle ajoute au contraire à cette notion de voyage dans la mémoire.

C'est bien le regard d'un homme âgée sur sa jeunesse et la genèse de son parcours amoral qui détermine la forme et le rythme du film. 

Il est plus ici question de l'âme que du rôle des personnages. Des acteurs plus jeunes auraient été immédiatement crédibles mais nous auraient privés de cette mélancolique cohérence.

  

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Dans l'ombre du parrain Russell Bufalino (grand retour d'un Joe Pesci bien calmé mais toujours aussi intense après dix ans de retrait des plateaux) et de Jimmy Hoffa (phénoménale énergie de Pacino) Frank Sheeran enchaine les baptêmes et les fêtes de famille comme les exécutions.

Et tout ces drames et instants du quotidien se déroulent avec une distance quasi bouddhiste.

Cette routine de la mort en marche, décrite sereinement et sans tapage, est bien sûr portée par le montage d'horloger de la fidèle et surdouée Thelma Schoonmaker. La lenteur exige un rigoureux sens du tempo et je n'ai jamais souffert du poids de ces trois heures trente de métrage. Une durée qui laisse le temps à tous les acteurs de laisser respirer leurs personnages.

 

25 ans après Heat, le face à face Pacino De Niro ajoute encore à la légende. La complicité entre ces deux personnage comme entre ces deux géants du 7ème art est évidente et fait merveille. Le mutisme magnétique de l'un et l'exubérance de l'autre incarnent à la perfection les deux faces du parcours Scorsesien. Quel régal ! et en même temps chaque séquence de cet adieu aux armes serre le coeur. De chaque côté de l'écran nous savons que nous assistons ici au chant du cygne de ceux qui ont habité l'une des plus hallucinante page d'histoire du cinéma américain. 

"Il nous reste quoi, quelques années à vivre. Il faut faire ce film maintenant" insista Robert De Niro auprès de son frère et père de 7ème art.

 

Si Joe Pesci et Harvey Keitel sont de retour, les héritiers du patrimoine Scorsesien sont là aussi, le temps d'une ou plusieurs scènes, qu'ils aient frayé avec le maître ou non. Bobby Cannavale (Boardwalk Empire, Vinyl) Stephen Graham (Snatch, Public Enemies et un mémorable Al Capone façon Pesci dans Boardwalk) Jesse Plemons (Breaking Bad, Strictly Criminal) ou Steve Van Zandt (Les Soprano).

Comme pour le récent Il était une fois à Hollywood de Tarantino, The Irishman est également une vibrante déclaration d'amour à un cinoche "à l'ancienne" en train de disparaitre. Un cinéma qui n'en avait rien à foutre des effets, prenait son temps et laissait l'espace à ses personnages. Si on oublie le "de-aging" Pacino a déclaré qu'il avait retrouvé au cours du tournage les même sensations que dans les années 70. Pas de fonds vert, de vrai décors et un tournage en 35mm (un négatif retraité ensuite sur un master digital).

 

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À propos de technique soulignons le travail admirable du chef-op attitré de Scorsese depuis Le Loup de Wall Street, Rodrigo Prieto.

Ce virtuose a travaillé avec les plus grands. Il a signé l'image de monuments comme Amours Chiennes, Babel, Biutiful, 24 Heures avant la nuit, 21 grammes, Brokeback Mountain, Argo, The Homesman. Autant d'oeuvre où le cadre, les couleurs et la texture des tableaux se calent sur la matière et l'âme des personnages.

Il expose une matière filmique passionnante à l'oeil, ruisselante de détails, entre séquences "à grain" et froideur numérique. Entre la chaleur des souvenirs et les glaçantes solitudes et remords d'un vieux criminel à l'approche de la mort. 

Si la BO s'est assagie, il est bien le digne artisan de cet adieu poignant à ces territoires cinématographiques qui ont dessinés le renouveau du cinéma américain.

 

Je laisserai le soin de conclure au brillantissime Jean Baptiste Thoret qui, dans ses essais sur "Le cinéma américain des années 70", écrivait

" Même si l'on continue encore à produire des films selon des schémas anciens et classiques, nous ne croyons plus qu'il suffise d'une seule action pour changer le monde. Nous ne croyons plus que le Mal absolu existe et nos savons qu'aucune violence n'est propre. Ce n'est plus l'incertitude morale qui fait question mais plutôt sa pureté, et le monde nous émeut dans sa diversité, non plus dans sa globalité. Nous savons qu'il n'y a de résistance efficace qu'au centre du système. Nous voulons toujours croire aux clichés mais nous savons qu'ils sont faux. Tout cela, c'est le cinéma américain des années soixante-dix qui nous l'a appris. C'est à la fois sa beauté et ce qui fonde son éternelle actualité."

The Irishman en est la brillante illustration.

Scorsese ne pouvait livrer plus beau testament.

 

" It's over... they're all gone"  

 

 

 

 

Francisco,

  

  

 

 

 

 

 

 

 

Maîtrise d'art 

 

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Thanks for all, Marty !

 


 

 

 

 

 

 

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THE IRISHMAN

2019

3H25

L'image :  En attendant un Blu-ray?  "une matière filmique passionnante à l'oeil, ruisselante de détails, entre séquences "à grain" et froideur numérique."

Liens IMDB

Director:

 Martin Scorsese

Writers:

 Charles Brandt (book), Steven Zaillian (screenplay) 

 

 

 

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01/12/2019
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