LES HEURES LIBRES

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PIG, poésie truffière

Hors-piste     Drame     Poème
Michael Sarnoski

 

 

 

 

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Ne jamais perdre Nicolas Cage de vue.

Il y a toujours quelque chose de fascinant dans le jeu de l'ex jeune premier magnétique des années 80 qui illumina nombres de pépites comme Birdy, Peggy Sue s'est mariée, Arizona Junior, Éclair de Lune jusqu'à faire une entrée fracassante dans les années 90 avec le dantesque et palmé Sailor et Lula de maître Lynch. Son sacre.

Puis, la décennie suivante l'a confirmé comme icône majeure du cinoche américain. Je retiens le polar Red Rock West, le Kiss of Death de Shroeder et, toujours en 1995, sa prestation admirable en alcoolo dernier degré dans le bouleversant Leaving Las Vegas de Mike Figgis (cliquez sur le lien et vous aurez le plaisir de découvrir la sublime chronique que mon pote Spinaltap a signée sur ce blog) Il enchaîne ensuite sur trois blockbusters cultes et  musclés, Rock, Les Ailes de l'Enfer, Volte-Face, un drame romantique La cité des Anges, un De Palma un peu vain mais ô combien virtuose Snake Eyes, avant de clore ces glorieuses années 90 face aux ténèbres dans les glauques et mémorables 8mm et À Tombeau Ouvert de Scorsese.

Entre 2000 et 2010 la filmo devient plus ... sage. Entre deux Benjamin Gates aux allures d'Indiana Jones du pauvre, Émmergent tout de même l'ancêtre de Fast and Furious avec 60 secondes chrono, Adaptation de l'iconoclaste Charlie Kaufman, le sublime et acerbe Lord of War d'Andrew Niccol, un digne World Trade Center d'Oliver Stone et une fin de décennie plutôt sympa avec une prestation savoureuse de Batman sur le retour dans le jubilatoire Kick-Ass de Matthew Vaughn en 2010.

Ensuite ?  Ben disons que depuis une douzaine d'années Nic a mit son talent au repos et s'amuse. Trois à six films par an, le plus souvent série B voir Z ou l'acteur n'hésite pas à lâcher les chiens ou sombrer dans l'autocarricature. Mais étrangement, le talent roupille mais reste intact. Ici et là surgissent de petits miracles. Une prestation sobre et émouvante dans Joe en 2013, de réjouissants accès de folie dans Mandy et Color Out of Space en 2018 et 2019 et puis récemment ce fascinant Pig, premier long-métrage aux allures de songe étrange et pénétrant signé Michael Sarnoski.

 

 

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Cage, vieilli, barbu et hirsute, impose talent et charisme ravageurs avec une conviction christique démolissant toute la concurrence alentour dans son rôle d'homme des bois. Le géant est de retour. Icône blessée ressuscitant du jus de navets dans lequel il marine depuis un paquet d'années. C'est la bonne nouvelle de Pig. Pouvoir repasser à table en compagnie du plus grand de tous les Nicolas Cage. Et pourtant Pig est triste. Mais il l'est avec noblesse.

Alors si je viens de refaire le voyage dans sa filmo c'est pour bien comprendre que pour arriver à tel degré d'incarnation, pour ce rôle de type au bout du rouleau fuyant la compagnie des hommes, il est nécéssaire d'avoir vécu ces mille vies cinématographiques. La carcasse et le regard fatigués de Cage portent tout cela et son personnage en devient presque une autobiographie à lui tout seul. Crédibilité maximale et instantanée. L'introduction fascine. Cage, dans le silence de la forêt en compagnie de son cochon truffier ...  grand moment de cinéma.

 

Le parcours de l'ermite bien décidé à retrouver son cochon qu'un couple de toxicos lui ont brutalement arraché ne sera donc pas le pitch délirant d'un énième Revenge-Movie. En retrouvant le chemin de la cité des hommes l'homme des bois endossera progressivement le rôle d'un Socrate contemporain. Un accoucheur d'esprit réveillant la vérité des êtres en les confrontant à leurs contradictions. Figure de dénuement, fragile et abimée, le personnage renvoie à l'essence de ce qui fait notre humanité. Par une question, un regard ou la saveur d'un plat réveillant les fantômes du passé ...  cet ancien "alchimiste" développe sa maïeutique. Maïeutique à la source de l'humanisme. Pour retrouver la grâce et la saveur, il faut creuser un peu. Poésie truffière...

 

Pig avance avec grâce porté par une réalisation d'une maturité surprenante pour un premier long-métrage. Le cadre et le rythme sont posés et dénués de toute esbroufe  La photographie admirablement seventies (pour un tournage numérique) signée Patrick Scola exhibe sa pleine matière. La musique convoquant Saint-Saëns, Mozart, Delibes ou Verdi sublime l'atmosphère et façonne la permanence de cet objet filmique étrange et résolument unique. Michael Sarnoski a fait ses armes en téloche, doc et séries il y a une dizaine d'années puis il a pris tout son temps pour laisser mûrir ce joyau cinématographique que les cinéphiles avides de mets rares et précieux prendront soin de déterrer dans les années à venir. Deuils et renaissances de personnages hantés au dessus desquels triomphe un acteur prométhéen.

Par son absolue singularité, Pig a déjà tout du film culte. 

 

 

 


Francisco,  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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2021

 

1h30

 

 

Le Blu-ray  :    Une patine presque "argentique" pour ce tournage numérique à la Arri Alexa Mini. Riche texture d'image avec de la matière et une subtile gestion du grain au service d'une photographie "naturelle" très seventies. Délicieux !

 

 

 

 

 

 

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11/03/2022
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