Les Chroniques Ciné de Francisco & Co

Les Chroniques Ciné de Francisco & Co

MARE OF EASTTOWN, l'art du portrait

 SÉRIE   POLAR   DRAME   CHRONIQUE SOCIALE                             

BRAD INGELSBY

 

 

51g8FPMdRrL._AC_.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quelques séquences suffisent.

Dès les premiers plans, l'atmosphère rurale de cette petite ville oubliée de Pennsylvanie embrasse ses personnages trempés dans le réel. L'écriture est d'or. Pas une fausse note. tout sonne juste. Un crime vient bousculer la routine et c'est tout l'équilibre fragile de la vie de Mare qui menace de partir en vrille. 

Il ne faut pas longtemps également, spectateur avides de bel ouvrage que nous sommes, pour coller aux basques du détective Mare Sheehan, campée par une Kate Winslet plus roots que jamais, nourrie à la junk-food. Jean, parka et vapette en main son plaisir à jouer un personnage brut de décoffrage est palpable à chaque plan. Elle assure le spectacle de la première à la dernière scène avec une intensité égale. Ce qu'elle a ajouté au rôle à chaque étape de la production fut un cadeau pour l'équipe. Tous les making-of et interviews en témoignent. Son investissement est absolu et le résultat à l'écran est magnifique. L'art de bouleverser sans jamais en rajouter.

 

 

mare_of_easttown.png

 

 

Mare of Easttown. Tout est dans le titre.

Un portrait de femme et celui d'une petite ville en faillite. Ces sept épisodes composent autant un captivant polar qu'une chronique sociale de l'Amérique d'en bas où le fait divers  reste le principal guide de lecture. Misère, frustrations et violence. L'univers créé par Brad Ingelsby lorgne un peu du côté d'un Ken Loach U.S avec un peu de Scott Cooper. Rien d'étonnant à ce que ce scénariste soit crédité au générique des Brasiers de la Colère. Il est aussi au générique de The Way Back un chouette film de rédemption avec un Ben Affleck plus que convaincant en entraîneur sur le retour. Mais ici, dans l'univers de la série son talent d'écriture se déploie. Mare of Easttown est ce que j'ai vu et "écouté" de meilleur cette année. Les dialogues filent sans  boulets aux pieds ni gros sabots jusqu'au plus profond des âmes. Et l'enquête progresse entre piétinements et emballements. L'action est rare mais brutale et marquante lorsqu'elle surgit. De quoi tenir en haleine le fan de polar sans jamais perdre la dimension sociale du drame.

 

Côté réal, tout baigne. C'est le talentueux Craig Zobel qui gère la mise en scène des sept épisodes. L'idéal pour afficher une belle cohérence d'ensemble. Il s'était fait remarquer il y a une dizaine d'années avec son polar d'atmosphère Compliance et plus récemment avec The Hunt tout en ayant adopté le format série avec quelques épisodes de séries 5 étoiles comme Westworld, la magnifique première saison d'American Gods ou The Leftovers. Une bonne maitrise du découpage et un sens de l'espace capables de planter un décor et une situation en quelques plans et sans esbroufe. Simplicité et lisibilité au service d'un réalisme automnale du meilleur goût. À ce sujet on peut saluer la photographie de Ben Richardson à qui l'on doit les solides images de Wind River, les visions poétiques des Bêtes du Sud Sauvage ainsi que les amples espaces de la classieuse série Yellowstone où trône un Kevin Costner impérial. Voilà, du boulot de pro à tous les étages.

 

 

B9726926583Z.1_20210504112145_000+GG0I1HEGA.2-0.jpg

 

 

Dans cet écrin les acteurs se régalent. Dans le sillage d'une Kate Winslet irradiante, se débattant avec les démons du deuil et des regrets, pas un seul personnage ne fait défaut, des plus jeunes aux anciens. Le scénario évoque avec la même finesse les répercussions du drame aussi bien chez les ados que dans le coeur de ceux qui ont déjà poussé leur rocher depuis un joli bouquet d'années. Familles dysfonctionnelles où l'amour circule malgré tout, même maladroitement. Romances à peine esquissées et déjà bousculées. Les années, traumas et désillusions ont certes grignoté les coeurs mais ils battent encore très fort et le casting se coule avec bonheur dans cette chaude ambiance d'existences ensablées, amères, abîmées, fracassées travaillant jusqu'à épuisement pour rester sur les rails.

Bonus, dans le rôle du mec réconfortant au milieu de la sinistrose environnante, j'étais ravis de retrouver, même dans un petit rôle,  le sous-exploité Guy Pearce qui défend ses quelques scènes avec la gourmandise de ceux qui ont trop longtemps dispersé leur immense talent dans de tristes et laborieuses panouilles visibles sur Prime ou Netflix.

 

Plongez dans Mare of Easttown et son spleen admirable. Sept heures d'un grand roman télévisuel qui font résonner l'écho de grands polars comme Mystic River, Gone Baby Gone ou Prisoners. Il faut se faire à l'idée, le meilleur du cinéma américain a désormais fait son nid à la télévision. Je ne sais pas si c'est triste mais c'est beau.

 

 

 

Francisco, 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Inside 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'avis des lecteurs 

 

24d8c05_129445-3232351.jpg

  

 

 

Spinaltap

 

Dès le début on sent que ça va être une grande mini-série. Suivez le conseil, 7 épisodes à dévorer !

 

 

L'anominus

 

Un des meilleurs rôles de Kate Winslet. Réal au top et j’ajoute un coup de chapeau aux compos musicales de Lele Marchitelli dont on a pu savourer le travail chez notre bien aimé Sorrentino

 

 

 

 

51g8FPMdRrL._AC_.jpg

2021

7 x 1h

Le Blu-ray : Comme toujours chez HBO - Warner, le transfert HD est de toute beauté. Couleurs, contrastes, précision, pressage. Aucun détail du spectacle n'échappe au regard, de quoi savourer l'excellence direction artistique de ce bijou de série.

Mise en scène

Craig Zobel ... (7 episodes, 2021)

Création   Scénar

Brad Ingelsby ... (created by) (7 episodes, 2021)
Brad Ingelsby ... (written by) (7 episodes, 2021)

Casting

Kate Winslet, Julianne Nicholson, Jean Smart, Angourie Rice, Evan PetersJoe Tipett, Guy Pearce  ...

 

 

 

MARE-OF-EASTTOWN-1-V2.jpg



15/10/2021
3 Poster un commentaire

A découvrir aussi