SUR LES AILES DU SOIR

SUR LES AILES DU SOIR

LE CRI DU CHAMEAU saison 4 épisode 10

CET ENTÊTANT PARFUM DE FIN DU MONDE SERA TOUJOURS COUVERT PAR UNE PUISSANTE ODEUR DE TERRE

 

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Ils arrivent chaque jour plus nombreux dans cette permanente lumière d'aube.

Après le grand effondrement la nuit embrasse désormais le jour. 

Un mariage à l'abri des heures.

En ce jour sans fin, les frontières du  nouveau pays se déploient.

Des terres riches de tous leurs souvenirs.

Plaines infinies où s'ouvrent les crevasses insondables de blessures oubliées.

Montagnes grandioses de milliers d'épreuves surmontées et de conquêtes silencieuses.

Volcans vomissant douleurs et colères ensevelies

Rivières de larmes consolées

Fleuves majestueux de l'espoir infini après la souffrance et la mort.

Sur cette toile offerte, délivrée du poison de la solitude, se dessine pour ces âmes délivrées un avenir neuf. Celui du souffle retrouvé.

Ils glissent là, par milliers, quittant "l'île portail" pour embarquer vers l'intime et l'éternité.

 

Hugo se tient au pied de l'Abbaye.

Aux côtés du Roi Souffleur.

- On me rapporte qu'ils se rendent par milliers dans la forêt de l'affrontement et se précipitent dans l'abîme que le combat a ouvert, déclare le chevalier

- Chaque être se rend là où il se croit attendu, répond l'humble monarque avant de reprendre :

- Dans la joie comme dans la douleur. Tous veulent croire en ce fameux "rendez-vous ultime" qui apporterait réponses à toutes nos questions. S'y jeter à corps perdu. Que nous tracions notre chemin où que nous nous abandonnions à mourir.

À l'aide de son bâton, le sage trace un cercle dans la terre. 

- ... En échappant à notre condition première, en construisant comme en détruisant, nous multiplions les questions au risque de nous perdre. La seule vérité, Hugo, est déjà là. La seule vérité est notre naissance. Nous sommes, nous incarnons puis nous disparaissons.

Hugo croise les bras sur sa poitrine.

- Vivre et éprouver sans s'interroger...

Le Roi souffleur acquiesce.

- Trouver et rencontrer sont les seuls enseignements qui vaillent. Le chemin se trace en marchant. Nous trouvons. Nous découvrons sans cesse. La pensée se nourrit du mouvement. Pourquoi s'interroger ? Tout est là. Présent. La question est un miroir et tout reflet une illusion. Étrange et vaine lutte que de lutter ainsi contre soi.

 

Le cortège silencieux de centaines d'embarcations s'échappe devant eux accompagné par le chant puissant du souffle de Bertha Icks.

les voiles les plus lointaines s'effaçent ensuite dans la brume dorée levée sur tout l'horizon.

- Je n'ai pas tout saisi à votre conversation mais ce que j'ai compris c'est que je n'ai rien appris.

C'est Emiliano Hegel. Accroupi au bord du courant. Débarrassé de ses sandales et chaussettes, les pieds dans la boue, il sort de la poche de son bermuda sa pelote de fil rouge et la laisse se dévider au fil de l'eau.

La voici échappée, immense et fin serpent écarlate ondoyant dans les ombres du fleuve.

Emiliano se redresse et expire longuement. 

Les traits de son visage s'abandonnent au sourire.

Il se retourne alors vers le Roi souffleur qui lui souffle:

- Tu es libre, Emiliano. Cesse de cavaler derrière l'auteur. Laisse filer.

L'homme s'éloigne alors le long de la berge.

 

Un peu plus loin, sur le même chemin, disparaissent deux cavaliers.

Red Kiss Buffalo et Brunner regagnent les terres d'aventures. Territoires des ogres et de Fanny-Trois-Dents. Parce que là-bas l'univers tout entier se nourrit du combat. L'imaginaire ne se libére pas sans mystères ou menaces. Espaces mouvants, nombres de royaumes sauvages encore inexplorés attendent leurs histoires.

- Tu as l'air heureux, Brunner. Lance le vieil indien, l'air malicieux.

- Là où nous allons Je pourrais libérer mes démons, Red Kiss !

- Willard, mon ancien frère d'arme, parlait ainsi.

- Toute cette magie que nous avons libérée, mon ami. Regarde ce que ton chant a délivré. L'impensable se produit et nous partons en éclaireurs. 

- De ta nouvelle vie, tu ne pourras rien deviner. Vis, respire Brunner !

Et leurs chevaux de s'élancer vers le bord de ce monde.

Frontière des mondes sauvages.

 

Perchée sur les sommets de l'abbaye, ses ailes de nouveau déployées, Anna quitte des yeux les deux cavaliers pour suivre la veine du fleuve et contempler les immensités prendre forme. Nouvelles terres radieuses et paisibles, nées pourtant de la douleur et de l'effroi.

L'amour est venu se nicher en elle. Elle se découvre délivrée de ce cycle éternel qui la portait, elle que l'on nommait "l'Ombre Bleue", à la rencontre de nouveaux chevaliers à guider du bout d'un monde aux portes d'un autre.

Hugo est le dernier.

Parce qu'il est le premier à avoir levé le sort.

À deux, on peut ouvrir l'horizon.

Ce dénouement inespéré frémit encore dans l'air autour d'elle.

L'infusion des chants sacrés de Red Kiss Buffalo et de l'armée conduite par l'indien et cet homme au charme brutal nommé  Brunner ont percé deux mondes. En résonnant dans la tanière obscure, au coeur de la forêt perdue, l'onde avait enflé et s'était connectée au souffle puissant de Bertha Icks.

Au même instant.

Sur les deux faces d'une même aventure.

D'un monde à l'autre.

Le hasard, toujours éclairé, les avait conduits, elle et Hugo jusqu'à l'abbaye. Jusqu'à la bienveillante Bertha Icks.

Elle le sait.

Cette rencontre ils n'auraient pu la vivre l'un sans l'autre.

Elle le sait.

C'est leur amour naissant/ qui avait déclenché ce vertige ubique et omniscient. Un flot d'espoir et de folle énergie avait gagné jusqu'à l'esprit du Roi Souffleur alors aux portes de l'enfer. Cette gigantesque vague symphonique, cette alliance prodigieuse avaient submergé le cauchemar et rendu poreux tous les univers. 

Au fond des cul-de-sac, sous les ruines des royaumes effondrés, perçait désormais la lumière.

Anna est comblée.

La quête infinie de nouveaux portails n'a plus lieu d'être.

En cet instant précis, le grand courant du fantastique circule librement.

Électrisant le fin duvet de ses ailes.

Hugo est présent.

Le champ du possible lui semble infini.

À cette pensée, elle quitte le toît pour rejoindre son âme soeur.

Cet homme sans ailes mais au coeur solide.

Hugo, haut serviteur du Roi Souffleur.

Désormais affranchi, lui aussi.

 

 

 

 

 

Journal de Little Billy

 

 

Un effondrement ?

Non.

Une brèche.

Creusée par les Justes et les anges dans un mur de haine, de violence et de peur.

 

Et voilà que j'apprends que les digues d'un monde que j'ai fui aussi ont cédé.

D'un simple poison sur les lèvres et dans l'air

le confort de ses villes obèses reste vain et son insolence impuissante.

Ce monde est de nouveau vibrant et dangereux. 

Alors j'y retourne.

Parce qu'il faut de nouveau y survivre

j'ai faim d'y défendre ma place.

Je vais à mon tour quitter l'Abbaye

Bertha Icks

Entité première et primale.

Souffle sacré, libre de tout dogme.

Après des années de silence et d'écoute j'ai retrouvé le courage de rejoindre le flux.

Celui d'où je viens.

Le berceau où je suis né.

Aujourd'hui, après le prodige accompli par mes nouveaux amis, des terres d'harmonies fleurissent aussi loin que porte mon regard.

Mais elles ne sont pas les miennes.

Au réveil de ce nouveau jour je suis allé nager dans le fleuve.

Mon corps tout entier a retrouvé sa vigueur.

J'ai coupé mes cheveux.

J'ai taillé ma barbe.

J'ai étiré mes bras et mes jambes.

Je me suis glissé dans mes frusques de routard.

Je me suis retrouvé.

Habillé ainsi, en d'autres saisons, j'ai vécu et écrit parmi mes plus belles envolées.

C'est un peu plus qu'un costume.

Il a dormi de longues années dans ce coffre glissé sous le lit.

Ce lit désormais offert au prochain visiteur.

Le croyez-vous?
Me voici de nouveau jeune et fringant.

Moi, le Folk Singer imaginaire.

Born again !

Je suis de nouveau le fruit d'un miracle.

Un élan à ne jamais contrarier.

Et ce ne sont pas les portails qui manquent.

 

 

 

 

 



 

  

 

 

 

 

CONFINEMENT

JOUR 23

 

 

Ce matin, avec mon jeune et fringuant collègue Lucas, nous avons donc suivi Claire, factrice sur la commune de Sougé-le-Ganelon dans le nord Sarthe.
Pas de trouille paralysante pour elle. Masque et gants, elle délivre lettres et colis avec le même élan qu'auparavant. 
Ici nous sommes loin de la ville. 
L'espace libre et ouvert est partout. 
La distanciation sociale se pratique sans effort. 
Elle bosse.

Elle estime son travail indispensable pour une bonne partie de cette population locale qui, pour beaucoup, n'est pas connectée. Elle dit être pour eux '"le dernier lien".

Nous avons vu des petites dames l'attendre au carrefour. 
Un petit bonjour, même si il n'y pas de courrier, suffit à panser une solitude. 
La fracture numérique on en prend rapidement la mesure.

Gilles, retraité, se tenait devant sa porte avec ses chats. Lui aussi félicite la factrice de continuer ses tournées.

Il nous lance : "Moi, je n'ai ni internet, ni le minitel..."


Cet univers des oubliés de la république était pour moi aujourd'hui un espace paisible qui m'a rappelé que nous sommes au printemps.

La nature, indifférente à notre épreuve universelle nous rappelle qu'il faut simplement se glisser dans le courant et accepter que nous ne contrôlerons jamais rien. Vivre ici incite à cette humilité, j'imagine.

Paradoxalement, la pandémie que nous traversons m'a délivré de toutes ces dérisoires états d'âmes et de cet insidieux sentiment "d'à quoi-bon" qui parfois me collait la déprime. 
Mon mal-être d'occidental trop gâté est chassé par un fléau qui ramène tout le monde au rez-de-chaussée.

 

L'idée que nous ne sommes pas encore rendu à la moitié du chemin me laisse le pas lourd et le souffle plus court qu'avant.

Pour la lumière au bout du tunnel il faut patienter encore un peu. 

Mes enfants, mes parents, mes potes me manquent.

Les écrans ou le téléphone consolent mais ne procurent que des sensations fantomatiques.

On ne vibre que dans la présence matérielle de l'autre. 
J'ai la fringale du mouvement du monde.

 

Pour éprouver et endurer il faut vivre pleinement.
Je saisis comme jamais la valeur de chaque heure, de chaque journée. Je savoure le simple fait de me réveiller sans douleurs et de pouvoir regarder, marcher, sentir, toucher, écouter. 
Encore une nouvelle journée de santé.
J'embrasse cette simplicité et cette évidence "d'être et rien de plus".

La mort, le drame et l'effroi sont partout, à chaque moment. Mais, le virus n'est pas un monstre sanguinaire. C'est un virus. De la génétique microscopique qui cherche un hôte pour exister. Il est là, c'est tout. Et il tue parce que le corps qui l'accueille se défend et parfois s'emballe. Il n'y pas de responsables, ni de méchants, ni de complot. On peut juste condamner des années d'une politique de comptable qui a plongé nos structures hospitalières dans une situation indigne. Mais le temps d'aujourd'hui est de faire corps et de traverser tout ça tous ensemble en se serrant les coudes et en se tenant chaud.

La pandémie est là pour longtemps. 
Elle me rappelle simplement combien le fait de vivre est infiniment précieux et fragile. 
Ça me ramène au miracle quotidien de la conscience.
Pouvoir se réveiller chaque matin en étant capable de penser le monde.

 

Ce soir ma puce était en petite forme, alors, attestations en poche, nous avons sorti les chiens qui commençaient à tourner en rond. Le soleil sur les toits et la pierre du Vieux Mans ont suffit à nous ramener le sourire et la confiance. 

 

On va tenir comme le temps, les rivières, les villes et les champs pliant sous le vent
On va tenir en serrant les poings
On va tenir avec de l'attention et de la tendresse.
On va tenir parce que chaque matin, tout est encore là.
On va tenir parce que le coeur est un muscle magnifique
On va tenir.

 

 

 

 

 

 

 

 

Et la lumière de nouveau.

Je franchis les grilles.

Je soigne la marche, entre les flaques de soleil.

Un long moment à l'ombre de l'allée royale.

Derrière moi j'entends des pas amis.

Je me retourne sur Denise et Zampano.

- Ici nous pouvons nous retrouveer, Francisco.

Elle dit cela en souriant. 

C'est un immense sourire sur lequel veille la haute stature

de son ange gardien.

- Rien ne disparait jamais, tu le sais, ajoute Zampano.

Mes amis .... si loin et juste là, dans mon ombre.

Les parfums de la forêt et le concert des oiseaux nous accompagnent.

Jusqu'au château. 

 

Denise et Zampano se sont effacés.

À ma droite, le mur tendre du potager.

À gauche, les champs ouverts où paissent les chevaux.

Devant moi, cette demeure où tous m'attendent.

Au pied de l'escalier de l'entrée, un jeune homme d'une vingtaine d'année est en train de gonfler son vélo.

Sur la pelouse, une petit fille métisse fait la roue.

Le jeune homme s'interrompt pour l'applaudir.

- Bravo Anna !

Elle lui fait une révérence.

- Regarde, Félix, je sais aussi faire ça !

Et la petite fille de faire une galipette en arrière.

 

Assis sur une chaise au soleil

mon grand-père. 

Il somnole, une revue étalée sur ses genoux.

Sa main caresse la tête d'un vieux Setter irlandais au pelage roux couché à ses pieds.

Par une fenêtre ouverte du rez-de-chaussée, j'entends les bruits de la cuisine.

L'eau dans l'évier, la voix de ma grand mère, la pensée aussi claire et joyeuse que lorsque j'étais enfant. Je reconnais le rire de ma tante, Josée.

Je pourrais pousser la porte et entrer mais avant quelque chose me dicte de faire le tour du château pour rejoindre les arrières.

Dans ces jardins à la française, tout est net, clair et vert.

Je reconnais mon oncle Jules, observant les arbres, une main au-dessus des yeux.

Derrière lui, un peu plus loin, un portail s'ouvre sur un chemin qui gravit la colline.

Je m'avance.

Je suis silencieux.

Invisible.

Mais j'ai le coeur en pleine floraison.

Délivré de l'attraction.

Je suis sur mon chemin.

Le bruit d'un moteur me fait lever la tête.

Au sommet de la colline, un motard, vient d'arriver.

Il retire son casque, le cale sous son bras et me fait un grand signe de la main.

Il est donc le premier à me voir.

Mon Fredo.

Mon frangin.

 

 

 

 

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Dernier épisode 

 

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Sommaire saison 4

 

 

 

 



04/05/2020
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