FRANCISCOLAND (chroniques ciné & autres balades)

FRANCISCOLAND   (chroniques ciné & autres balades)

LE CRI DU CHAMEAU saison 2 épisode 9

ÇA BRAILLE, ÇA VOUS POUSSE DANS LE DOS, ÇA RIGOLE, ÇA CLAQUE AU VENT AVANT DE COULER SUR VOTRE PULL ET VOS POMPES (ou comment j'ai laissé entrer l'épisode neuf sans rien faire pour me défendre)

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"Pleurer, c'est ressentir, c'est être humain."

Ray Charles

 

 

 

 

 

 

 

 

C'est en promenant les chiens et parce que la lumière de la Grande Roue me caressait gentiment la nuque que je me suis retourné et que j'ai shooté cette image.

J'ai tout de suite trouvé que ça sortait pas trop mal.

Ouais, je m'y colle aussi.

Parce que ça y est.

On va tous devoir y plonger.

Faire la brasse au milieu de jolis bouquet d'illuminations.

L'électrique féérie des enfants perdus que nous sommes.

 

La petite musique des fêtes donne la cadence.

Il s'agit maintenant de rendre un poil plus présentable ce monde violent, imbécile et spirituellement exangue. Et ce boulot va épuiser un bon paquet de fidèles. On va tous faire un petit effort pour s'imaginer, cette année encore, que le grand marché de Noël va enterrer tous les cadavres de notre grise routine. Et ce, jusqu'au jour de l'an. Improbable explosion de joie du minuit-crétin.

Chantons tous en coeur, petits marins échoués sur nos iles désertes.

C'est parti pour le marathon de l'allégresse et du partage le plus poussif et indécent de l'année.

Enterrons, une fois encore, nos crimes et colères, nos triomphes orgueilleux et nos deuils au pied du grand sapin clignotant. 

Tiens, regarde, voilà que la Grande Roue a déjà fini son petit tour...

Je retourne vers le parc là où les chiens peuvent cavaler et pisser un peu partout.

 

 

 

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Celle-là je l'ai prise l'autre jour, à Nantes, en traversant la Loire vers la gare.

Pendant une petite minute le soleil a foutu le feu au fleuve alors je l'ai shooté.

C'est l'intérêt de nos téléphones. Attraper un peu tout. Y compris les instants de grâce.

Puis partager.

Avec deux-trois vrais potes et une foule d'amis virtuels.

 

J'avais fini le taf plus tôt que prévu mais impossible d'échanger mon billet.

J'ai donc attendu mon train pendant une heure et quinze minutes.

Disons que j'ai décidé d'attendre mon train.

Ne faire vraiment que ça.

Je n'ai pas réussi à m'ennuyer.

Je sentais bien le temps passer.

Une colonie de voyageurs prenant forme avant de disparaitre tandis qu'une suivante se rassemblait sous les grand panneaux des départs.

Marée tranquille de nos vies qui vont et viennent.

 

J'avais juste envie de me tenir comme ça.

Heureux d'être vivant et regarder la vie attendre et prendre le train.

C'est pas rien d'être là.

Vraiment.

 

 

 

Et toi, tu seras où, mon Fredo, à Noël?

Quand je quitte l'hôpital Nord, après t'avoir dit au-revoir une dernière fois, le soleil a déjà dévoré une bonne partie de la matinée mais il reste encore un peu de fraicheur dans l'air. J'inspire tout, pour me donner le courage de rentrer chez moi.

Rouler 200 kilomètres avec l'image de ce long visage privé de sourires et qui n'est plus le tien.

Rouler trop vite pour ne plus penser, agrippé à la lumière et à l'azur.

Quand il y a trop de souvenirs en moi je laisse tout filer dans le ciel.

Parce que je suis un être profondément immature.

Que je n'ai jamais su gérer mes émotions.

Et que je suis en train de perdre mon seul ami d'enfance.

 

Depuis

j'abandonne mon énergie au chaos.

Des trous béants partout dans la tête.

Je patauge dans la dérision.

Mais je viens à bout de chaque journée de travail.

Comme un bon petit soldat.

Le temps des larmes se fait attendre.

Je n'en veux pas.

Parce qu'aujourd'hui tu es encore vivant et que je ne veux pas que tu meures.

 

Mon Fredo.

je me souviens.

Nos longues conversations d'enfant

Dans les arbres

Le long des chemins

ou la nuit, sur le toit de la maison.

Premières cabanes.

Des courses à vélo jusqu'aux premières cigarettes.

Une seule à la fois.

Tu la piques à ton oncle, je me souviens.

Tu prends toujours soin de la ranger dans une boite pour ne pas qu'elle s'abime.

Tu es toujours méticuleux.

Soigneux avec les êtres et les choses.

Tu m'apprends comment bien la griller, la cigarette

Et avec ce geste gracieux de la main lorsque tu inspires la fumée.

 

Dis, tu te souviens que c'est toi qui m'as offert mon premier rasoir?


Tu seras où mon Fredo le jour ou je me serais encore fâché avec la terre entière et que je n'aurais plus de vieux potes d'enfance à qui passer un coup de fil, histoire de vider mon sac?
Il sera passé où, le frangin filant toujours droit, m'expliquant qu'il est bon de ne pas trop se faire chier avec les états d'âme?

Nous sommes un "tout droit" et un "bien à l'ouest" comme tu le dis en te marrant.

C'est vrai qu'en grandissant nos trajets ont dessiné d'étranges figures qui ont fini par moins se croiser mais le foyer reste vif. Le coeur-brasier des premières années.

Nous avons précieusement conservé ce premier croquis.

Celui de toute une vie à peindre puis à mettre en musique.

On s'est connus tellement jeunes qu'on se retrouve toujours sur l'essentiel, toi et moi.

On a grandi comme des frères.

Pas besoin de se voir souvent pour sentir combien nous sommes ravis de nous retrouver.

 

"Il ne réagit plus mais son coeur bat toujours"

C'est normal

Il est jeune encore.

Et le coeur chez lui est un muscle de toute beauté.

 

 

"À quoi ça sert d'être triste?"

 

"Je ne veux pas de larmes"

Putain, tu t'es battu comme un spartiate.

Et toute ta famille a suivi.

Ta femme en première ligne.

Des guerriers.

 

Quand tu étais trop fatigué on écoutait tes playlists.

Je me suis même remis à fumer avec toi.

Et j'ai tenu parole, je n'ai jamais versé une larme en ta présence.

Même quand tu m'as montré ton casque de moto.

Un collector.

Design années 60.

Ne plus pouvoir t'échapper, c'est ça qui te manquait le plus.

 

Ça t'allait bien la barbe, avec ton crâne rasé.

Tu vois, au final, on s'est retrouvé avec un peu le même look.

 

Je t'aime, mon vieux.

Je devrais pas dire ça comme ça, devant tout le monde.

Mais c'est toi qui m'a dit qu'il ne fallait pas s'embarrasser avec les états d'âmes.

Alors voilà.

Je dépose tout ici.

J'espère que tu ne m'en voudras pas.

 

Avant que je quitte la chambre

Tu as la force de poser ta main sur la mienne.

Voilà.

Tu soulèves une montagne.

Rien que pour moi.

C'est vrai que t'as cassé pas mal de murs et restauré plusieurs maisons.

 

Je n'ai jamais pu me débrouiller avec l'idée de Dieu ou de la permanence de l'âme mais je t'ai quand même dit  "au revoir mon vieux pote".

Et de toute façon, même si il n'y a rien après la mort ce sera déjà énorme.

 

 

 

 

 

 

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         Marc Yvard     En attendant la nuit

 

 

 

 

 

 

 

 

Épisode 10

 

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30/11/2017
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