FRANCISCOLAND (à la poursuite du lapin blanc)

FRANCISCOLAND     (à la poursuite du lapin blanc)

LES FRÈRES SISTERS regarde les hommes tomber

WESTERN
JACQUES AUDIARD
 
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Ça fait une paye que je le sentais venir, le western, chez Jacques Audiard.

"Défendre une once d'humanité et une petite part d'amour fragile dans ce monde ignoble et cruel".

C'est ma petite phrase à moi pour résumer l'oeuvre du plus grand réalisateur français en exercice (avec Gaspard Noé) Et quel meilleur décor que l'Ouest Sauvage pour illustrer cette maxime.

Le Far-West d'Audiard est celui de la ruée vers l'or, au coeur du 19ème quand la seule loi de plein exercice était celle des colts. Alors on tue, les cadavres s'empilent et le décor est bien là avec quelques plans-clin-d'oeil de galop sur ciel embrasé, de la boue et des montagnes aux rivières charriant l'or et emportant les rêves d'aventuriers paumés et autres damnés de la terre. Mais le tout sans grandiloquence. Tout ça reste à hauteur d'homme. Un bon western désenchanté avançant avec cette forme de nonchalance éclairée propre aux relectures seventies, à l'image des frangins abattant leurs cibles avec détachement, voir lassitude.

 

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Le rythme du film ne racole jamais.

Il avance comme un road-movie avec cette liberté du "pas de côté, des petits accidents, de l'anodin". Et ce pari risqué ( (ne vous lancez pas si vous êtes crevés) de l'inattendu comme de l'ordinaire au coeur d'un genre ultra-hollywoodien ne fonctionne que lorsqu'il est défendu par des acteurs dignes de ce nom. Touché! Ici le quatuor est épatant.

Je ne vais pas vous vanter, une fois encore, l'intensité de Joaquin Phoenix, l'humanité de John C. Reilly, la fièvre de Gyllenhaal ou le charisme de Riz Ahmed (dont le talent a explosé dans la formidable série The Night Of)

Riz, à qui l'honneur revient de lancer, au centre du film, LA phrase déterminante, façon Colonel Kurtz :

"This world is an abomination"

Parce qu'il faut reconnaitre que tout cela est âpre et violent, sans pour autant être d'accord avec les critiques ayant qualifié ce parcours de "nihiliste". Pour nourrir la bête il faut bien que tout dérape et ce métrage "bien habité" mord alors à belle dents dans la matière première du western. On galope, on gueule, on flingue sévère mais ce western n'a rien de nihiliste. Même si l'espoir est bien maigrichon.

Les Frères Sisters ont du coeur et prennent bien la lumière. La poésie du tragique est toujours là. Celle de la complicité au coin du feu, de la blague qui sert le coeur, du sursaut d'humanité, des amitiés fugaces, d'une passion fantôme et de l'amour increvable entre frangins. Tableaux touchants travaillés dans la patine d'une photographie toute en matière signé du chef-op de Noé, Benoît Debie. Et le tout reste au dessus du sol grâce aussi à ce puissant courant d'humour, histoire de ne pas dégringoler dans le pathos ou pleurnicher bêtement, les deux pieds dans le drame humide. Ainsi Audiard peut se targuer de signer avec panache une scène de western totalement inédite : La découverte de la brosse à dents.

 

Les plumes d'Audiard et Thomas Bidegain se croisent depuis De Battre mon Coeur ... Elles savent écrire les choses les plus profondes sans avoir l'air d'y toucher. Nous conduire en enfer puis nous ramener chez maman sur le fil du conte. Sans gros sabots. À bonne distance.

S'offrir de l'espace, faire le plein de bonnes cartouches, bien viser et assumer le recul, c'est capital quand on veut percevoir l'écho et suivre les traces des inoubliables cow-boys mélancoliques de Ford, Peckinpah ou Eastwood. 

La délicatesse du toucher. La beauté du geste.

Suprêmes élégances de ce western sauvage et beau.

 

 

 

 

 Francisco,

 

 

 

 

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L'avis des membres


 

 

 Marian-o     (n'a pas vraiment galopé)

" Quelle déception ce film ! Un casting fabuleux... mais pour quelle Histoire ? Des dialogues parfois, souvent inutiles et inintéressants... Zzzzz... soporifique. Une mise en scène superbe, photo excellente, ce film est vraiment très beau, ça... c'est top. Mais pour faire quoi avec ?

Le film ne suscite que peu d'intérêt... voir aucun. Limite ça m'a énervé la première heure ! Même s’il y a quelques très rares bons moments, je trouve quand même que ces « Frères Sisters » font un peu coquille vide.
Ce n'est pas parce que c'est Audiard qu'il faut crier au chef d'oeuvre.

Je suis triste d'être déçu par ce film qui promettait beaucoup."

 

Thierry

" Film singulier, habité de quelques fulgurances, comme celles assez rares qui m'importent vraiment, quand ces êtres humains, notamment le "chimiste", entre-aperçoivent de manière fugace mais bien réelle ce que pourrait et devrait être la vie réelle, sérieuse et inspirée, celle qui parle d'un rêve de démocratie, mais bien au-delà, cette respiration ouverte du coeur touché par la beauté de la nature toute illuminante. À la recherche anté-diluvienne de l'or, celui que certains comprendront au fil des siècles et des millénaires comme étant en fait cet or de la vie joyeuse qui se cache au coeur du coeur de l'être humain, le film est cependant tailladé, poignardé et empêtré dans la tragédie plutôt immonde de créatures qui passent leur court temps de vie à s'entretuer sans relâche. Tout cela est bien triste.... et vrai."

 

 

 

 

 

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LES FRÈRES SISTERS

2018

2H

LE BLU-RAY :  Une image riche en matières. Le chef-op de Gaspard Noé, Benoît Debie, vient faire un tour chez Audiard pour offrir toute la sauvagerie nécessaire à son western. Des ombres, une patine, bref du non-lisse mais, attention, de très haute tenue. HD de caractère. Visuellement, un tient là un grand cru avec une âme à l'épreuve du temps.

Réal:

Jacques Audiard

Scénar:

Jacques Audiard (screenplay by), Thomas Bidegain (screenplay by) | 1 more credit »
 
 
 
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23/02/2019
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