LES HEURES LIBRES

LES HEURES LIBRES

THE DEUCE, there's a hell bellow...

Série    Drame     Chronique sociale
David Simon & George Pelecanos

 

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Quel CV !

The Wire, Homicide, Treme, Show Me a Hero, Generation Kill. Quand on rassemble la filmo des écrivains-créateurs David Simon et George Pelecanos on épouse rapidement une certaine idée de la télévision.

Autant de ssérie exigeantes, pointues, extrêmement documentées et peuplées d'une riche galerie de personnages plus vrais que nature. Des personnages denses et multi-facettes, traçant le portrait d'une amérique corrompue, le nez dans le crime et la poudre, regardant ses démons s'envoler avec dans leurs gueules enflammées les dernières illusions de l'american dream. Un rêve américain clignotant fébrilement dans l'eau des flaques et les nuits de néons de cités perdues, endettées, devenues terrain de jeu de promoteurs véreux. Portrait d'une humanité dévastée par sa propre violence où les plus fragiles n'en finissent pas de trinquer. De ce terreau ô combien fertile vient de fleurir The Deuce. Diminutif qualifiant la "42ème rue" de New-York.

 

 

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Simon & Pelecanos...

Quand ces deux vrais humanistes de la littérature télévisuelle US évoquent le business de la prostitution et l'essor du porno dans le New-York des années 70 ils le font avec une maestria qui laisse pantelant d'admiration. Atmosphère dense et univers grouillant de vie. Dialogues ciselés sonnant toujours justes et authentiques, Une fois de plus l'écriture est somptueuse et les portraits croisés des demoiselles du bitume et leurs macs, des petits et grands truands, dealers, magouilleurs et flics lessivés déroulent une nouvelle symphonie des damnés.

 

Cru, réaliste, The Deuce fait plaisir à voir et à suivre. Parce qu'y affleure en permanence cette délicate poésie du désespoir qui enrobe poliment les parcours tragiques, déceptifs ou misérables qui s'y jouent. C'est toute la force de la littérature américaine qui s'exprime ici. Cette manière d'embrasser le sujet au plus près du terrain, au plus près du trottoir et sans jamais tomber dans le caniveau. Ici le style trempe dans le réel, on sait de quoi on parle.

Ainsi avance The Deuce, avec un swing terrible, porté par une BO totalement électrisante et quasi encyclopédique. Du générique signé Curtis Mayfield  à Johnnie Taylor,, Marvin Gay ou James Brown, de Jay Ramsey à Al Green et Nate Evans. Sur ce terrain là aussi, L'érudition est au rendez-vous. Un voyage dans le temps garanti sans fausses notes!

 

 

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Inutile de préciser que la mise en scène et la photographie subliment le tout et ajoutent une nouvelle page au plus noble du cinéma "de société" à l"américaine. Ce cinéma qui a vu naitre les plus grands acteurs du monde ayant tous défendu avec passion un mythique cortège de losers magnifiques.

 

Saluons-les bien bas, justement, toutes les acteurs et actrices de cette sombre mais réjouissante série quatre étoiles. De James Franco, campant des jumeaux avec une précision surréaliste sans jamais nous égarer, à l'incroyable prestation de Maggie Gyllenhaal s'offrant sans retenue à son difficile personnage de prostituée entre deux âges, luttant pour ne pas se retrouver sous la coupe d'un mac et préserver aussi cette parcelle de dignité qui lui permet de rester une mère.  Sans pudeur mais avec un talent fou elle n'en finit de nous briser le coeur. Voilà une actrice qui a le courage de défendre son personnage sans se soucier de son image. Et si rien ne nous est épargné du sordide de sa situation, le résultat est stupéfiant et, au final, admirable. Également productrice aux côtés de Franco on imagine avec quelle passion et courage elle s'est investi dans ce projet.

 

Et puis il faudrait citer le reste du casting et ses sublimes revenants de The Wire qui ont bien mûris avec une mention spéciale à toutes ces jeunes comédiennes interprétant ces filles perdues, camées , usées par le plus humiliant métier du monde. Grâce à elles, ce qui aurait pu être un récit sordide devient ce chant cruel d'amours brisés, de magouilles, racket et rêves fauchés.

C'est rude mais c'est sublime.

 

 

 

Francisco,

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Saison 2 & 3 

 

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Jusqu'au dernier épisode de la troisième et dernière saison l'amour des personnages irradie l'écran.

 

Tous aussi attachants les uns que les autres.

Toujours au plus intime, toujours plus déchirants.

Immense et élégante Maggie Gyllenhaal, bouleversante Émily Meade dans le rôle de Lori, intense et magnétique Maragarita Levieva dans celui d'Abby. Face à elles James Franco continue d'habiter son double rôle de frères jumeaux   avec une aisance totalement bluffante. Et puis il y a cette profonde histoire d'amour dévastée par le Sida entre Paul et Todd. Les prestations de Chris Coy et Aaron Dean Eisenberg vont chercher nos larmes en creusant au plus profond de nos coeur sensibles. On note également l'apparition du jeune Michael Gandolfini fiston du regretté James "Soprano" Gandolfini dont il semble avoir hérité de l'allure et de la gestuelle. Il faudrait saluer toute la distribution tant le moindre second rôle fait le job avec fièvre et conviction. Leurs addictions nous contaminent. Un ensemble magistralement dirigé et mis en scène avec ce sens de l'atmosphère qui faisait merveille dès la première saison. Des années 70 aux années Reagan la reconstitution respire l'authentique. Côté direction artistique, encore un fois, tout le monde est à son poste. 

 

 

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Jusqu'au final le passage du temps accomplit son oeuvre d'effacement abandonnant aux fantômes du passé  l'esseulé parvenu au terme de sa vie. La nostalgie pointe puis la maladie, la mort et l'absence. À l'opulence et aux excès succèdent la solitude et l'oubli. Le silence du deuil s'épaissit. Une époque se termine avec la gentrification progressive d'un New-York d'abord sauvage et dangereux avant d'être servie au banquet des promoteurs, pour la joie des hommes d'affaires et du tourisme de masse à venir. C'est la fin d'une "cité du vice et du crime" passée du cul à la coke, de la franche exposition au trafic invisible et endémique. Des macs aux golden-boys sans foi ni loi. Un feu s'éteint, d'autres s'allument. Comme des phalènes la plupart des personnages iront s'y brûler les ailes. Ce n'étaient pas des anges, juste des humains cherchant à se faire une place. Je ne spoile rien. Les destins sont d'emblée plombés et tout ici est dans l'art et la manière. 

The Deuce est une série majeure dans l'histoire du petit écran devenu grand. On s'y plonge comme dans un roman. Vous n'oublierez pas ces personnages prenant vie grâce à une écriture vraie et débarrassée des clichés du "soap" que les plateformes nous imposent au kilomètre.

Encore une fois HBO enterre la concurrence et fait ici oeuvre de littérature.

 

 

 

 

 

 

 

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(Saison 1)

2017 - 2019

8 épisodes

 

L'IMAGE : Visuellement la balade est admirable. L'achat en Blu-ray ( février 2018) s'imposera pour moi tant la patine visuelle rend, sur les couleurs et la texture de l'image, un hommage appuyé aux plus grands drames urbains des seventies façon Taxi Driver ou Macadam Cow-boy.  Une patine de caractère. Amoureux du lisse et du froid numérique, passez votre chemin. Pur régal. Pour les autres saisons, il faudra s'assoir sur les galettes bleues et passer à l'achat virtuel ...  Les temps changent.


Creators:

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27/10/2017
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