FRANCISCOLAND (à la poursuite du lapin blanc)

FRANCISCOLAND     (à la poursuite du lapin blanc)

SEVEN have you ever seen anything like this?

BIBLE DU SERIAL POLAR

DAVID FINCHER

 

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- Honestly, have you ever seen anything like this?
- No. 

Ce bref échange entre Mills et Somerset résume parfaitement ce qu'on s'était dit entre potes en sortant du cinoche.

Il y a presque 25 ans.

 

Mills et Somerset.

Brad Pitt et Morgan Freeman.

Le jeune chien fou et le vétéran revenu d'à peu près tout.

Un canevas de buddy-movie transformé ici en leçon de déniaisement brutale et nihiliste. Là ou finit l'humanité. Une chasse à l'homme dans une ville sans nom portée par des personnages dont l'identité même semble vouée à s'effacer. (À quelques jours de la retraite on efface déjà le nom de l'inspecteur Somerset de la porte de son bureau

Cette interprétation croisée joue admirablement sur la dynamique d'un film à la narration pourtant linéaire. La marche funêbre prend feu sur le terreau de deux interprétations admirables. Un art du contraste et un jeu du contraire qui s'exerçe avec une force colossale dans les eaux sombres d'une chasse au Serial-Killer qui, aujourd'hui encore, n'a jamais trouvée son équivalent.

(Souvent imitées, jamais égalées l'atmosphère et l'imagerie du film feront des petits jusqu'aux perles du polar coréen, avec notamment l'exthétique du brillantissime Memories of Murder de Bong Joon-ho en 2003)

 

 

Trois ans plus tôt, en 1991, Jonathan Demme, Jodie Foster et Sir Anthony Hopkins nous avaient tétanisé avec Le Silence des Agneaux. Mais en flirtant, sur la fin, avec le Grand-Guignol.

En 1994, un certain David Fincher allait nous empoisonner à vie en alignant des scènes de crimes suintant l'horreur autant sur l'écran que jusqu'aux recoins les plus obscurs de nos âmes fragiles. C'est toute la force de Seven sur la concurrence. Aucune exécution (enfin, presque) mais des tableaux d'une ultime cruauté. Les mises à mort ne se dérouleront que dans l'esprit du spectateur. Plus qu'une traque, Seven est une terrifiante exposition. Une sinistre galerie de suppliciés dont les cadavres et les rapports légistes illustrent d'abord dans l'esprit et l'imaginaire du spectateur le récit d'insoutenables agonies.

En cela, Seven frappe fort et profondément.

 Ce savant dosage, ou alchimie diabolique, entre visions traumatisantes et mises à l'épreuve psychologiques fait de Seven bien plus qu'un "polar choc" mais une oeuvre à la cinématographie terrassante et un polar d'auteur sombre et visionnaire, délibérément destiné à "hanter" le cinévore.

 

- What I've done is going to be puzzled over and studied and followed... forever.    

 

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Le Mal Absolu contamine chaque plan du "vrai" premier film de David Fincher. Premier joyau noir d'un cinéaste échaudé par l'expérience Alien 3, une douloureuse expérience de réalisation charcutée par les producteurs jusqu'à être défigurée. Après avoir renié ces premiers pas (un récit amputé, bancal, mais visuellement, déjà, au-dessus de la mêlée) il n'a accepté de se lancer dans Seven qu'avec le précieux Final-Cut.

 

Ici Fincher a la main et il la garde du premier au dernier plan.

Seven est une leçon de mise en scène photographiée par le prodigieux directeur photo Darius Khondji (comme tous les grands, ce maître de la couleur et de la lumière est un "créateur d'univers": Delicatessen, la Cité des Enfants Perdus, Lost City of Z, et plus près de nous la magnétique série To Old to Die Young).

 Sur cette matière filmique désaturée mais poisseuse et presque "organique" chaque plan, chaque mouvement de caméra est découpé au scalpel. Pas de gras. Pas un plan de trop. Des cadres tirés au cordeau, un découpage sobre, méthodique qui se lit à froid. Un travail aussi efficace et implacable sur l'image, le son et la musique, que celui du tueur sur une matière et un univers en décomposition.

L'art du contraste, encore une fois.

Et cette sensation cinéphile de pleine maitrise évoque déjà la terrifiante "mission" de John Doe. Une manière d'infuser finement l'angoisse et d'exprimer, sur la forme, le caractère méthodique et implacable du tueur "en mission".

Un "travail de pro" à tous les niveaux de lecture.

Marque du chef-d'oeuvre et prémisse d'un  dénouement sans concession.

Pour le spectateur le malaise s'installe, entre jouissance rétinienne et frissons de l'horreur à l'oeuvre et à venir.

 

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Attention spoilers !

Plus qu'un thriller, Seven prend également la dimension d'une fable existentielle.  Elle dessine les parcours de personnages "englués". Chacun vivant une forme d'apocalyse intérieure au coeur d'un monde en totale liquéfaction. Somerset semble résigné tandis que l'énergie déployée par Mills évoque plus l'agitation désespérée d'un type en train de se noyer.

Incarnation de l'innocence, l'épouse de l'inspecteur Mills exprime l'absolue solitude d'un être prisonnier de sa vie. La blondeur et l'élégance Hitchcockienne de Gwyneth Paltrow peinent à masquer un nouvel abîme.

Une innocence sacrifiée.

Au dehors,  "Le Déluge" de pluie, réduisant un univers urbain de boulevards noyés et ruelles étroites à l'état d'égouts, ne se lévera qu'au moment de la "révélation" finale. Cette "révélation", terme générique de l'apocalypse, prendra forme avec l'apparition de John Doe.

 

Terminons avec lui.

John Doe. Son nom fait directement référence à celui que les enquêteurs outre-atlantique donnent aux tueurs non identifiés. Celui, ordinaire, d'un monsieur-tout-le-monde. Parce qu'il faut toujours ramener l'humain devant le monstre, comme le rapelle Somerset à l'inspecteur Mills.

 

- If we catch John Doe and he turns out to be the devil, I mean if he's Satan himself, that might live up to our expectations, but he's not the devil. He's just a man.

 

Sur ce chaos de vies écrasées et de rêves brisés, le Serial Killer se nourrit.

Il est donc ici maitre absolu de l'intrigue et de sa mise en forme (l'hallucinant générique et ses sinistres découpages en ferait presque "le monteur" du film)

D'abord silhouette fantomatique et insaisissable, se déplaçant comme un rat, il apparaitra au final dans une posture quasi-messianique. Mains ensanglantées et paumes tournées vers le ciel.

La prestation glaçante de Kevin Spacey garanti l'immortalité du final.

Sa reddition n'est pas une arrestation mais la condition d'une nouvelle exécution. Elle signera l'accomplissement de sa mission.

Se7en c'est, au final,  le triomphe du mal.

La détermination et le calme terrifiant de John Doe incarnent, toute fureur contenue, la mécanique entropique du cinéma de Fincher.

 

À l'heure où une nouvelle saison de Mindhunter s'apprête à débarquer sur Netflix la revoyure permet de réaliser à quel point ce monument condense déjà toute l'oeuvre à venir de ce génie du septième art.

Rigueur absolue de la forme et nihilisme du propos.

Quoique nous fassions, les monstres nous ramènent au désordre et au chaos originel. Tout est voué à disparaître.

Un monde où les justes sont des éprouvés et où la loi, l'ordre et la raison semblent aussi fragiles et dérisoires que le métronome battant la mesure sur les cauchemars et les nuits de l'inspecteur Somerset.


   

Francisco,

 

 

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Fan made Trailer                                         Eclesyum Production

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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SE7EN

1995

2H05

 

LE BLU-RAY :  Sa restauration HD en 2010 fut, pour tous les amateurs du format Blu-ray, une véritable épiphanie. Étalonnage, précision, niveau de détail, contrastes, tous les compteurs sont, aujourd'hui encore, bien au vert. 25 ans après sa sortie l'oeuvre reste une claque visuelle et audio de premier ordre derrière laquelle cavale de pathétique imitations. Un transfert qui garanti ainsi l'éternelle pleine puissance de ce récit implacable et terrifiant à la forme somptueuse.

 

 

Director:

David Fincher

 

 

 

 

 

 

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14/08/2019
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