SUR LES AILES DU SOIR (Franciscoblogs)

SUR LES AILES DU SOIR      (Franciscoblogs)

LE CRI DU CHAMEAU saison 4 épisode 7

DE LA JOIE ÉPHÉMÈRE DES DAUPHINS TANDIS QUE, LENTEMENT, LES HEURES COMME LES SOUVENIRS SE DISPERSENT EN GRIS VOLUTES DANS LE SILLAGE DE NOS TRANSPORTS PUBLICS

 

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"La vie n'est qu'une vaste blague à prendre au second degré "

Niko Heikkinen - nageur finlandais

 

 

 

 

 

Vous souvenez-vous de Daniel?
Amateur de la pêche sportive en eau polluée ? 

Vous l'avez rencontré au dernier épisode de la première saison. 

Je l'ai justement croisé ce matin, sur les quais, en promenant mes deux petits frangins à poil ras. 

Il était sacrément en colère. 

 

Son souci c'est qu'il est accro à l'actualité. Il se tient informé. Et ce matin-là une nouvelle avait suffit à lui flinguer sa zénitude. Daniel il vit avec pas grand chose mais sa richesse c'est sa curiosité et son vigoureux esprit de synthèse. 

Et ce matin, franchement, tout y est passé :

- Qu'est ce que l'on devient, Francisco, là, tout au fond de soi, quand on lit qu'il n'y aurait plus un sous pour muscler la ligne de front de la débâcle sociale, services de santé, éducation, sécurité etc... et que l"on découvre dans les mêmes pages du journal que le groupe LVMH peut se permettre de racheter Tiffany pour 14,7 milliards d'euros? 

14,7 milliards d'euros !!! 

On ne peut pas le faire ruisseler ce pognon-là qui flotte tout là-haut?

Comment soigner sa colère quand on sait que c'est 14 fois ce que l'Organisation des Nations Unis débourse chaque année pour lutter contre la faim dans le monde?

Qui mène la danse? 

Les marchands du luxe. 

C'est le moyen-âge, Francisco. Avec le beau château et le petit peuple au pied de la colline qui ne sent pas très bon et travaille comme un forçat.

Qu'est-ce que l'on devient au milieu de cette farce?

On devient rien du tout. Nada. On accepte.

On accepte l'idée que que les diamants vaudront toujours plus que la vie de millions de gus paumés dans mon genre.

Parce que l'on est tous habitués à mettre une capuche quand il pleut. 

On râle un peu puis on baisse la tête.

Les plus chanceux d'entre nous, les abrités et les chauffés, continuent leur petite routine de bon salarié-consommateur-ultra-connecté, shooté aux écrans, s'indignant sagement sur Facebook et s'envolant Low-cost pour aller jouer les riches là-bas, vers le sud ou dans les îles, aux soleils des pauvres. Le confort, les séries, le football et les talk-shows sont là pour vriller en zumba la pensée citoyenne, adoucir nos peines et brancher la clim dans l'enfer des oubliés. Pas de gros moyens déployés pour venir en aide aux femmes battues qui, si l'on ajoute les suicidées, sont plus de 300 à mourir chaque année.  Plus de 300 ! quasi une par jour ! Ouais, c'est sûr, notre patrie est une belle nation d'arriérés et de gamins paumés.

Hé ouais, mon Francisco, aujourd'hui y'a plus besoin de guerres pour tuer et asservir. 

Et les nouveaux géants là, les GAFA !!! Ils contrôlent, surveillent, observent, survolent et bombardent les esprits. On rase gratis au Black Friday en rinçant l'économie. 

Pas de quartier pour la petite entreprise !

Et les superpuissances ! 

Tu parles, autant de nations qui ont écrasé leur minorités et sont aujourd'hui les plus grand pollueurs. Ils snobent le G24 ou 25, je sais plus trop, pendant que l'Amazonie agonise sous les flammes et les plantations de palmiers. En Australie le pays est en flammes et l'on célèbre le passage à une putain de nouvelle année avec quoi? Un gigantesque feu d'artifice !!! Toujours plus ! toujours plus gros, toujours plus con. On éclaire les abrutis aux pétards puis les arrose de champagne et de fruits de mer contaminés histoire que tout ça finisse dans un gigantesque océan de merde ! et au final? Rien. Tout le monde fait la chenille... sans oublier de se filmer. Non, je te le dis comme je le pense, mon Francisco, voici venu le temps des humains comestibles et des ogres. 

Les nouveaux Kraken nous chient leurs marées en plastiques de produits fabriqués, distribués et livrés par les nouveaux esclaves.

Tiens, même l'État a inondé les antillais au chlordécone.

Les politiques... ces pantins... réduits à faire de la com et agiter de dérisoires mesurettes. La grosse pantalonnade ! Et autour c'est le grand silence douloureux de ceux qui ont les bourses vides dès le 5 du mois. Putain, même nos étudiants crèvent la dalle. Alors ouais, c'est vrai que les moins frileux de tous ces condamnés au petit-boulot-de-merde font leur révolution le samedi aux ronds-points. Ils se serrent les coudes, ça oui, ils se tiennent chaud. Mais cette solidarité là, elle ne fait causer que les intellos. Tout le monde brode là-dessus mais peu reconnaissent que c'est juste l'apéro du désespoir. 

Mais viendra le temps du banquet et il sera indigeste et fera pleurer tout le monde. C'est le chant déchirant des coeurs usés avant le grand final.

 

Il marqua une pose puis leva les yeux vers les arbres

Et les paysans, eux, ils montent à Paris en tracteur juste pour réclamer le droit de travailler pour un salaire. Tu réalises, toi? Ces mecs ont nourri le pays depuis des générations puis on leur a filé de la merde pour nourrir leurs sols et leurs bêtes et aujourd'hui on les laisse se pendre dans leurs granges les uns après les autres et dans l'indifférence générale. 

Parfois ça remue un peu, hein?...

 

Il respira un grand coup.

Les plus remontés foutent le feu tandis que les moins agités ont le temps d'être visés et de se faire éborgner au LBD 40 ou à la grenade MP7. 

Je parle bien de ce monde là, celui d'aujourd'hui. 

Un monde bombardé d'indifférence, arrosé au cynisme, qui tue le printemps des hommes. 

On pollinise mal, les abeilles crèvent, les imbéciles ont la parole, les bouffons mènent le bal. Une planète merveilleuse tenue par des incompétents sur laquelle dissertent des imbéciles. 

On n'y plantera bientôt plus que des trous.

La seule chose qui me file une once d'espoir c'est que la merde constitue le meilleur des terreaux. Je me dis que lorsque les trois quarts de la population mondiale seront morts d'asphyxie il repoussera bien quelque chose de vert et de fleuri sous les pieds des dernières tribus...

 

Il est comme ça, le Daniel.

On croise peu de "connards" ou d'"enculés" dans son vocabulaire.

Il ne fait pas trop dans l'insulte.

Il n'en a pas besoin.

C'est un homme instruit aux colères vivifiantes.

 

- Ok, Daniel, j'ai dit, ça m'est difficile de te contredire.

- Ben ouais, je te connais un peu... Je suis sûr que t'enregistres là...

- Toujours, quand tu files en sprint. Je veux être sûr de ne pas louper un mot. À propos de colère, Daniel, j'ai revu un vieux pote à moi, l'autre jour. Green Wolf, catcheur vegan Rennais. Un sacré lutteur. C'est un guerrier qui sait parler d'amour et s'est libéré de pas mal de chaines. Il très branché philo, mystique, voyage astral, lumière blanche après la mort ...

- Ouais je vois, moi j'adhère pas mal à ces trucs là. C'est évident que la vie ne s'arrête pas à ce que l'on a sous les yeux.

- Ben tu vois,  selon Green Wolf, si tu as de la colère à revendre et que tu envoies chier tout ce qui bouge ici-bas c'est aussi que tu as un petit problème avec toi-même.

Et là le Daniel, il se redresse. Comme il est plutôt grand, il peut se permettre de me toiser un peu.

- Putain, Francisco, tu m'étonnes qu'au milieu de tout ça j'ai un petit problème avec moi-même !!! 

 T'as enregistré, là ?

 

 

 

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"Green Wolf "Catcheur vegan Rennais, vieux pote de Francisco.             photo - Angela Théobia.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

-  Ainsi, il suffisait de s'élever, échapper à la gravité, pour que tout recommence... 

Nemo se tenait devant le globe vitré ouvert sur l'espace infini.

Penser à voix haute depuis ses jeunes années lui permettait d'ordonner ses pensées, éclairer sa farouche solitude et se tenir à bonne distance de la folie. 

 

Depuis qu'ils avaient quitté la surface lunaire et s'étaient nourris au premier relais du flux protecteur de Bertha Icks, Elle, Zampano et le légendaire explorateur des Grands et Hauts Fonds avaient décidé de plonger plus avant. Filer vers cette titanesque et prodigieuse Zone Sombre, jusqu'alors inconnue, effaçant la lumière, tout là-bas, aux confins de notre galaxie.

 

Sa bouche s'ouvrait, impériale et muette, entre deux bras d'étoiles.

Comme un silence opaque offert au Grand Passage.

 

Tous trois, ainsi que les membres de l'équipage, s'abandonnaient à l'idée que ce voyage serait sans retour.  Mais depuis leur randonnée lunaire, c'est porteur d'une lumière nouvelle qu'ils allaient rejoindre l'ultime inconnu.

Ensemble, dans l'incendie de leurs coeurs d'aventuriers, ils voyaient flamber en ce retour impossible la plus belle des promesses.

Cette perspective, loin de les terrifier, avait apaisé en eux toutes les tempêtes. 

Ils allaient, sages navigateurs, vers là ou plus rien n'était, ni ne fut, ni ne serait.

 

- Notre disparition créera ainsi le premier pont, insista le capitaine en souriant.

 

- ... Plonger au fond du gouffre. Emporter avec nous la lumière, d'ici jusqu'à l'autre rive... ajouta Denise en poésie.

 

- ... Avec l'obscurité comme alliée pour mieux briller ... conclut Zampano dans un soupir inspiré.

 

 

 

 

 


  

 

 

 

 

 

 

William B. observait la foule se rassembler dans la cour de l'abbaye de Bertha Icks.

Hommes et femmes rescapés du gouffre rugissant où s'abîmait leur monde. Un monde condamné, au confort étroit et fragile reposant sur le seul flux de l'électricité et confinant les êtres au pied du savoir et de la lumière. Animaux ayant évolué par accident, supportant comme un fardeau conscience et responsabilité. Âmes effarées, ignorantes de l'élémentaire courant des premiers temps, lorsque survivre au jour et à la nuit faisait seul sens.

Gavés chaque jour au banquet sans cesse garni du superflu, ces témoins blessés d'un univers sans égards se mariaient enfin en cette nuit fourmillante d'étoiles à la sage population d'un nouvel havre. Un territoire préservé, gouverné avec bienveillance par le coeur, la force et le courage. Ces trois fruits de l'âme nourrissaient la magie d'une réalité qu'ils découvraient. Un temps et un espace neufs, rudes où la nature se déployait avec aise.

Chacun recevait ici comme seule monnaie le fruit de ses efforts.

Et rien ne prenait forme sans les autres.

 

- Des nouvelles du Roi Souffleur? demanda le vieil homme 

- Il a rejoint le dernier la clairière, en compagnie de son plus farouche détracteur. Répondit Hugo

William B se redressa

- Sérieusement, nous parlons bien de ce bon vieil Emiliano Hegel ?!

Hugo croisa les bras sur sa poitrine, avec un grand sourire.

- Lui-même. Le petit contrôleur. L'obsédé du fil rouge.

William B, le regard pétillant de malice, quitta son fauteuil en s'appuyant sur l'épaule du chevalier.

- Emiliano Hegel, l'autoritaire garde-côte désormais réfugié sur notre île. La vie se fait des jouets de toutes nos certitudes. Tout ceci est tellement amusant, finalement... 

Le vieil homme fit quelques pas en direction de la cheminée crépitante.

Le regard dansant dans les flammes, il demanda :

- Et Francisco?

- Il promène ses chiens. Il semble qu'il ait décidé de laisser toutes ces histoires s'échapper et finir comme bon leur semble.

- Tenues ou non, toutes les histoires se terminent ... puis recommencent.

Mais toujours, subsiste la question ...

- Qui invente qui?

L'honorable compositeur hocha la tête.

 

Ce monde, celui que protégeait le souffle de Bertha Icks , serait le dernier de William B. Une dernière étape avant d'embarquer à bord du Paul Express.

Son prochain départ serait un adieu.

Ainsi, il profitait. Entre ces murs épais. Au bord de ce large fleuve. Aux pieds de ces collines épaisses. En ces lieux mystérieux où le vent et la pluie composaient encore une musique méritant l'attention.  Il jouissait d'envies simples et délicates.

Observer.

Écouter.

Ses derniers souhaits s'écrivaient ainsi.

Appartenir tout entier au calme puissant des heures libérées.

La partition était écrite.

Son oeuvre achevée.

Avec ses errances, ses éclats et son tonnerre.

Une symphonie de terre, d'air, d'eau et de feu avec l'amour comme orchestre. 

William B était au monde comme jamais.

Parce que rien ne s'éteint et que tout n'est que passage.

 

 

 

 

 

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À suivre ...

 

 

 

 

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31/12/2019
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