FRANCISCOLAND ( à la poursuite du lapin blanc )

FRANCISCOLAND    ( à la poursuite du lapin blanc )

TOO OLD TO DIE YOUNG "consider this as opening a door..."

POLAR CONTEMPLATIF ET MÉDITATIF

NICOLAS WINDING REFN

 

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Avancer à contre-courant impose patience et lenteur.

J'emploie souvent cette formule : "le luxe de la lenteur".

Ici l'étirement du temps dans chaque séquence sublime tout.

Prises dans le songe éveillé qu'offre la sublimissime photographie du chef-op de Seven, Amour ou Lost City of Z, Darius Khondji, elles installent le regard et la narration dans une autre dimension. Trois des dix épisodes ont également bénéficié du sens de la lumière du talentueux Diego Garcia ( Wildlife et Nuestro Tiempo, le nouvel ovni de Carlos Reygadas) qui s'est glissé sans peine dans les pas du maître.

Des cadrages en très longues focales jouant sur le flou, la fragmentation et la mise en abstraction du réel. Transcendez tout cela par la B.O hypnotique du Refnien Cliff Martinez et vous obtenez un épanchement Nervalien de treize heures.

 

Prêts pour l'expérience?

Bienvenue dans un autre espace-temps.

Loin.

Très loin au-dessus du tout-venant.

 

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Alors oui, c'est lent.

Très lent.

Mais il est plus que temps de nous déMarveliser le regard et l'esprit en cultivant de nouveau patience et art de la contemplation.

L'intrigue?

On s'en fout .Ce sont juste des points de couture.

L'enquête n'est là que pour encadrer et relier les tableaux les uns aux autres.

Mais quels tableaux !

 

Le spectateur s'y abandonne avec onction ou en sortira aussitôt.

Il n'y a pas ici de compromis.

Le cinéma de Refn a toujours vomit le tiède (Ce mec ne fait pas de littérature, ne bavarde pas, ne nous sert pas du pop-corn en CGI, il fait vraiment du cinéma)

 

Dès le premier épisode le spectateur comprend que l'objectif ici n'est pas de nous raconter une histoire mais bien de visiter un somptueux, morbide et fascinant musée hanté de personnages (parlons même ici de "figures") marchant au bord de l'abîme.

Dans ce "palais aux esprits et aux démons" trône Miles Teller ( Whiplash, The Spectacular Now, War Dogs) plus magnétique que jamais. Refn a le don pour faire de ses acteurs des rois, il a révélé le monumental Mads Mikkelsen et transformé le gentillet lisse et disneyien Ryan Gosling en icône grâce à Drive.

Gravite autour du beau Miles une foule d'actrices et d'acteurs au charisme foudroyant à qui le réalisateur visionnaire de The Neon Demon et Valhalla Rising impose sans peine un jeu statuaire.

Le silence, la lenteur et l'immobilisme leur vont très bien.

 

Les visionnaires nous guérissent de l'obsession du réalisme. Too Old... n'aligne pas de prétentieuses poses d'auteur mais il signe un véritable manifeste artistique. Too Old... est une invitation à nous délivrer de la course folle. L'art n'est pas une cour de récréation. C'est une célébration exigeante. Fuir la vitesse et retrouver le temps de l'esprit. Se réconcilier avec cet espace de la méditation qui s'impose dès que l'action et le temps se figent. C'est tout le propos du film-géant de Refn.

 

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Nous entrons dans un univers de sensations où la nuit est plus belle que le jour. 

Un univers 100% Refn, peuplé de princesses en grand danger, de farouches amazones, de chevaliers mutiques, de justiciers mourants, d'esprits, de fantômes et de monstres dévorant les innocents, un cauchemar où le sang gicle comme sur les toiles de Pollock et où l'humour macabre de Refn fait merveille.

Je pense aussitôt à cet instant irrésistible où l'un des mecs les plus flippant de la série demande soudain au personnage principal de bien vouloir le prendre en photo pour l'envoyer à sa fille (à qui il vient d'offrir un portable). À l'instant de poser ce type terrifiant décroche brusquement un grand "sourire selfie" de môme farceur avant de retrouver aussitôt son masque froid de prince des ténèbres.

 

Refn n'est pas un donneur de leçon ou un moraliste.

Il s'enivre de sa création et s'amuse comme un fou.

Qui l'aime le suive et quand on l'aime, on ne regrette pas le voyage.

Mais attention, nous sommes chez le réalisateur d'Only God Forgives, la balade est aussi un ticket pour l'enfer. La violence et la cruauté s'y expriment là ou finit l'humanité. Sur les territoires les plus obscurs des ogres.

Et il faut avoir le coeur bien accroché.

Je vous le disais, Refn ne fait pas de compromis.

 

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Chaque plan transpire l'engagement.

Que le succès soit au rendez-vous ou non importe peu.

Le simple fait que Too Old to Die Young existe aujourd'hui, dans une époque aussi neuneu que la nôtre, relève déjà du miracle. C'est déjà une victoire.

Que ces treize heures épuisent, agacent ou fascinent, cet univers reste entier.

C'est un monstre cinématographique qui méritera encore d'être étudié dans 20, 30 ou 50 ans.

 

Je n'avais pas vécu geste artistique plus pur ni plus radical depuis Twin Peaks Saison 3.  Ce n'est pas un hasard que ces deux là se fassent écho. Lynch et Refn font parti des derniers hypnotiseurs.

Le format de la série était fait pour eux car plus que des films, leurs oeuvres sont des "flux".

Le streaming leur va à ravir.

Plongez !!!

 

 

 

Francisco,

 

 

 

 

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TO OLD TO DIE YOUNG

2019

10 X 1H20

 

Creators:

Ed Brubaker, Nicolas Winding Refn

 

 

Series Directed by 

 

Nicolas Winding Refn

 

 

 

 

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16/06/2019
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