LES HEURES LIBRES

LES HEURES LIBRES

THE TRAGEDY OF MACBETH, walking shadow

Drame  Ciné-théâtre
Joel Coen

 

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Oser.

Adapter.

Innover.

Orson Welles en 1948, Polanski en 1971, Justin Kurzel en 2015, pour ne citer que les plus illustres. Embrasser le chef d'oeuvre de sir "Willy" Shakespeare, comme le nomme Denzel,  a donc décidé Joel Coen à se lancer, en solo, dans une ô combien magnétique et expressionniste adaptation de ce récit plein de bruit et de fureur.

 

Et cette nouvelle mouture trouve sa place sans pâlir aux côtés de celle de Welles. Non seulement pour son noir et blanc à couper au couteau et ses décors semi-abstraits mais également pour le charisme de ses acteurs. Denzel Washington et Frances McDormand. Deux légendes. Deux monstres dévoreurs d'écran dont la seule présence est déjà une promesse de grand spectacle. Les mots du génial dramaturge dont les oeuvres universelles traversent les siècles sans prendre de rides retrouvent leur pleine musicalité dans la bouche de ces stradivarius. Ils jonglent et s'amusent de ces trésors de répliques. En plus d'être une splendeur de chaque plan, The Tragedy of Macbeth selon Joel Coen c'est déjà le bonheur qui résonne.

Ce récit d'un couple basculant par envie et ambition dans le crime, la barbarie et la folie pour accéder et défendre leur place sur le trône exige de libérer des fauves pour ne pas sombrer dans le grotesque ou le pathétique. Et les deux acteurs inscrivent un nouveau sommet à leurs impressionnantes filmographies. La maladie de la culpabilité, les hallucinations et la gangrène de la névrose font trembler leurs mots et enflamment leurs regards et leurs silences. Oui c'est du grand spectacle. À tel point qu'à certains moments, le reste de la distribution, pourtant impériale,  semble au garde-à-vous face à ces deux ogres. Le duo est hypnotisant.

 

 

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Et, seigneur, que c'est beau.

L'hypnose repose également sur " l'épure ultra-léchée" de la forme. L'expression "chaque plan est un tableau" trouve ici sa parfaite illustration. Dans un format carré des origines et habillés d'un noir et blanc électrisant (un millier de bravo au directeur-photo made in france Bruno Delbonnel qui habite régulièrement l'univers des Coen depuis Inside Llewin Davis) les visages sont les plus puissants effets spéciaux de cette tragédie increvable. Visuellement, cette tragédie est une claque.

 

Les décors, le plus souvent en incrustations numériques, sont ramenés à leur plus radicale expression appuyant avant tout leur valeur symbolique. Des landes brumeuses aux chambres et couloirs aux allures de tombeaux. Après la trahison et le crime, la malédiction est en marche et le jugement se dessine. La lumière tranche et les ombres découpent cet univers austère.  C'est l'expressionnisme  des chefs-d'oeuvre de Murnau et Lang jusqu'à celui du Septième Sceau de Bergman et ses visages irradiants, que l'on ressuscitent ici. L'espace condamne autant qu'il surexpose les personnages et leurs interprètes, comme sur une scène de théâtre. Le sentiment d'être le "spectateur du premier rang" envoûte. 

Résonne alors la petite musique du purgatoire. Le destin est en marche. La partition funèbre du grand Carter Burwell (fidèle au poste depuis Sang pour Sang) nous fait entrer "en maladie" et trace le sentier vers l'inéluctable résolution. 

 

Quelle joie (cinéphile) de descendre ainsi au fond du gouffre, de cheminer dans les ténèbres les plus profondes et de tutoyer la folie en si bonne compagnie ! Macbeth, spectacle au plus noir de l'âme, réaffirme ici son intemporalité d'une manière éclatante. 

Bienvenue en enfer !

 

 

 

 

Francisco, 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

"La vie n'est qu'une ombre qui passe, 

un pauvre acteur qui s'agite et parade une heure, sur la scène, 
puis on ne l'entend plus. 

C'est un récit plein de bruit, de fureur,

conté par un idiot 
et qui n'a pas de sens."

 

W. Shakespeare

 

 

 

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2021

 

1h45

 

 

 

 

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31/01/2022
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