Les Chroniques Ciné de Francisco

Les Chroniques Ciné de Francisco

THE NIGHTINGALE, manger froid

DRAME

JENNIFER KENT

 

 

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On me l'a vendu comme un choc. Une épreuve.

On peut dire ça. Deux heures dix de viols et massacres filmés en format 1.37 pour la caution "arty", un format presque carré plutôt tendance ces temps-ci.

Ce chemin de douleur particulièrement complaisant, une palanquée de Youtubeurs et blogueurs l'a carrément sacré "plus grande claque de l'année". Forcément, je me suis précipité. Persuadé de tenir, enfin, une vraie tranche de cinéma de caractère.

La baffe est rude.

On y apprend que la vengeance ne résout pas tout et, pour celles et ceux qui l'ignoraient, nous découvrons ici que l'homme est un loup pour l'homme. Une bête féroce, à la fois bourreau et victime de ses pulsions destructrices. Et de la destruction à l'autodestruction, il n'y a qu'un pas! Vous voyez un peu la densité narrative totalement inédite de cette trajectoire !?

Au-delà du récit de vengeance d'une femme violée dont le mari et le bébé sont odieusement assassinés lors d'une séquence aussi platement emballée qu'écoeurante, The Nightingale évoque (c'est pour moi son seul mérite) l'horreur de la domination anglaise sur l'île de Tasmanie au 19ème siècle qui a abouti au massacre de la totalité de la population indigène, que ce soit par la voie des armes ou les maladies vénériennes. Un génocide oublié de l'histoire. Pour cela je conserverai mon Blu-ray. Seulement voilà, ce parcours finalement traditionnel de Rape-&-Revenge devient ainsi une parabole pseudo âpre, grossièrement cruelle et artificiellement dépouillée de la colonisation. Symbolique de la terre brutalement envahie, opprimée et souillée comme le sera le corps de l'héroïne. Pour la symbolique, impossible de louper le coche, tout nous est bien enfoncé dans le crâne à grands coups de crosse.

 

 

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Visuellement, l'ouvrage s'est judicieusement placé à l'abri de la critique.

Dans son élégant et confortable petit format carré la réalisatrice nous déroule ses cadres tirés au cordeau et soigneusement éclairés. Beaucoup de plans fixes histoire de se la jouer "auteur en pleine maîtrise". Nous sommes comme au musée. Chaque image est un tableau. De quoi mettre à genoux un bon paquet de critiques. Chaque plan semble hurler "tous ceux qui n'aime pas sont des gros beaufs qui ne comprennent rien à l'art". Vous imaginez, face à un tel spectacle, combien la trouille de passer à côté d'un chef-d'oeuvre m'a plus d'une fois chatouillé l'esprit. Ouais, possible ... mais pourtant, dans cette quête de vengeance qui prend bien son temps en forêt, les surgissements de violence sont expédiés avec tous les clichés de mise en scène et de montage d'une vulgaire série B. Le film est ainsi d'un bout à l'autre. Il prend la pause, caresse le cinéphile dans le sens du poil, avant de se prendre les pieds dans le tapis. 

 

Mais l'ennui n'est pas venu que de l'aspect totalement lissé et prévisible de la chose.

J'aurais même pu facilement me laisser berner et croire à la pleine légitimité de cette débauche de violence si je n'avais pas eu à suivre une jeune actrice dont la gamme de jeu plus que réduite m'a laissé de marbre. Entre regards dans le vide et froncements de sourcils je cherche encore l'abîme. Une interprétation à l'image de la mise en scène. Figée et artificielle. D'ailleurs personne ne se distingue vraiment dans cette distribution transparente. La direction d'acteur, sans génie, délivre ainsi un spectacle théâtral aux jeux oscillants de l'atone à l'outré qui prête souvent à sourire au milieu de  cette petite boutique des horreurs. Dommage, car sur le papier le récit est plutôt bien écrit. On se souvient alors, entre deux bâillements, de ce qu'un dingue comme Herzog était capable d'offrir sur ce thème de la frontière sauvage et du parcours obsessionnel avec Aguirre ou la colère de Dieu...

 

Ouais, The Nightingale brasse des thèmes qui appellent à embrasser le chaos et faire résonner les tambours des origines sans le folklore. C'est un territoire qui ne tolère que l'authentique et la dinguerie fondamentale. Ce métrage certes violent mais toujours poli peut éventuellement traumatiser le public  lors d'une séance scolaire mais le cinévore averti qui a connu pas mal de parcours de survie et de vengeance, qui a su s'abandonner à la folle ambition esthétique et la viscéralité poétique d'Innaritu dans The Revenant ou connait ses classiques et a tremblé devant l'insoutenable scène de viol des Chiens de Paille de Peckinpah aura bien du mal à se sentir pris aux tripes par le maniérisme poli de la mise en scène de Jennifer Kent, dont le travail sur Mister Babadook m'avait pourtant séduit. 

 

 

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Cet enfer  climatisé débouche sur une de ces habiles arnaques intellectuelles qui chaque année s'imposent comme de soi-disants "films-ovnis" incontournables. Des oeuvres finalement raisonnables développant une apparence et une mécanique branchouilles sur le fond comme sur la forme et qui ici, sur un propos difficilement attaquable, fonctionne pourtant à vide. Symptôme de ce manque d'âme, un dernier quart-d'heure aussi ridicule qu'expédié. Pour celles ou ceux qui resteront jusqu'au bout vous aurez quand même droit à un mignon lever de soleil. Là, je vous épargne la symbolique.

Pour un théâtre de la cruauté courageux, osé et s'assumant jusqu'au bout, tournez vous plutôt vers le cinéma de Refn ou replongez dans les trips Jodorowskiens qui, même datés, ont encore une sacrée saveur.

 

"Cette quête de vengeance vous marquera à vie" déclare le mag Rolling Stone sur la jaquette de The Nightingale. Come on guys, Seriously !?!

Tiens, dans le même genre de coquille ultra branchouille, un peu chiante et au format carré fonctionnant totalement à vide, je vous conseillerai plutôt le visuellement passionnant "The Lighthouse" avec Dafoe et Pattinson. C'est hyper beau, moins violent, tout aussi creux et maniéré, mais cette fois avec de vrais acteurs dedans et une atmosphère un poil plus cohérente... Je crois même que je me suis moins ennuyé devant les magnifiquement photographiées, mais ô combien crétines, échappées philo-désertiques du Electroma des Daft Punk.

Bon, ça y est, je crois que je me suis fait plein de copains.

Ceci-dit, si vous restez persuadés que je suis totalement passé à côté, je vous en prie, le débat reste ouvert. C'est valable aussi pour The Lighthouse et Electroma ...

 

 

 

Francisco, 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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2018

2h15

LE BLU-RAY:  Haute-couture !  Visuellement, rien à redire. Gestion des textures et couleurs admirable. C'est très beau, même un peu plus.

Director:

 Jennifer Kent

Writer:

 Jennifer Kent

 

 

 

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24/04/2021
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