LES HEURES LIBRES

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THE GREEN KNIGHT, héros malgré lui

Poème épique
David Lowery

  

 

 

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Depuis plusieurs jours je reste sous le charme.

J'ignore si The Green Knight peut être considéré comme un chef-d'oeuvre mais c'est pour moi un film qui laisse une empreinte. Aussi, je me décide à prendre la plume pour ordonner mes pensées et lui trouver une place au chaud sur mon blog. Je ne le classerai pas dans la section Épique/Aventure mais bien dans Poème/Hors-piste. Parce qu'à la première vision, mon sentiment est bien d'avoir rejoint l'univers d'un poète.

 

En cela, tout en inventant de nouvelles péripéties, le brillant cinéaste de A Ghost Story (petite merveille contemplative de dimension universelle) est resté fidèle au matériau premier. The Green Knight est l'adaptation du poème ancien (14ème siècle) "Sire Gauvain et le Chevalier Vert" d'un auteur baptisé le Pearl Poet et dont il ne reste qu'un seul manuscrit à la British Library, poème narrant la plus grande aventure du "guerrier parfait" Gauvain, membre exemplaire de l'ordre légendaire des Chevaliers de la Table Ronde. Un personnage un peu oublié des relectures cinématographiques, hormis dans la risible et heureusement oubliée Épée du Vaillant de Stephen Weeks (1984). David Lowery lui permet enfin de décrocher une digne tête d'affiche. Mais, attention, un poil loser.

 

Ici, le scénariste et réalisateur David Lowery dépouille Gauvain des vertus qui ont forgé   sa légende en le présentant d'abord comme un jouisseur, limite dépravé. C'est  en affrontant une première fois l'impressionnant Chevalier Vert qu'il quitte sa posture d'être inconséquent et se soumet à une première épreuve. Mais c'est un combat gagné sans mérite. Le Chevalier Vert, un genou à terre se laisse décapiter. Gauvain peut conserver sa puissante hache mais la créature récupère aussitôt sa tête et engage le chevalier à le retrouver un an plus tard à la Chapelle Verte pour lui rendre la pareille. Le défi est posé. Y renoncer condamnerait Gauvain à l'opprobre et au mépris de ses pairs. Un an passe et le jeune chevalier, encore vert, prend alors la route pour honorer sa promesse.

 

 

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Commence alors une quête fascinante, magique, obscure et mystérieuse enchaînant des séquences oniriques ou cauchemardesques, aux antipodes des morceaux de bravoure attendus. Je n'ai pas saisi la pleine signification de toutes ces épreuves, saine frustration qui m'encourage à me plonger dans de nouvelles séances, mais la magie opère et la sensation de rejoindre l'univers mythique des temps premiers est omniprésente et participe au charme irrésistible de cette oeuvre dont chaque plan est un tableau.

Vous ne trouverez point ici d'actions héroïques ni de combats menés sans peur sinon humiliations et moments d'égarements. Pièges, tentations, petite mort symbolique, le parcours initiatique est pourtant accompli. Gauvain, même fuyant la mort et n'aspirant qu'à sauver sa vie,  se transforme malgré tout en chevalier faisant face à son destin. Gauvain, jusque dans l'acceptation des responsabilités qu'engagent le statut de héros, est sans cesse ramené à  l'humilité de sa condition d'homme. Et si le courage ultime était simplement de rendre dignement les armes face à la fuite du temps pour se reconnaitre faillible et mortel... Ainsi m'apparait The Green Knight. Une trouble mais passionnante  et "humble"relecture de la figure du héros. L'hermétisme de certaines séquences ne sont jamais pour moi synonymes de prétention auteurisante. Loin de toute posture, David lowery soigne sa mise en scène en orfèvre et produit du mystère. Raison pour laquelle l'oeuvre infuse longtemps encore après la projection.

 

Et puis, j'insiste, la balade est absolument somptueuse.

Je le disais, chaque plan est une toile numérique aux couleurs à la fois profondes et froides. le chef-op Andrew Droz Palermo, déjà à l'oeuvre sur A Ghost Story, délivre au film une texture brumeuse propice à laisser s'épancher le songe et ses mystères. On tient là une des plus belles images de l'an 2021. Pour un oeil gourmand, appréciant les effets et les décors en dur, le spectacle ravit. Les CGI ne sont pas absents mais l'effort d'aller tourner dans le froid d'une Irlande sauvage ramène le nostalgique au cinéma de Boorman lorsqu'il tournait Excalibur.

La partition musicale du fidèle compositeur Daniel Hart est une magnétique invitation au voyage dans le temps. Les costumes et accessoires particulièrement soignés font le reste et le design d'ensemble, aussi bien visuel que sonore, offre indéniablement à The Green Knight cette sublime cohérence qui sur le fond semble parfois difficile à embrasser. Landes désolées, forêts profondes, châteaux, fantômes et géants, les visions propres au roman de chevalerie et leurs échos aux racines premières de la culture celtique et germanique sont bien là et leurs niveaux de lecture semblent multiples. Non sans humour, d'ailleurs. Difficile, en effet, de séparer le réel de l'hallucination dans l'esprit d'un chevalier en terres inconnues perdu et affamé, n'hésitant pas à enfourner un joli bouquet de champignons d'allure suspecte. Le grandiose final tout en musique, conte dans le conte, reste aussi sur une interrogation tout comme le sort réservé au héros. La dernière phrase du film, adressé à Gauvain par le Chevalier Vert peut aussi tenir lieu de boutade... Et puis, restez bien jusqu'à la toute fin du générique.

 

Remember, it is only a game. N'oublions pas non plus cette phrase murmurée, au premier tiers du film, par le Roi Arthur à l'oreille de Gauvain

 

Et c'est bien ce qui charme et qui fait qu'une semaine après la lecture les images du métrage tournent encore en boucle dans ma tête. Tout fait mystère. Tout est ouvert. La leçon du Chevalier Vert est loin d'être bouclée et le périple de Gauvain est un bel encouragement à se replonger dans la mythologie Arthurienne. 

 

 

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Ces "super-héros premiers" sont devinés plutôt que cités. Le Roi Arthur remettant Excalibur entre les mains de Gauvain. Les sortilèges de la Fée Morgane convoquant l'apparition du Chevalier Vert sous les regards intenses de la reine Guenièvre et de l'enchanteur Merlin. Ces personnages sont le plus souvent silencieux, comme pour ne pas rompre la magie, ni égratigner le mythe. Car si le personnage joué par le charismatique Dev Patel met à mal la figure du héros, David Lowery ne cesse de déclarer sa flamme pour cet univers fondateur, à la racine de toutes les littératures de genre.

Pour cela le réalisateur s'est entouré de grands acteurs. Le charismatique Dev Patel excelle dans le rôle de Gauvain (le jeune homme de Slumdog Millionnaire a bien grandi) dans son périlleux registre entre faillite et noblesse. Le Shakespearien Sean Harris (sublime bad-guy des derniers Mission Impossible) n'a pas besoin de longues tirades pour s'imposer en roi Arthur vieillissant et malade. Comment échapper au regard foudroyant de Sarita Choudhury en fée Morgane? Clin d'oeil de casting également avec la présence de Joel Edgerton, dernier hôte du chevalier avant la Chapelle Verte, qui interpréta également le rôle de Gauvain dans le bourrin mais sympathique Roi Arthur d'Antoine Fuqua (2004). Quant à la magnifique Alicia Vikander (inoubliable créature d'Ex-Machina) elle expose, dans son double rôle de belle du seigneur et courtisane, un magnétisme totalement envoûtant. 

 

  

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J'ignore si je vous ai convaincu à pousser la porte de cette oeuvre aussi séduisante qu'exigeante et déroutante, mais sachez qu'il n'est question ici que de cinéma. De la première à la dernière image, dans sa lenteur (on peut aussi s'endormir) comme dans ses fulgurances, The Green Knight est pour moi un acte cinématographique de grande bravoure. Encore une fois il appartient au spectateur de savoir lâcher-prise. C'est une chance de ne pas trouver de réponses à toute nos questions. Une qualité qui permet aux oeuvres de délivrer leurs signes et significations au fil des revoyures. Vous trouverez toujours des "tutos" YouTube défendus par de fins experts qui vont vous  décortiquer le film jusqu'au squelette, quitte à en oublier la chair. L'âme d'une création échappe à toute science et se dérobe à toute analyse. 

Rêvons, embarquons et soumettons-nous au mystère.

 

- This house is full of strange things. But then again, I see things everywhere that bear no logic.

 

 

 

 

Francisco,  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Grand spectacle                                  Entretien avec le directeur photo Andrew Droz Palermo

 

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2021

 

2h10

 

 

 

 

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10/01/2022
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