Les Heures Libres

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BELFAST, tourisme intime

Drame     carnet intime    Feel-good movie
Kenneth Branagh

 

 

 

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C'est beau, oui... 

mais c'est lisse.

Beaucoup de séquences m'ont touché mais aucune ne m'a vraiment bouleversé dans ce "beau livre d'images" signé Kenneth Branagh.

Dans l'écrin d'une photographie en noir et blanc absolument sublime, les personnages semblent presque "à l'étroit". Bien dans leurs marques et faisant gaffe à ne pas se cogner dans les décors. J'exagère un peu mais c'est le sentiment qui m'a traversé tout au long de cette confortable, agréable, mais ô combien prévisible séance de cinoche. Pourtant la sincérité et la passion de Kenneth Branagh à nous ouvrir son carnet intime et redonner vie à son enfance ne sont jamais prises en défaut. Belfast est un film d'une profonde tendresse et débordant d'amour.

 

 

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C'est un peu le problème, d'ailleurs.

Les sentiments débordent. Le casting quatre étoiles, n'y change rien. Rien n'est amené avec subtilité. L'art de la suggestion, au milieu de toute cette perfection formelle, est trop rarement sollicité. Les acteurs se donnent à fond sur des lignes de dialogue que même les scénaristes de "Plus Belle la Vie" auraient pu signer. La rue de son enfance, entièrement reconstituée pour le film, devient un peu "la rue Gama" de nos années 80. Tout le monde se salue avec un immense sourire, on y danse même parfois sous l'éclatant soleil d'Irlande. Bien sûr, nous sommes à l'été 69 et les tensions entre catholiques et protestants explosent et la violence surgit. Mais là encore, le chaos soigneusement cadré et un montage scolaire peinent à nous remuer les tripes. Bien sûr, tout cela est "vu à travers les yeux d'un enfant de neuf ans". Mais sa "réalité magique" sent un peu le préfabriqué. Sur ce même principe, nous sommes loin ici du Hope & Glory de John Boorman ou même, dans une autre mesure, de l'Empire du Soleil de Spielberg ou le regard d'enfant accouchait non pas de jolies cartes postales mais d'authentiques visions de cinéaste. Et comment ne pas citer le déchirant Distant Voices de Terence Davies. 

 

Bon, nous sommes tous d'accord qu'il vaut mieux découvrir Belfast que de passer deux heures devant Day Shift ou Benedetta mais je me suis quand même demandé, tout au long du film, ou était passé le brillant cinéaste de Henri V, Dead Again, Beaucoup de bruit pour rien ou Hamlet. La vibrante énergie et le panache de ses débuts ont laissé place à une mélancolie polie et un peu surfaite. Comme si ses années de réalisateur chez Disney-Marvel (Thor, Cendrillon, Artemis Fowl, Le crime de  l'Orient-express) avait retiré toute la chair de son talent pour ne laisser qu'une aptitude a exécuter d'habiles exercices de style. Certes, "chaque plan est un tableau", ou une photo d'art, mais la poésie a les ailes courtes. La volonté évidente, voir sur-appuyée, de faire le film "le plus beau possible" accouche d'une oeuvre ou les références visuelles ne m'offrent que du Cartier Bresson sur un socle historique qui aurait mérité quelques clins d'oeil aux clichés plus réalistes d'un Martin Nangle. Ce mariage de l'écho poétique du souvenir aux grands mouvements de l'Histoire qui fait merveille dans le Roma de Cuaron.

 

Mon propos n'est que le résultat d'une première vision, aussi je n'élude pas l'idée d'être complètement passé à côté de cette oeuvre. Le soin accordé à sa réalisation fait que je la conserverai et que je lui donnerai même une nouvelle chance dans quelque temps. Je l'attendais un peu comme le "retour" du vrai Branagh mais l'ère du lisse, que nous traversons artistiquement, semble avoir débordé aussi sur les terres précieuses de la nostalgie et du souvenir. C'est peut-être le côté le plus triste et émouvant de ce "joli et gentil métrage". Tout ceci est du "vécu", Kenneth Branagh nous a clairement ouvert grand son coeur, mais sans échapper à ce maigre point de vue de touriste exalté. 

 

 

 

Francisco, 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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2021

 

1h35

 

 

Le Blu-ray : Un master radieux! Les amoureux de la "belle image" seront aux anges. Nous assistons à une forme "d'immaculée conception ". Pas un grain à l'horizon. Tout est propre, net et précis. Le Blu-ray est donc l'écrin idéal pour savourer les cadres en noir et blanc ultra-découpés  du chef-op Haris Zambarloukos. 

 

 

 

 

 

 

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14/08/2022
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