LES AILES DU SOIR

LES AILES DU SOIR

PERRY MASON find truth seek justice

SÉRIE  POLAR        

RON FITZGERALD & ROLIN JONES    

                                    

 

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Peu de chance que le grand écran ressuscite en ces heures d'atrophie intellectuelle, d'assourdissantes pyrotechnies et de moralisme propret le genre ô combien envoûtant, délicieusement déviant et langoureux du "Film Noir". Cela exige une écriture impériale, un tempo débarrassé de toute hystérie, un sens aiguë de l'atmosphère et surtout, surtout, des personnages forts. Bref, un minimum d'exigence, d'art et de soin et un maximum de savoir-faire. Sous la houlette d'un Robert Downey Junior en producteur avisé, HBO vient de le faire.

 

Choppé en Blu-ray, au hasard d'une compulsive virée shopping, je viens de découvrir cette magistrale relecture du mythique personnage d'avocat incarné à la télé par l'acteur Raymond Burr dans les années 50/60 lequel reprit son rôle dans les années 80 pour une nouvelle série de mémorables téléfilms. Un héritage qui en impose.

 

Plutôt que de s'échiner à en piétiner les plates-bandes, les créateurs Ron Fitzgerald et Rolin Jones (Westworld pour l'un, Boardwalk Empire pour l'autre et Weeds pour les deux) réinventent Perry Mason en revenant aux origines de la vocation. Le futur ténor du barreau se retrouve détective privé à la manque, alcoolo grillant clopes sur clopes, traumatisé par ses souvenirs de guerre dans l'enfer des tranchées.

(J'entends déjà pleurnicher les puristes, mais tout bon remake se doit d'être une réinvention)

 

 

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Perry Mason Saison 1 sera donc un parcours de phoenix.

Sur les bases d'une sordide affaire de kidnapping d'un bébé dans le Los Angeles rugueux et corrompu des années 30 où le poids de la religion fait écho aujourd'hui ce loser magnifique retournera au combat pour y trouver matière à rédemption. Rien d'original, certes, mais, comme je le soulignais en introduction et comme dans tout bon Film Noir, seuls comptent l'art et la manière.

Chapeau bas, le spectacle est d'une classe folle.

   

Visuellement, déjà, c'est un régal.

Le spectateur ravi que je suis s'est retrouvé plongé dans l'univers de grands classiques comme Chinatown ou L.A Confidential avec le même soin maniaque que dans Boardwalk Empire grâce à une direction artistique à baver sur le canapé.

Décors, costumes, réalisation (Tim Van Patten, vétéran ayant signé les plus beaux épisodes des Soprano et Boardwalk) dans l'écrin d'une photographie entre velours et boiseries, ces huit épisodes font plus que soigner la reconstitution, ils l'incarnent. L'ouvrage est admirable. Tout "fait vrai" et sonne juste. Envoûté par l'atmosphère et la mirifique BO de Terence Blanchard, je suis tombé immédiatement sous le charme.

 

Sur le fond, à l'image de l'insoutenable fait-divers qui ouvre l'intrigue, le divertissement ne fait pas dans le confortable, le facile ou le prémâché. Les moments de pur thriller sont bien présents et ravissent mais les ramifications et implications révélées au cours de l'enquête nécessitent toute votre attention. Même le personnage principal, royalement défendu par le flegmatique Matthew Rhys (The Americans, l'Extraordinaire Mr. Rogers) n'inspire pas une sympathie immédiate.

Même si il est possible de se faire un tout petit peu chier ici et là, on comprend rapidement que la qualité ça se mérite. La richesse des dialogues, la densité des personnages et le rythme sans frime nous rappellent sans cesse que nous nous sommes trop habitués à la mal bouffe télévisuelle. Même si je déguste Perry Mason au coeur de l'hiver j'ai senti que s'opérait dans mon regard et ma caboche un grand nettoyage de printemps.

Perry Mason ressemble à son héros. Son humanisme rude et sans miel a l'immense mérite de ne solliciter que le meilleur en nous. Pour faire simple, disons qu'il ne prend jamais le spectateur pour un blaireau.

Et ça fait un bien fou !

 

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L'enquête progresse avec fluidité. Chaque figure dessine ombres et lumières. Le récit ne cesse de déployer ses ailes. Derrière le rideau du fait-divers, le miroir est tendu à une Amérique (un monde) qui n'a pas beaucoup changé. Portés par une fascinante galerie de personnages, flics et procureur véreux, hommes de loi désabusés, mère adultère, sainte auto-proclamée, éclosent les thèmes de la corruption et du fanatisme religieux sur fond de ségrégation, faillite sociale et essor du féminisme.

 

L'universalité du propos transcende ici les codes du cinéma de genre pour nous offrir un pur drame social où les faibles et les innocents règlent l'addition au prix fort.

Plus que la résolution d'une intrigue dont les enjeux se devinent rapidement, c'est bien l'évolution et la manière dont les personnages interagissent qui fascinent ici.

Écrasée, soumise, humiliée l'innocence et la justice encaissent et résistent en attendant leur sauveur.

Dans cet infâme bourbier, murmure en permanence ce joyau noir, le monde aura toujours besoin de Perry Mason.

 

 

 

Francisco,

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

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(2020 - )

8 X 60mn

Le Blu-Ray : C'est une habitude chez HBO de fournir des support à top-démo. Niveau de détail, patine, texture, couleurs et contrastes à la fête. Visuellement, c'est un festin. De quoi savourer la somptueuse direction artistique de cette production.

Liens IMDB)

Creators

 Ron FitzgeraldRolin Jones
 

Series Directed by 

Timothy Van Patten ... (5 episodes, 2020)
Deniz Gamze Ergüven ... (3 episodes, 2020)

Stars

 

  

 

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24/12/2020
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