FRANCISCOLAND cinoche, amour, orages et épopées

FRANCISCOLAND    cinoche, amour, orages et épopées

LE CRI DU CHAMEAU saison 3 épisode 8

QUAND LA NUIT TOMBE VRAIMENT MAL ON PEUT ENCORE VOIR LE JOUR, À CONDITION DE RESTER ATTENTIF.

 

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- Souhaiteriez-vous brusquement connaître le fond de ma pensée, Numéro 1?

- Pas vraiment, Numéro 30, sachant que j'ai déjà un petite idée et que l'expérience n'est pas finie. Mais je sens bien que vous en crevez d'envie, alors allez-y

- Très bien : Go fuck everybody and all the goddamn shit !!!!

- Je m'en doutais un peu, Numéro 30. L'aspiration à un vain mais puissant sentiment de liberté peut facilement vous pousser à clamer de tels slogans.

- Mille merci, Numéro 1, ça me fait vraiment du bien tout ça. Pouvons-nous continuer?

- À l'avenir, Numéro 30, tâchez de ne plus rompre le fil narratif avant la fin de la saison.

- Promis.

- C'est parti

 

 

 

 

 

 

-  Regarde, c'est lui, là-bas, sous les arbres...

-  Oui, c'est bien lui. Avec ses toutous.

-  C'est vrai qu'il a l'air d'aller un peu mieux.

Hugo fait un mouvement de vague avec sa main.

-  Un jour ça va, puis le lendemain... C'est toujours cette saloperie d'humeur à pile ou face.

Anna acquiesce.

Son beau et fin visage baignant dans la lumière de miel d'une dernière journée d'été.

- Il y a ceux qui sont sur de bons rails avec un objectif clair. Clair comme le soleil posé sur l'horizon. Puis il y a ceux qui nagent, perdus au milieu de toutes les tempêtes d'un océan d'émotions. 

- Nous sommes nés au coeur de toutes ces tempêtes.

- Je le sais.

- Et c'est pour cette raison que nous devons rester plus près de lui. Je lui ai soufflé de passer un peu plus de temps avec nous.

- C'est une bonne chose.

- Oui, nous sommes son univers.

- Après avoir tant défendu celui des autres il est temps qu'il s'occupe un peu du sien. Qu'il nourrisse son territoire et ses créatures. Fasse grandir son continent, regarde pousser ses forêts et fleurir ses plaines.

- Restons un petit moment ici, tu veux bien? J'aimerais être certain que sa balade soit paisible.

 

 

 

 

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Vous auriez du feu?

Désolé, non

C'aurait été avec plaisir.

Voilà.

Plus de feu pour celui que l'on appelle monsieur

Trottiner

Gambader.

Suer

Fondre.

Suivre la ligne

et disparaitre.

 

Des jours de chaleur j'ai pu aussi :

Nager loin du bord jusqu'à me parler tout seul.

Faire le pont sur le dos et me laisser dériver.

J'aime attendre.

Les vagues balancent pas mal.

Les retours gracieux ne sont pas toujours les bienvenus.

Mais ceux-là oui.

La peine est un vieux cheval résistant et fougueux.

Ça rend bien quand il s'ébroue.

Un beau et solide spectacle.

 

J'aime attendre.

Regarder.

Écouter glisser la ligne de partage là où s'envole la poudre.

Dévisser.

J'ai hurlé et sifflé de bonnes pintes avec, là-bas au bout, l'astre saignant au dessus des toits.

Je pleure encore un peu, parfois.

Mais ce que je voudrais c'est fumer et rire.

Autant jouer avec un chapelet de grenouilles mortes ou bousculer les petites autos du boulevard en bas tandis que s'enroulent les nuages avec leurs ombres graves et leurs accents en équilibre sur la marée silencieuse des feux d'artifice. Ceux que l'on retrouve par milliers collés aux taules fluorescentes des marchands. Petites baraques et panneaux ridicules poussant sans racines. On les retrouve partout et c'est la tragédie ordinaire.

C'est le grand naufrage de toutes les poésies qui vivaient libres ici.

Même leurs silences ont été vendus.

Il y des richesses qui s'échappent avant qu'on les tue mais celles-ci nous les avons laissées se faire massacrer.

Parce que c'était plus pratique pour tout le monde.

Parce que ce monde sans surprise est tellement plus confortable quand on a écrasé et balayé tous les poèmes qui trainaient.

Nos bonnets d'âne nous protègent de la fine pluie de la fin du monde.

 

J'invente tout cela parce que j'aime attendre

Je me marre.

Tiens, un sursaut et le clown est encore de sortie.

Bling !

Le voilà qui débarque avec ses pompes ridicules, sa démarche cassée et son gros cul d'imbécile.

Parce que les vrais guerriers sont privés de gloire

Et que le déluge gronde à peine plus loin

Je n'entends plus grand monde rire à prendre feu.

Nous devenons doucement invisibles et ça nous rend un peu dingues.

Ça, c'est lorsque tout se barre en couilles et qu'un nouveau soleil se lève sur nos champs arides et nos feux de misère. Comme lorsque l'on vient de perdre le chant de la mer avec juste en souvenir ce misérable coquillage abandonné sur l'étagère. Comme lorsque l'on sonne aux anonymes la sortie de notre animal d'or, celui qui ouvre grandes nos portes et que l'on expose, libéré du sang et de la sueur de notre âme. Notre oeuvre. Ce fauve crevant de faim que seul le vent du désert accueille.

On voudrait aller danser mais une aube pâle a tout fermé.

Le monde est clos.

Dans quelques minutes les premiers canards partiront au boulot en se dandinant.

Ils rejoindront leur flaque mais ne veulent pas se baigner dans tes eaux.

Tu vas encore pigner, l'artiste.

Tu vas finir par chialer à dessiner ainsi dans le noir.

Voilà que tu dérailles, champion.

Vite !

Laisser tomber

Suivre la ligne

et disparaitre.

 

Heureusement toujours l'hiver revient.

Cette petite lumière là où s'éteint l'horizon.

C'est ma maison sur la lande.

Là-bas, dans le froid, je peux enfin être l'absent, le drôle et l'invisible noyé.

Je peux étendre les bras et m'alanguir jusqu'à laisser glisser la pluie de nos larmes cachées.

Parce que l'on s'aime et que l'on ne peux jamais vraiment être là bien longtemps.

Ici on se retrouve un instant.

Embrasser la vision de cette ombre amie qui ne cesse d'arriver.

Étreindre la vague à l'instant où elle se retire c'est aussi ça être inséparables.

Moi je creuse le sable.

Et tu libères quelques pièces de lumière dans le reflux.

Je suis à genoux. Je suis vaincu puis de nouveau roi.

À cheval et en armure.

Tu vois, tu souris. Tu te moques.

C'est doux, c'est tendre.

C'est immense.

La marée s'est retirée.

On dirait du Nat King Cole.

Je t'aime.

Mon âme seule sait de quoi je parle.

On pisse tous un peu autour de notre solitude.

 

J'aime attendre.

Parce la fin a commencé depuis mon premier cri et que je ne suis pas le dernier.

Je voudrais sécher de toute la sueur de mes maladresses.

Offrir toutes mes larmes à ceux qui en ont tant besoin

Voyager loin et léger

Survoler l'essentiel et danser jusqu'à l'ivresse sur les boues séchées de notre dérisoire et éphémère atoll.

Il sont tristes les guerriers lorsqu'ils prennent du ventre

mais ils sont si beaux, les danseurs, quand tombent les nuits.

Ils suivent la ligne

et disparaissent.

 

Deux oreilles qui se bouchent ou sifflent.

En ce moment je suis à moitié sourd

J'ai braillé longtemps

Parce que ça traine à se soigner et que j'ai les nerfs en pleine débandade.

Et alors, finalement?

Je peux encore écrire.

 

Ouais.

Si je veux, j'entends sans me forcer toutes les rumeurs du monde gratter sous mes pages.

parce que les sons ça s'invente.

Parce que le reste est invisible.

Parce que le reste s'oublie.

mais je voudrais bien

fumer encore.

Jusqu'à plus soif.

Et rire.

Encore une fois.

Juste avant de partir.

Suivre la ligne

et disparaitre.

Suivre la ligne

et disparaitre.

 

 

 

Wild and Poor

Little Billy, Folk-singer imaginaire.

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

Ce matin j'ai encore réussi le café.

C'est de l'industriel en poudre mais avec une eau chaude sans être bouillante et le parfait dosage on peut se fabriquer un début de journée assez respectable.

J'en prends toujours une bonne tasse avant que Puce descende.

Puis je m'en prends une deuxième avec elle.

C'est mon rituel.

Absolument immuable.

 

C'est vachement important les rituels.

Sans rituel, pas de société et personne pour fabriquer le café.

Idem pour les ordinateurs.

Imaginez un peu fabriquer un ordinateur sans avoir pris un bon café avant.

On n'y serait pas encore.

Sans ordinateur, pas de Cri du Chameau.

Je ne pourrais pas vous raconter tout cela.

Le Monde entier repose sur une tasse.

 

Je profite de savourer mon café chaud mais pas brûlant pour vous parler d'un truc.

Un truc pas très important mais qui mérite d'être signalé.

Grand Paul s'est posé sur les hauteurs de la cathédrale.

Il est là depuis quelques semaines maintenant.

Le temps pour lui n'a plus de repères.

Il peut si il le souhaite dériver comme ça pour l'éternité en attendant le Grand Rien.

 

Je suis sans doute un des seuls ici à le voir.

Je prends toujours la peine de lui envoyer un sourire quand je passe tout en bas, sur la place, avec les chiens.

Je le fais à chaque fois

même si je sais qu'il ne me voit pas toujours.

L'autre fois, tout de même, j'ai eu droit à un vague geste de la main en guise de bonjour.

C'est le maximum pour un mort.

 

Je me dis que ça devait arriver.

Ayant la chance d'être quelqu'un d'un peu négligeant, j'ai laissé mon livre grand ouvert tout l'été et il en a profité pour se barrer.

Normal.

J'avoue que ça m'arrange un peu.

Je ne savais plus trop quoi faire de lui dans mon bouquin.

Grand Paul est un drôle de personnage vaguement inquiétant qui a surgi comme ça, à l'instant où je l'écrivais.

Sauvage et crade, il commençait à ne plus sentir très bon et me faisait un peu flipper. J'ai un peu de mal a supporter les odeurs aigres des fantômes encore verts et leur côté totalement imprévisible. Mais c'est parce qu'il traversent leur désert. C'est la phase de l'adieu au souvenir du corps. Avant de devenir des anges, définitivement invisibles et libérés de toute colère, les milliards de machabés passent tous par cette petite phase de déprime et de laisser-aller.

Alors, finalement, il est mieux ici.

Tranquille, à prendre doucement en compte l'immensité sans limites de son temps libre.

 

Ainsi

Grand Paul est là.

Il veille et survole la ville et en fait autant sur mon sommeil.

Il est toujours rassurant d'avoir libéré un personnage.

J'en avais bien besoin.

 

Puce descend

Je vais pouvoir me servir une deuxième tasse de café.

Mais je commence d'abord par le sien.

Forcément.

 

Ce soir le fiston revient passer le week-end à la maison.

Et dimanche ma grande nous rejoint.

C'est rare maintenant, de se retrouver tous ensemble.

Comme si la marée des jours nous rapportait un peu de notre vie d'avant.

Ses parfums et l'horizon d'hier

Pour un moment

Avant le retour au grand large, ses tempêtes et ses mers d'huile.

 

 

 

 

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- Excusez-moi, Numéro 1, de vous déranger une dernière fois, mais, dites-moi, si j'appuie la-dessus, ça fait quoi?

-  Essayez, Numéro 30, vous pourrez ainsi constater le résultat par vous-même...

- J'y vais, alors?!

- Allez-y. Procédez.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                          

 

  Épisode 9

 

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22/09/2018
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