Les Chroniques Ciné de Francisco

Les Chroniques Ciné de Francisco

SERMONS DE MINUIT, ô sainte trouille !

SÉRIE  MYSTIQUE   FANTASTIQUE   HORRIFIQUE

MIKE FLANAGAN

 

 

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Loin. Très loin des Fidji...

Une île désolée, loin des côtes américaines, suintant l'ennui, les allocs et la désespérance. Une communauté repliée sur elle-même à l'ombre d'une église sur laquelle veille une dévote bien flippante n'ouvrant les portes qu'aux derniers croyants du coin...

C'est sur ce bout du bout de l'extrémité de la fin du monde moderne qu'accoste un ex-taulard rongé par la culpabilité d'un crime commis sous l'emprise de l'alcool, habité par un spleen abyssal, abonné aux alcooliques anonymes et condamné à rejoindre sa famille pour éviter de succomber aux cauchemars et hallucinations de son âme dévastée par son irréparable faute. Il n'est pas tout seul. 

 

 

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Au moment où cette brebis égarée rejoint le troupeau un jeune prêtre fait également son arrivée au sein de ce microcosme miné par un blues tenace. Ce charismatique serviteur de Dieu va accomplir un miracle. De quoi réveiller tout le monde et booster comme jamais la fréquentation de l'église. Après l'oubli et le désespoir renaissent l'espoir et la ferveur. Je pourrais m'arrêter là mais je vous perdrais. Évidement, il est nécéssaire d'ajouter que cet événement surnaturel s'accompagne d'apparitions et phénomènes autrement plus flippants ... Mon tout basculera donc rapidement dans une atmosphère sous emprise. Et c'est dans cette chaude ambiance que s'installe cette incroyable série signée du passionnant créateur des Netflixables The Haunting of Hill House et Bly Manor.

 

Midnight Mass, glorieusement rebaptisé  Sermons de Minuit signe une nouvelle étape dans la carrière de ce passionnant scénariste-réalisateur biberonné au fantastique-horrifique-gothique-romantique et adoubé par Stephen King himself. Évoluant à un rythme Tarkovskien, bavard comme un film d'Eric Rohmer, Sermons de Minuit m'a pourtant totalement emballé, ou plutôt envoûté. Même si je reconnais que deux épisodes de moins n'auraient pas été de trop. Mais j'avoue que bibliquement parlant, le chiffre sept en jette un max. Sur son île maudite, Flanagan nous a vraiment recréé le  monde.

 

Fasciné donc je fus. D'abord par cette galerie d'acteurs et d'actrices absolument prodigieuse évoluant sur le fil de dialogues richement sculptés et nourris de références religieuses. En effet, la parabole sur le fléau de la dérive intégriste est ici copieusement habillé de citations témoignant d'un travail de documentation proche de l'érudition. La rigueur et rugosité de textes anciens peuvent en effet ouvrir à des interprétations plus qu'hasardeuses voir limites dangereuses.  et justement, la démonstration est servie ici de main de maître, tant par la qualité de l'écriture que par la direction d'acteur. Dans les rôles respectifs de la dévote et du prêtre, Samantha Sloyan et Hamish Linklater m'ont littéralement cloué au fauteuil. Je ne peux pas en dire plus.

 

 

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Face à eux, je me suis également régalé du couple irradiant formé par l'ex taulard et son ex-copine qu'il retrouve réfugiée elle aussi sur l'île après une incursion malheureuse dans le vrai monde. Kate Seigel (fidèle de la famille Flanagan) et Zach Gilford pansent leurs blessures et soignent leurs bleus à l'âme avec un charme fou. l'insondable de leur tristesse captive. Autour de ce quatuor gravite une jolie collection de seconds rôles bien relevés. Une distribution sans accros. Dans Sermons de Minuit ça joue. et ça joue très bien.

 

Fasciné également je fus par la patine visuelle.

Le talent grandissant de Mike Flanagan me file déjà une sacré fringale pour la suite, tout contaminé que je suis par ses deux séries Netflixables précédentes sus-citées. Même sa suite osée de ShiningDoctor Sleep, offrait, malgré son concept un peu ridicule, de très beaux moments. La touche Flanagan repose bien dans l'élégance du rythme, l'atmosphère et le voile d'une photographie enveloppante à souhait. Une touche de poésie qui fait ici merveille et emporte l'ensemble loin au-dessus de la concurrence. Flanagan nous offre de nouveaux des plan-séquences d'une fluidité admirable qui servent au mieux le sentiment d'enfermement (confinement?)  Une mise en scène en totale cohérence avec l'atmosphère captivante de  ce ténébreux requiem.Comme chez tous les grands maîtres de l'épouvante, le crescendo est habilement géré et l'intrusion progressive d'éléments fantastiques et horrifiques témoignent d'un savoir-faire d'horloger suisse. Côté B.O les sortilèges et effets musicaux des Newton Brothers achèvent d'emballer le cadeau.

Pour moi le plaisir est total et le message est plutôt bien passé.

 

 

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Ces Sermons de Minuit,  dans le sillage du Village de Shyamalan chantent bien l'apocalypse de notre humanité en perdition, séduite par toutes les illusions et faiseurs de miracles, succombant plus facilement à la peur et l'hystérie qu'à l'acceptation et au pardon.  

Mais c'est d'abord et avant tout un grand moment de télévision, loin de l'agitation imbécile de produits horrifiques surgelés et servis pré-digérés. Flanagan n'a de cesse de redonner au genre fantastique ses lettres de noblesse et j'en suis ravi.

Merci  pour cette saine et sainte trouille !

 

 

 

Francisco,

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Liens Wikipedia

 

 

  • Midnight Mass
  • 2021
  • 7 épisodes - 7h30
  • Création et réalisation : Mike Flanagan
  • Scénario : Mike Flanagan (7 épisodes), James Flanagan (4 épisodes), Elan Gale, Jeff Howard et Dani Parker (1 épisode)
  • Musique : The Newton Brothers
  • Casting : Anne McCarthy et Kellie Roy
  • Direction artistique : Laurin Kelsey et Andrew Li
  • Décors : Steve Arnold
  • Photographie : Michael Fimognari et James Kniest

 

 

 

 

 

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09/10/2021
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