Les Chroniques Ciné de Francisco

Les Chroniques Ciné de Francisco

NICE GIRLS DON'T STAY FOR BREAKFAST, last of the Mohicans

DOCUMENTAIRE - POÈME

BRUCE WEBER

 

 

 

 

 

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Le noir et blanc lui va si bien.

C'est une histoire de contraste. Parce que l'on connait la passion du photographe et documentariste Bruce Weber pour les étoiles noires. 

Après le sublime Let's Get Lost sur Chet Baker, le voici dans le sillage de l'icône Robert Mitchum. Acteur de légende aux 130 films, ancêtre des bad boys d'Hollywood ayant traversé, avec toujours cette expression magnétique et lumineuse d'élégante nonchalance, 60 ans de cinoche, des années 40 jusqu'à la fin des années 90. 

Deux fois Philip Marlowe, cow-boy, soldat, ange de la mort, patriarche, Mitchum a tout joué et fait chavirer sans efforts la plupart des princesses et reines du grand écran d'Ava Gardner à Marilyn (qui exigea de l'avoir comme partenaire pour La Rivière sans Retour.)

Sur cent trente films l'acteur a forcément signé pas mal de choses alimentaires et oubliables mais il a enfilé quelques perles comme Les Forçats de la Gloire, La Griffe du Passé, La Rivière..., La Nuit du Chasseur, Les Nerfs à vif,  Jour le plus Long, El Dorado, La Fille de Ryan, Le Grand Sommeil, puis beaucoup d'alimentaire dans les années 80 et 90 jusqu'au baroud d'honneur dans le somptueux et funèbre Dead Man de Jarmush, tourné quelques mois avant qu'il s'abandonne de nouveau au courant de la rivière sans retour.

 

Quelques extraits de ces grands moments de cinéma apparaissent dans la balade cinéphage de Bruce Weber. Mais le cinéaste-photographe, maître dans l'art du portrait, s'attache avant tout à capturer l'essence de la légende en mettant en avant rencontres  somnolentes et rêveuses, cessions d'enregistrements de standards de crooner aux côtés de Marianne Faithfull et quelques titres méconnus de sa filmographie histoire d'appuyer sur la mélancolie fondamentale de cette icône à la fois pâpe de la cool-attitude et figure sombre et tourmentée. D'un chef-d'oeuvre à une obscure série B, Nice Girls... expose une légende en errance, cultivant une forme de détachement bouddhiste alcoolisé. Ce n'est pas une biographie, mais des instants volés qui traduisent ce refus "d'être vraiment là" qui, paradoxalement, le rendait si intensément présent à l'écran. 

 

 

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Souvent bien entouré, les femmes présentes à l'écran ne cachent pas leur fascination pour son assurance virile mais elles semblent toutes avoir dans le regard ce désarroi face à un homme dont le besoin de consolation semble insatiable. À l'image du regard bienveillant que pose le cinéaste sur son modèle. Si les témoignages des actrices et acteurs comme Benicio Del Toro et Johnny Depp sont sympas mais ne dévoilent rien d'essentiel, les interviews et rares échanges avec le géant expriment la profonde lassitude d'un type acteur "par flemme de travailler" devenu un vieil homme prisonnier de sa légende. Weber capture ainsi le "somnambulisme existentiel" de Mitchum. Le flux d'images et extraits de Nice Girls... déroule la toile d'un flux de conscience poétique branché sur le spleen irradiant de celui qui incarna mieux que personne le démon en l'homme, de La Nuit du Chasseur aux Nerfs à vif. Quelques mots de sa petite fille glissé en dernière partie du doc et l'évidence s'impose. Derrière sa coolitude apparente Mitchum a marché toute sa vie au bord de l'abîme. Explorer les ténèbres, il connaissait.

Les légendes sont ainsi faites. Et Weber, en photographe, cinéaste et poète, le sait mieux que personne. De l'ombre à la lumière, elles se dessinent en noir et blanc. 

 

 

 

 

Francisco, 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

Digipack Collector - limité à 500 exemplaires

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2018

1h30

Le Blu-ray : Évidement, la HD ne profite qu'à quelques plans dans ce torrent d'images d'archives dont le grain, puissant, constitue la matière organique de ce poème visuel. Rien de lisse ici. Et c'est ça qu'est beau.

Director:

 Bruce Weber

 

 
 
 
 
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20/05/2021
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