FRANCISCOLAND

FRANCISCOLAND

LE CRI DU CHAMEAU saison 4 épisode 3

SOUS LE SOLEIL ET LE VENT DORÉ DE NOS CHEVAUX SAUVAGES ...

 

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"Aujourd'hui, y'a pas de raison que tout ça se termine ...

Par contre, si rien ne change, ce sera vraiment la fin"

Denis.

 

 

 

 

 

 

Ainsi filait son automne.

Les journées rallongeaient

Un nouveau printemps.

Il pouvait de nouveau s'assoir sur les marches conduisant au jardin

jusqu'au couchant.

Observer les avions libérer leur écume dans l'océan du ciel

Picoler doucement

Fumer

Flirter avec le silence

En compagnie d' étourneaux, d'une jolie mésange et d'une bande de corneilles

Laisser la musique s'enfuir au dehors et raconter nos vies.

 

Une attente simple

Libre, avec les pensées aussi légères qu'une promenade en barque

ou un déjeuner sur l'herbe

C'est comme la rosée déposée sur tout le sec de l'âge.

Avec la lumière éclaboussant le pommier

 

Il est heureux

Avec tout ce soleil du soir

au dessus de sa tête sans cheveux.

 

Il tient sa phrase et ne veux plus la lâcher.

Écrire

Un peu

Cesser de mourir.

Juste le temps d'un instant.

 

 

 

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 Little Billy lève son verre, sans quitter le couple des yeux.

- J'ai l'impression de vous connaître depuis très longtemps, tous les deux.

Anna serre la main d'Hugo.

La salle est bruyante mais il leur semble que le silence signe leur rencontre.

 

Ils se croisent à l'aube, sur le chemin longeant la rivière.

Le Folk Singer imaginaire improvise une partie de pêche.

Le chevalier sans armure et son ange marchent en direction du village.

Leurs regards s'accrochent.

Quelques sourires.

Quelques mots et l'instant devient familier.

Les paroles délicates de ce couple magnifique lui font replier sa canne et ranger ses hameçons.

 

Voilà.

Le frais soleil du matin découpe un large carré de lumière sur le bar.

- Qu'avez vous trouvé ici ? Demande Anna

Par les fenêtres du café, pointent, au dessus de la ligne des toits, les hautes tours du château de Bertha Icks.

Little Billy croise les mains sur la table et sourit aux amoureux.

- Disons, pour faire court, que j'ai cultivé l'art de reconnaître les gens comme vous.

Hugo caresse sa courte barbe en hochant doucement la tête.

- Nous arrivons, Hugo et moi, du village de Souligny, ajoute Anna. C'est un nouveau monde qui prend forme là-bas. Les habitants recueillent les éprouvés. Nous allons à leur rencontre, aux abords des gares, sous les porches, le long des boulevards, la nuit, et quand ils sont prêts à partir avec nous, nous les y conduisons. Depuis qu'ils sont arrivés là-bas, nous avons doublé les cultures, planté des haies et des milliers d'arbres. Il y a encore de la picole et quelques bagarres mais rien de bien méchant. Quand ils voient ce qu'ils ont fait du paysage ils chassent leurs fauves et retrouvent le calme. Et depuis, nous voyons les frontières reculer. Notre territoire s'agrandit. Bientôt, nous n'aurons plus besoin de faire la route, des portes s'ouvriront au coeur de ces forêts nouvelles. C'est l'espoir. C'est un peu dingue, non? Mais on s'y tient.

- Si tu les voyais reprendre force et confiance, c'est un spectacle magnifique, insiste Hugo.

La lumière s'échappe du bar et se glisse dans les cheveux blancs de Little Billy.

Son visage s'éclaire.

- C'est une sacré nouvelle! Je me croyais sur le dernier îlot. J'avais la sensation que tout disparaissait mais quelque chose recommence ailleurs. Il faut absolument que vous rencontriez Bertha et mon grand ami ...

- William B ! s'exclame Anna.

Le rire de Little est encore celui d'un jeune homme.

- Je vois que vous savez tout. Nous sommes donc bien de la même tribu.

Hugo se lève.

- Little, crois-tu qu'il serait possible de rencontrer la maitresse des lieux?

- Pour cela il faut attendre le soir, Hugo. Bertha est une créature née d'un conte. Elle ne s'éveille et ne se livre qu'à la nuit tombée. Il lui faut ombre et silence pour prendre corps.

 

 

Et voilà que partout autour d'eux tombe la nuit.

Le château s'allume. Il semble plus grand qu'au matin.

Les hautes tours filent droit vers le gouffre des étoiles.

Ici, l'atmosphère brasse dans le même chaudron, le temps et l'espace. Little Billy, Hugo et Anna savent qu'ils se trouvent au carrefour de toutes les histoires du monde. Ils en ont le sentiment clair. Les époques y font claquer leurs drapeaux dans le vent du soir.

Il y a cette odeur, douce, de l'encens baignant la grande salle et des feux crépitant dans les deux cheminées à hauts manteaux au dessus desquelles s'expose les armes de Bertha Icks.

puis celle, plus épaisse et écoeurante, de l'humidité dans l'escalier grimpant à sa chambre.

Il n'y a pas de flambeaux. On gravit ses marches dans l'obscurité, presque à tâtons. Il faut oublier le sens. Avoir confiance.

Puis c'est la lumière, lorsque la porte s'ouvre.

Une lumière du premier âge. Celle de la naissance.

Elle perce l'ombre en gloire. Comme le soleil, vu sous l'océan.

Hugo sent Anna se blottir contre lui.

D'ondoyants rayons de lumière s'échappent des voilures d'un gigantesque lit à baldaquin.

- La voilà, elle se réveille chuchote Little Billy.

C'est un souffle puissant, puis un sifflement qui se fait chant.

C'est un instant où les coeurs battent plus fort, où le temps s'épanche plus lentement.

Ils sont entrés à l'instant ou depuis une éternité.

 

Ils rencontrent une idée.

Bertha Icks existe depuis si longtemps que sa forme reste indistincte.

Les visions surgissent. C'est un visage immense qui s'anime puis ouvre grand sa gueule gigantesque d'où s'écoule le miel épais nourrissant ses disciples avant de se replier aussitôt dans l'ombre.

L'histoire alors se raconte...

 

Je suis Bertha Icks.

Au coeur du brasier du globe, je nais.

Je griffe la terre jusqu'à percer les profondeurs de l'océan pour, lentement, regagner mon premier rivage.

Là, je me redresse. Je prends forme solide. Je traverse plaines et collines, forêts, jungles et déserts, en dessinant le premier chemin jusqu'au sommet des plus hautes montagnes. Dans les profondeurs d'une caverne aux phosphorescences stalactites et stalagmites, je m'enracine.

Au fil de mes rêveries calcaires et calcites j'attends la venue des hommes.

Les orages et les pluies de ce monde en perpétuelle transformation s'écoulent sur moi et m'habillent au fil des siècles de perles et d'aiguilles d'aragonite.

C'est mon plus beau manteau. Tissé sur des millénaires...

Au premiers sons des hommes, je m'ébroue.

J'envoie valser mes cristaux étoilés. Je m'arrache à mon nid.

De nouveau, j'ai pris mon envol, chargée de toute la mémoire de la création. Survoler ce monde. Survoler les continents au travail. Descendre ensuite vers les volumes d'extravagantes constructions et le tumulte de cités grouillantes. Descendre encore, jusqu'à retrouver foyer au coeur d'autres pierres. Celles dessinées et taillées par les hommes. Sculptées avec art. Ainsi, je suis l'idée incarnée. Je suis Bertha Icks. Ici-même je reste gravée. Je suis ce qui demeure. Ce qui sans cesse se transforme mais ne peut disparaitre...

... Petit à petit ma présence dessine une silhouette dans les ombres. Je trouve les mots pour que mes premières disciples, de farouches amazones ayant pris possession du château, m'entendent et forgent ma légende. Elles édictent des lois et me bâtissent un lit gigantesque pour que chaque nuit mes formes se rassemblent en une seule. Leurs chants comme leur combats me sont dédiés. Lorsque le temps des guerres s' endort, la musique des amazones prend de l'ampleur et consacre mon entité comme nouvel astre d'une religion neuve. Leur maitrise des arts du combat demeure aujourd'hui encore un des socles de leur ascèse. Les femmes qui rejoignaient ma communauté s'y adonnent avec la même ferveur qu'aux hymnes et requiems Berthassien.

Je suis l'idée devenue.

Je suis Bertha Icks...

 

Hugo sent l'inspiration gouverner.

Une  nouvelle armée offerte au Roi Souffleur.

C'est à lui et Anna, à présent, de trouver les mots pour conduire cet ensemble titanesque à embrasser l'universelle cause du retour du monde en poésie.

Une douce vague de chaleur l'envahit. Le sourire d'Anna est immense.Tous deux savent que Bertha Icks lit tout. Voilà que, sans un mot, tous trois conversent.

Partout autour d'eux, tutoyant les ténèbres,  l'espoir flambe.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

- Certaines nuits restent encore compliquées mais, globalement, elle va mieux. Je suis confiant.

Brunner acquiesca. Il planta son regard dans celui du médecin et demanda

- Il n'est pas trop tard ?  Je peux passer la voir?

- Allez-y, mais ne vous attardez pas. Elle est encore épuisée.

Le couloir sentait l'humidité, les produits d'entretiens et la nuit toute proche. Chambre 35. Couchée, le visage tournée vers la fenêtre, elle s'était endormie. Brunner déplaça doucement le fauteuil à côté d'elle et s'assit. il demeura un long moment à l'observer.

Malgré l'élégance de ses traits, il était difficile d'y lire l'apaisement qu'apporte le sommeil. La crispation marquait encore ce visage. Heureusement, les tourments et l'effarement qui la défiguraient à son arrivée avaient disparu. Elle endurait désormais une souffrance à distance raisonnable. Sa respiration n'était plus frénétique mais régulière avec parfois quelques à-coups. Seul le froncement permanent de ses sourcils témoignait de son terrifiant épisode de possession.

Brunner avait conscience d'être le seul être vivant sur cette planète malade à avoir vu et ressenti ce qu'elle avait  enduré. Résonnaient aussi en lui le hurlement des victimes de l'entité qui l'avait "habitée". aujourd'hui, il la savait délivrée mais les images demeuraient. Gravées en elle comme en lui.

Quelqu'un brailla dans une chambre voisine. Un vieux en déambulateur resta prostré un moment devant la porte. Il fit un geste dédaigneux de la main à l'adresse de Brunner et reprit sa longue marche en pantoufle.

 

- Je tuerais pour une cigarette

La femme s'était réveillée et regardait Brunner avec un sourire fragile.

- Je sais ce que c'est. J'essaie d'arrêter depuis une semaine, répondit le flic.

- À quoi bon. Tout s'écroule. Il vaut mieux dégringoler et se laisser partir, vous ne croyez pas?

- Je ne sais pas. Je suis fatigué de tout ça mais je reste curieux. J'aimerais rester encore un peu pour assister au grand final.

- Je ne vois rien de grand dans ce final, monsieur mon sauveur.

Elle lui tendit sa main. Brunner la saisit avec toute la délicatesse dont il était capable. Instinctivement, il resserra les épaules comme pour occuper moins d'espace.

Les yeux de la femme semblaient chercher un abri dans son regard.

- Je sais que vous êtes d'accord avec moi, reprit-elle. Vous avancez avec la colère. Je peux le voir. Même en ce moment.

Pourtant, cette colère refluait en Brunner.

- Vous sortirez bientôt. Je vous le promets. Vous prendrez un grand bol d'air, loin de tout ça.

Elle haussa les sourcils et cacha un moment son visage dans ses mains.

Puis lentement elle se redressa et disposa ses coussins de manière à pouvoir s'assoir.

- J'ai toujours considéré l'existence comme une farce cruelle, monsieur Brunner, mais aujourd'hui elle vire au grotesque.

- C'est la grande conjuration des imbéciles.

- Oui, les egos sont obèses et les préoccupations minuscules... Alors, expliquez-moi comment respirer en ce monde?

- Vous êtres libre. Vous avez toujours le droit de vous enfuir.

- Bonne idée. Mais je crois que j'aurais besoin d'un complice.

- Je suis persuadé que vous trouverez quelques volontaires

Elle hocha doucement la tête.

Dehors la ville s'allumait.

- J'ai tellement peur, Brunner. Cette chose... Il me reste si peu de forces.

- Laissez revenir. Laissez revenir...

- Je vous aiderai à retrouver cette monstruosité...

- J'aurais besoin de vous, mais pas maintenant. Prenez tout votre temps.

Le silence s'installa, ponctué par les sonnettes, le pas des infirmières, les ambulances et le grondement de la circulation au dehors.

- Je crois que je vais me rendormir... Ça me fait toujours du bien de vous voir, Brunner.

Il l'aida à s'allonger

- Dormez Livia. Je reviendrai.

- Oui ... S'il vous plait...

Il attendit quelques instants.

La femme referma les yeux.

La nuit avait collé son masque à la fenêtre.

 

En quittant le hall de l'hôpital, l'air frais le saisit au visage.

Une fine pluie lui fit presser le pas. Il était impatient d'être dans sa voiture pour ouvrir la boite à gants, trouver "le paquet de secours"et porter une cigarette à ses lèvres. Il ouvrirait la fenêtre. Tant pis pour la pluie et le cancer. Il y avait trop de drames en ce monde. Il fallait absolument réduire tout ça en fumée avant de rentrer.

Après une semaine d'arrêt, la première bouffée lui flanqua le vertige. Il l'écrasa rapidement.

C'est au moment de démarrer, lorsqu'il actionna les essuie-glaces qu'il vit l'étrange duo, planté devant sa voiture. Sous un grand parapluie se tenaient là un type aux bonnes joues et au regard affable accompagné d'un authentique indien des plaines. Tous deux le saluèrent avec bienveillance.

Brunner émit un rire bref.

Un rire de quand il était môme.

Un rire venu de très loin.

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 

Quand je loupe le sommeil

je reste là

tranquille

prêt à écrire

La nuit

Je regarde dormir mon vieux chien.

 

Les poils ont repoussés

Il tient le coup

On ne voit presque plus la longue cicatrice

Il en fout partout quand il boit

et quand il mange aussi.

Mais c'est un bon chien.

 

Des branleurs hurlent en haut de la rue

histoire de réveiller tout le monde

Mon chien, lui, il s'en fout

Il galope dans son sommeil

Ses pattes griffant le coussin.

 

L'horloge laisse tomber les secondes

C'est le seul moment où je l'entends

ce temps réduit à une cadence militaire

 

Le lave-vaisselle a lâché

mais le frigo bosse encore.

le jardin roupille

les oiseaux aussi

La nuit

tout passe

mais on arrive à l'entendre

 

 

Je discute en silence

parfois avec tout ceux qui sont partis et reviennent.

Mon Félix, Fredo ...

On ne se perd jamais de vu avec nos morts

et leur patience est sans limite.

Ils sont les derniers à nous écouter lorsque le monde s'efface.

 

 

Si le clavier refuse de me décrocher un mot

alors

je regarde un film

Le cinoche

à cette heure-là

prend l'exacte mesure d'un songe

 

Quand la tête est pleine

il y a la nuit, le silence et c'est tout.

Plus rien ne rentre.

Il faut attendre.

 

Dans ces moments là

souvent

je vous le disais

mon chien galope dans son sommeil

 

Parce que l'on n'est jamais vraiment tout seul.

 

En haut de la rue les branleurs continuent de hurler

histoire de bien réveiller tout le monde

Mes bouquins s'en foutent.

Ils infusent sur les étagères.

C'est le triomphe sage et discret de l'intelligence.

 

Sur le large périphérique du silence

la nuit trace sa route

Elle fait comme tout le monde

elle avance

 

À cette heure-là

certains crient

les autres restent polis avec la vie

 

 

 

 

 

 

 

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épisode 4 !

 

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09/07/2019
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