SUR LES AILES DU SOIR

SUR LES AILES DU SOIR

LE CRI DU CHAMEAU saison 4 épisode 8

TANDIS QUE S'ÉTEINT LE BRASIER DE L'ENFANCE SOUS L'ORAGE DES HEURES ÉLECTRIQUES 

 

IMG_1507.jpg

 

 

 

 

 

 

 

Je commence à disparaître

C'est sage et lent

à peine sensible

 

comme une douceur sur la douleur

une pluie fine dispersée sur la mémoire

 

et tout cet amour

qui tient

 

Se noyer doucement

au rythme du randonneur

un pas après l'autre

des rues étroites et penchées

au boulevards sans ombres

 

Penser à Fredo

et chercher l'ami ancien

avec lui tout revient

 

Passer derrière le décor

comme un vieillard poli

 

C'est juste là

après l'éclat des colères

 

et tout cet amour 

qui tient

 

C'est juste là

après la course ivre

les avenues électriques

les premiers feux 

et le galop des soirées

 

Penser à Josée

faite pour l'emballement

ployant 

sous l'effort insoluble

et s'envolant vers le grand large

 

et tout cet amour 

qui tient

 

c'est un peu comme l'idée de l'enfant qui s'en va

le chant d'un mouvement irrévocable

mais

ça peut-être

gracieux

à la manière dont le paysage défile

 

jour après jour

 nos couleurs 

 entrent en hiver

 

Je commence à disparaître

C'est sage et lent

à peine sensible

 

Ça ressemble

aux regards que j'oublie d'échanger

aux sourires mal ajustés

mais cette absence me ressemble

 

C'est juste là

ça ne me lâche plus

c'est un fidèle compagnon

 

C'est la musique qui ne couvre plus mon silence

et les idées qui s'échappent

mais 

finalement

tout se lit

 

et tout cet amour 

qui tient

 

Penser à Félix

petite mort

qui rend une vie 

 

Ça ressemble 

aux casquettes usées

aux chemises fatiguées

aux mouchoirs et aux tickets en papier oubliés au fond des poches

aux emmerdes et aux tristesses qui amusent

et aux grands films qui se laissent revoir dix fois

 

Ça ressemble aux efforts que l'on fait

pour

regarder devant soi

pousser les portes

marcher en rythme

verser sa peine

au travail des jours

 

mais

c'est la lumière soudain

sur le parvis d'une église

 

et tout cet amour 

qui tient

 

Ça ressemble à l'envie

qui se retire comme la marée.

mais l'océan reste là

tout proche

nous respirons toujours à son rythme

 

les années magiques

les années fragiles

les années à l'oeuvre

jusqu'au défaites

du sommeil

et des petits cachets blancs

mais

abandonner ce combat

et s'endormir à nouveau

 

et tout cet amour 

qui tient

 

Nos enfants, déjà, sont sur le quai

ailleurs

dans l'impatience de la vie neuve

  

C'est lourd sur les bras et dans les jambes

mais

dans le fond

ça ne pèse rien

 

Ça s'installe ici et là

dans le coeur et sous les yeux

avec un peu de chance

ça rapporte un peu d'élégance

 

et tout cet amour

qui tient

 

On peut encore

nouer ses lacets

longer les plages

grimper les montagnes

baiser

bronzer

bouquiner

éplucher les fruits 

couper les légumes

jouer

picoler

laisser griller la viande

boire son café doucement

On n'écoute plus

depuis longtemps

la messe du commun

On s'échappe

 

Commencer à disparaître n'est pas douloureux

c'est

simplement

être là

et rester muet au milieu de ses phrases

C'est le vide

Ce grand silence qui nous retrouve

 

et tout cet amour 

qui tient

 

Penser à Faby

à l'enfant et au mari qui grandissent et se souviennent

 

Lire autour 

La mort en Chine

Un tireur fou

Six nations sur le gazon

Le Sahel qui bascule

Le clown grotesque

qui danse

sur le dos de ses ennemis

là-haut

sur le toit du monde

c'est

le chaos ordinaire

de l'histoire qui se moque

Rien de grave

disparaître se fait sans fracas

Tout ce que l'on a

repose simplement dans le coeur de ceux qui vous aiment

 

Parce que l'on meure aussi

pour ne pas rester seul

 

Souvent

je pense

à l'oncle des bois et des dessins

Jules

solitaire

si léger sur son chemin

avant que le sang tourne 

Mais aujourd'hui

Jules aux champs grands ouverts

Jules aux palais forestiers où brament les seigneurs

Jules aux gueules solides

 

Je pense à Mamie Lisette

sa tendresse embrasse toujours mon horizon

Papi Dom

me nourrit encore de son imposant silence de guerrier

 

Je pense à JP

qui voulait tant se retrouver

Son masque lourd tomba avec lui

 

et tout cet amour 

qui tient

  

Parfois encore

je promène ma mémoire

C'est

la maison au pied des grands chênes

les pommiers près de la ferme

le sentier glissant vers la rivière 

la route du soir à vélo à fond et sans les mains

le retour de la fraîcheur après les jeux

avec partout

sur l'horizon

comme seule lumière

le ciel en feu

Dans les ombres du jardin

je planque mes poupées soldats

La nuit 

sur le toit 

les étoiles annonçent l'avenir

 

Et puis?

Et puis être simplement celui que l'on est

ni plus

ni moins

 

Aujourd'hui

Je fais comme tout le monde

je commence à disparaître

 

On meurt seul

mais on traverse à plusieurs

 

Un peu de magie dans les doigts

sur le clavier 

ou l'ivoire des touches

Garder en tête 

qu'un petit quelque chose

après

reste

 

et tout cet amour

qui tient

 

Pour le moment

je commence à disparaître

 

C'est sage et lent

À peine sensible

 

Ce n'est pas mourir

Je me retrouve

c'est tout

 

Parce que là où je suis

il n'y a rien

il y a tout

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Épisode 9

 

artfichier_777966_6739494_201612301858939.jpg

 

 

 

 

 

 

Sommaire général  

 

Sommaire saison 4

 

 

 



14/02/2020
3 Poster un commentaire

A découvrir aussi