FRANCISCOLAND

FRANCISCOLAND

LE CRI DU CHAMEAU saison 4 épisode 6

LA LIGNE D'HORIZON EST PARFOIS TRACÉE À LA MAIN. LE PLUS REGRETTABLE ÉTANT QUE TOUT LE MONDE S'EN FOUT ROYALEMENT

 

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Lorsque qu'Emiliano Hegel vit au loin s'effondrer le paysage, il laissa tomber ses jumelles et se redressa d'un coup, une main pressée sur le coeur.

Le sol boueux glissait doucement sous ses chaussettes luisantes de pluie et ses sandales couvertes de terre.

 

Là-bas, un craquement épouvantable brisait la forêt.Un fleuve d'arbres en tourmente glissait dans un trou sombre et béant. Il entendit l'étrange armée des chanteurs aux visages blancs se mettre à hurler dans un concert terrifiant. 

- Putain, mais c'est n'importe quoi !!! le bordel absolu !

Il courut vers sa camionnette.

Il fit de grands gestes en direction de ses deux agents "du service et entretien des écrits et performances" occupés à fumer une cigarette à l'ombre du véhicule.

- Faut se barrer ! Faut se barrer, les gars !!! Tout est en train de se casser la gueule !

Les deux continuèrent à fumer tout en lui faisant le geste de se calmer. L'un d'eux, rouge et hilare, l'imita en train de cavaler comme un fou.

L'instant suivant tout disparu.

Le sol s'ouvrit et souffla une gigantesque gerbe de pétrole qui propulsa dans les airs la camionnette et les deux types. D'autres gigantesques éclaboussures dévastèrent le décor autour d'Emiliano Hegel qui se mit à hurler, le visage et le corps maculé de l'épaisse pluie noire.

 

La terre trembla plus fort encore.

Il tomba à genoux, assourdi par le monstrueux tambour des arbres s'effondrant autour de lui. Une bobine de fil rouge s'échappa de la poche de son bermuda et disparut sous les gravats. Il tenta désespérément de s'agripper à d'épaisses racines jaillissant du sol. Le mouvement furieux du bois lui lacéra les mains et une vague de terre lui fouetta le dos. Il voulut appeler à l'aide mais une marée de terre lui monta au visage.

Puis, brusquement, tout s'arrêta.

Dans un dernier effort il poussa sur ses bras et réussit à se retourner. Basculant sur le côté, il vomit ce qui l'étouffait avant de pouvoir reprendre son souffle. Péniblement.

Douloureusement.

Dans une interminable quinte de toux.

Chancelant, l'esprit affolé, les larmes aux yeux, Emiliano Hegel voulut tenir debout mais ses membres secoués de tremblements ne répondaient plus.

Il demeura ainsi un long moment.

Le corps secoué.

Les nerfs en panique.

Il perçut au loin comme un gigantesque gargouillement.

Comme celui d'un lavabo géant se vidant.

Lorsqu'il tenta de nouveau de se relever il perdit connaissance.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Chevrolet Chevelle 70 traversait le paysage comme à la pointe du pinceau dans la lumière dorée d'un éternel coucher de soleil Hollywoodien. 

- C'est la bagnole de Tom Cruise dans Jack Reacher, ce petit bolide, non?... Demanda John Ford à son pote Bernard

- Tout juste ! répondit celui-ci en recoiffant en arrière les grandes oreilles de son costume de lapin flambant neuf.

- Putain, ce que c'est bon d'être mort ! s'exclama le vieux réalisateur en se sifflant une rasade de son or, tout droit versé des Highlands. Un Dalmore Single malt de 12 ans d'âge.

- Tu sais mon petit Bernard. J'ai finalement accompli ta mission.

- Sérieux?! 

- Et comment. Je suis descendu souffler à l'oreille de quelques belles plumes. 

- Un bon gros western?

- Pas tout à fait et mieux que ça, mon petit Bernard...

- Vous avez toute mon attention, m'sieur Ford

Le réalisateur de La Chevauchée Fantastique dessina un cercle avec ses doigts

- Ce sera une série. Une série. Un truc dans le social et dans le western. Pour imprégner les consciences faut se tourner vers ce genre de format. Faut viraliser le geek contemporain sur la durée et en profondeur. Faut lui occuper ses soirées et ses week-ends.

- Et le concept ?

- Le concept c'est: "et si...".  Une maousse histoire de réconciliation. Une série chorale avec tout plein de personnages. L'épisode pilote exposerait une utopie. Celle, tiens-toi bien, d'une Amérique sans le génocide indien.

- Wow...

- Ouais. Une société où chacun aurait appris à profiter des connaissances et coutumes des autres au lieu de se foutre sur la gueule. Tu vois le truc?

- Carrément ! S'enthousiasma Bernard, pied au plancher.

- Imagine un peu. Un chef d'entreprise Cheyenne dirigeant un grand média d'information et un petit blanc vivant en pleine nature au milieu des tipis. Bref le spectateur plongerait d'abord au coeur de cette Histoire Parallèle idéale et pacifique avant d'être brusquement et violemment ramené à la dure réalité dès le deuxième épisode qui plongerait dans la totale misère et désespoir de la vie dans les réserves.. Seulement voilà, au milieu de tout cela, la série introduirait une brillante scientifique d'origine Apache et un autre scientifique visage pâle ayant chacun eu par accident accès à cette autre dimension. T'imagines la suite?

Un peu, ouais. 

Le réalisateur des Raisins de la Colère acquiesca, avant de reprendre.

- Ouais, ces visions les tarauderaient. Faire passer le message qu'un autre monde est possible deviendrait leurs croisades à tous les deux. Et forcément, ils finiraient pas se rencontrer.

- Cool. Et forcément ils tomberaient amoureux.  Façon Pocahontas et John Smith.
- Ben ouais, pourquoi-pas. Mais attention, petit à petit la frontière entre les deux réalités deviendrait de plus en plus poreuse. Quelle serait au final la vraie réalité? le cauchemar d'en bas ou ce songe merveilleux?

- Ça peut le faire, vraiment; John.

- Ouais, ça peut. Bon, ensuite, il appartiendra aux scénaristes de faire leur boulot pour développer tout ça intelligemment.

- Dites, ça se tient vraiment bien, m'sieur Ford. Ça pourrait éveiller pas mal.

- Ouais, ça pourrait.

La Chevrolet gronda.

Le ciel virait au mauve sur tout l'horizon.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C'est le retour du bleu et de la lumière après dix jours de crachin et de ciel plombé.

Une oasis. Un simple temps de séchage.

Les prévisions météo n'annoncent que des petits nuages avec de la pluie.

Mais les chiens s'en foutent. Ils sont là.

Tranquilles.

Val roupille, les pattes étalée sur son coussin.

Scott s'est allongé pile dans le carré de lumière qui chauffe doucement le parquet.

Je reconnais qu'ils sont mieux logés, nourris et chauffés que bien des humains. Mais ils le méritent et n'ont rien demandé. Ils sont entrés dans nos vies comme pour éprouver notre tendresse et notre attention. Ils ne râlent jamais, sont toujours contents d'aller faire un tour avec leurs maitres. Ces rituels suffisent à leur bonheur. La répétition est pour eux le plus doux des ronronnements.

Machinalement ou parfois avec la même grâce que le violoncelle des poèmes musicaux de Philip Glass, nous enchaînons jour après jour sensiblement les mêmes parcours. Ils ont leur coins et pissent à peu-près au même endroits.

Les semaines, les mois et les années passent sans qu'ils ne réclament rien sinon continuer ainsi. Jusqu'à leur dernier souffle, nourris du même amour inconditionnel. Cette infaillible loyauté.

Sans un mot, ils sont témoins de nos instants d'éclats comme de nos heures sombres.

Ils pansent nos blessures, nos deuils et nos manques en bondissant au milieu des herbes ou en coursant un oiseau ou un lapin sous l'applaudissement des arbres sous le vent.

 

Parfois nous explorons de nouveaux bois, de nouvelles forêts et leur joie devient contagieuse.

Nous nous accompagnons les uns les autres.

Leurs courses dessinent le paysage et offrent un cap. 

Qu'ils reviennent vers nous, gueule ouverte la langue sortie, avec leurs grands regards libres et sans malice et nous nous réjouissons d'avoir adopté ces êtres tout entiers livrés à l'instant.

J'essaye d'en prendre de la graine.

Mais, même la gueule ouverte et la langue sortie, je sais que ma conscience ne me foutrait jamais la paix.

Oui, franchement, je crois qu'ils sont profondément heureux.

 

Le bonheur a des poils partout. 

 

 

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L'écume de la rivière étincelle dans la lumière des flambeaux.

Libérant sa mousse argentée le long de l'étrave du bateau.

Autour d'eux, sous le couvert du manteau de la nuit, la nature semble libérer son chant.

- C'est la respiration des bois, murmure Anna à l'oreille d' Hugo.

- Nous y sommes presque, lui répond le chevalier.
Devant eux la masse sombre de "l'île aux apparitions" ouvre le fleuve en deux.

Il accostent, accompagnés par les guerrières silencieuses de l'abbaye de Bertha Icks. Sous la lumière pâle de la lune et des torches, la troupe s'engage ensuite le long d'un étroit sentier.

Accélérant le pas, derrière Anna et Hugo apparait Little Billy. Sa fine silhouette et ses longs cheveux blancs lui donnent l'allure d'un elfe. 

- Quelques minutes de marche et nous y sommes

- Tu es déjà venu, Billy? Demande Hugo.

- Oui, il y a quelques mois. Pour accueillir William B.

La pente fléchit puis le chemin se fait plus doux jusqu'à la clairière.

Un vaste espace libre ouvert au ciel étoilé.

Au milieu se dressent les ombres massives de plusieurs dolmens.

En s'approchant ils découvrent, au centre de cet ensemble majestueux, une imposante table de pierre.

Une table de pierre sur laquelle reposent deux corps.

- Ils ne vont pas tarder à s'éveiller, déclare Little Billy.

Anna se penche au-dessus des deux endormis.

Elle est d'abord saisie par la noblesse du visage du plus âgé des deux. Vétu de son costume traditionnel et sous ses peintures de guerre elle reconnait le sage indien dont le portrait siège dans le grand salon du château du roi-Souffleur.

- C'est Red Kiss, Hugo. Red Kiss Buffalo... Celui qui autrefois, en compagnie du légendaire Willard, a délivré des ogres le Roi-Souffleur. 

Le chevalier hoche la tête en se lissant la barbe.

- Et celui-ci, le chauve plutôt balèze, il n'a pas l'air d'appartenir au même territoire. déclare-t'il

Anna hausse les épaules.

- Aucune idée, Hugo, mais si il est ici c'est qu'il a son rôle à jouer.

Little Billy s'approche.

-  Bertha Icks les a extraits du Voreux. L'affrontement a eu lieu. Ces deux-là ont affronté ensemble l'obscurité.

Hugo acquiesce.

- Je le sens. Je ressens autour d'eux l'effroi du chaos, déclare le chevalier, d'autres êtres et créatures vont trouver ici refuge. Tout s'effondre là-bas mais se libère ici.

Anna pose une main sur le front de l'indien.

- Oui, des créatures magiques. Celles des âges anciens. C'est l'oeuvre de Bertha Icks. Son flux et son pouvoir d'enchantement ont gagné en puissance. Avec ces deux nouveaux soldats à nos côtés nous pouvons de nouveau réveiller le songe. Celui du grand retour de la magie et de l'espoir dans le coeur du poète.

- Ce coeur qui a guérit le mien, insiste Little Billy.

- La colère et la folie menacent encore son monde mais cette nouvelle alliance devrait l'aider à réunifier nos univers et rassembler les écrits.

En souriant, Anna saisit les mains d'Hugo et Little Billy.

Autour d'eux, les muettes amazones s'agenouillent, en prière.

Ainsi liés, dans l'ombre magique des pierres levées, ils attendent le réveil de Brunner et du maître de guerre.

Et tandis que les premières licornes elfes et lutins, surgissant du plus profond de la nuit, gagnent l'orée de la clairière, une foule silencieuses d'humains au visages peints se réveillent sur un lit de feuilles et se découvrent vivants.

L'effondrement, la peur, les cris et les douleurs se sont effacés sous les caresses de la lune.

 

 

 

 

 

 

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À suivre ...

 

 

 

 

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19/11/2019
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