LES CHRONIQUES DE FRANCISCO & Co

LES CHRONIQUES DE FRANCISCO & Co

LA CHUTE DE LA MAISON USHER, monstrueuse parade

Série     Gothique      Horreur

Mike Flanagan

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Franchement, je suis fan.

À y repenser je n'ai pris que du plaisir à plonger dans le Netflixable univers gothique, horrifique, et poétique de Mike Flanagan qui, depuis le coup de maître de la série The Haunting of Hill House, s'est imposé comme le plus grand chef d'orchestre du néo-gothique télévisuel.

 

Il y eut, à la suite du terrifiant autant que brillant ... Hill House, le spectrale et ô combien romantique Haunting of Bly Manor et les magnétiques Sermons de Minuit (Midnight Mass) avant le teenage et décevant Midnight Club. Mais voici que la plateforme au N rouge le raccompagne aujourd'hui à son plus haut niveau. Adoubé par Stephen King himself, Flanagan a d'ailleurs su rendre des hommages honorables au pape de la trouille en adaptant Jessie et Docteur Sleep (improbable suite de Shining). Deux métrages qui, sans confiner au génie, méritent le coup d'œil et ne se foutent jamais du spectateur. 

 

Car Flanagan est un bosseur et un passionné. Il est loin au-dessus des cachetonneurs du genre et plus qu'un habile artisan. Flanagan est un véritable auteur. Voilà un créateur qui façonne son monde de toute pièce. Il est à l'écriture, à la réalisation, et au montage de ses projets, et chaque nouvel opus de ses contes et paraboles délivre un sens de l'esthétique qui régale. Au contraire des nouveaux maîtres de l'horreur comme Ari Aster (Hérédité, Midsommar) ou Jordan Peele (Us, Nope) qui s'amusent comme des dingues, et parfois avec génie, à contourner ou détourner les codes et clichés du genre, Flanagan lui trace sa route en assumant un classicisme impérial. Mais il le fait avec cette poésie macabre qui transcende le parcours prévisible de ces destins plombés par le crime et le maléfice. 

 

 

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La richesse visuelle de ses grands huit émotionnels est l'œuvre de son chef-op attitré Michael Fimognari. Un sacré talent dans l'art de rhabiller ombres et lumières qui, étrangement, ne brille que pour Flanagan. Parce que, oui, Flanagan travaille essentiellement "en famille". On retrouve ici toute une galerie d'actrices et d'acteurs fidèles comme sa compagne Kate Siegel, l'ex copain de jeu de E.T Henry Thomas ou l'intense et flippante Samantha Sloyan et l'incontournable Carla Gugino, fidèle au poste depuis Jessie (2017).

 

En évoquant Jessie, on peut saluer ici aussi le retour de Bruce Greenwood qui excelle dans le rôle de Roderick Usher. Il est épaulé par la trop rare Mary McDonnell (Danse avec les Loups) qui s'impose de manière glaçante dans le rôle de sa frangine, Madeline Usher. On appréciera également l'ajout du personnage d'Arthur Gordon Pym dont les aventures constituent l'unique roman et l'échec le plus douloureux des débuts d'Edgar Allan Poe. Flanagan, en érudit de la littérature gothique, le ressuscite ici en avocat de la famille. Personnage sinistre habitué à naviguer dans les eaux les plus sombres de l'humanité (son passé d'explorateur confronté au plus sauvage de l'humanité fait directement référence à l'oeuvre de Poe). Il est incarné par un Mark Hamill totalement "hanté" par ce personnage revenu de tout. Il faut dire qu'il a bien morflé Luke Skywalker depuis La Guerre des Étoiles.

 

Comme de rigueur chez Flanagan, bien avant les effets d'apparitions et les sursauts de trouille qu'il maîtrise à la perfection, c'est bien par la distribution qu'il fait le show. Toutes et tous sont admirablement dirigés. Sur la scène généreuse de ce théâtre des horreurs les comédiens jouent dans la cour des grands.

 

 

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Comme son titre l'indique, la série rend un hommage appuyé et efficacement réactualisé de l'œuvre d'Edgar Allan Poe. Écrivain culte du début du 19ème siècle dont l'œuvre a posé les bases du thriller gothique comme les recettes des "effets" littéraires de l'angoisse et de l'épouvante. Au-delà de l'adaptation de la nouvelle éponyme, dont il ne conserve que l'idée du face à face entre le "narrateur" et l'homme "hanté" et un final grand-guignolesque conforme à celui du récit premier, Flanagan adapte librement toute une série de ses contes macabres les plus célèbres dont chacun des huit épisodes porte le nom. De l'Assassinat dans la Rue Morgue au Cœur Révélateur en passant par Le Chat Noir, Le Scarabée d'Or ou Le Corbeau. Transposés à notre glorieuse époque la fidélité reste au rendez-vous. L'esprit de Poe gouverne effectivement l'ensemble de ce terrifiant tableau de famille gangrenée par l'avidité, la folie, et la culpabilité et condamnée par la fatalité et les sortilèges du destin. Rien de plus gothique que cette descente au cœur de la démence où les hallucinations délivrent leur lot de spectres terrifiants et pas mal de litres de sang. Vous l'aurez compris, nous ne sommes pas chez Bergman, malgré une hilarante punchline faisant référence au Septième Sceau.

 

Mais attention, Flanagan n'est pas un neuneu. 

Ses oeuvres ne sont pas que divertissantes et flippantes. Les Sermons de Minuit fustigeaient cette Amérique dévote repliée sur elle-même tandis que The Haunting of Hill House transcendait le poison et la violence des secrets de famille. Derrière la fable horrifique aux dimensions de tragédie que déploient les huit épisodes de La Chute de la Maison Usher on peut lire le procès de l'authentique famille Sackler, détentrice de la société pharmaceutique Purdue Pharma. Société distributrice de l'Oxycontin, antalgique opiacé qui a transformé en fléau la crise des opioïdes aux États-Unis. Une pilule dont les ravages ont dévasté des millions de familles et causé la mort de 500 000 personnes depuis la fin des années 90. Rien que pour ce geste, bravo Flanagan. Si la justice peine encore aujourd'hui à condamner les vrais responsables de ce "trafic de drogue", les artistes s'en chargent.

 

C'est tout l'enjeu du genre horrifique que d'offrir des paraboles déviantes et féroces des travers de notre monde avide et oppressif cultivant l'anesthésie consumériste. Cette grotesque parade ferment de rage et d'injustice dans laquelle nous dansons tous aujourd'hui. Le message est clair. Et le dernier dialogue entre Roderick et Madeline Usher s'affirme comme un jouissif et vigoureux pamphlet envers notre désolante indifférence et aspiration au déni. Ouais, pour tous les amateurs de néo-gothique, genre populaire à messages universels, cette Chute de la Maison Usher en laissera plus d'un par terre. Ça fout pas mal la trouille, c'est parfois même horrible, mais c'est bon, très beau et admirablement interprété.

 

 

 

 

Francisco,

 

 

 

 

 


 

 

 

Chroniques Flanagan

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2023

Series Directed by 

 

Michael Fimognari ... (4 episodes, 2023)
Mike Flanagan ... (4 episodes, 2023)

 

Series Writing Credits  

 

Mike Flanagan ... (series created by) (8 episodes, 2023)
Mike Flanagan ... (teleplay by) (7 episodes, 2023)
Justina Ireland ... (staff writer) (8 episodes, 2023)

 

Series Cast  

Carla Gugino Carla Gugino ...  Verna8 episodes, 2023 
Bruce Greenwood Bruce Greenwood ...  Roderick Usher8 episodes, 2023 
Mary McDonnell Mary McDonnell ...  Madeline Usher8 episodes, 2023 
Henry Thomas Henry Thomas ...  Frederick Usher8 episodes, 2023 

Full cast & crew

   

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16/10/2023
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