FRANCISCOLAND

FRANCISCOLAND

LE CRI DU CHAMEAU saison 3 épisode 3

NOUS ÉCOUTONS, SOUS LES DRAPS, MONTER LE CHANT DE LA MARÉE MONTANTE ET TU RIS DE M'AVOIR EMBARQUÉ AUSSI LOIN QU'IL M'EST POSSIBLE D'ALLER ...

 

 

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                                                               Marc Yvard    Electric Tempo

 

 

 

 

 

 

 

New York New York

First, le cliché de Times Square

Grandiose dépucelage oculaire.

Ballet de lumière du premier soir

Beauf et publicitaire mais suffisant pour filer l'ivresse.

Une big claque de couleurs ondulant sur des milliers de visages

Caressant tous les petits yeux des smartphones

Le Paradise du selfie

On s'y met aussi.

Hey!

Puce et moi.

Nous voilà cocaînés dans une marche exaltée de plusieurs jours le long des vigoureuses et palpitantes artères de l'increvable cité. Résiliente blindée aux as, hébergeant comme nulle autre, son tour du monde.

Un melting pot autrement plus réussi que celui de Paris, l'aveugle prétentieuse avec ses petits vélos de mandats et ses marchands de sommeil à qui personne n'ose déclarer la guerre. Paris, qui laisse dormir les grands blessés sous les ponts, sur son ventre, et regarde le monde de si haut.

 

Manhattan semble à l'abri de cette folie et maladie des grands territoires.

New York est probablement une nation à elle toute seule.

Préservée de l'abandon.

Ces misères de villes fantômes après l'oubli.

Sur ce terreau politiquement fertile, un clown peroxydé n'a pas eu de mal à hypnotiser son monde et promettre l'antidote. Comme un vulgaire amuseur de fête foraine il a montré son cul à tous ses rivaux auxquels le pays ne croyaient plus. Histoire de passer pour un redresseur de torts, un sauveur. Et ça a suffit.

Make America Great Again ! 

Elle est belle, aujourd'hui, Donald, ton Amérique, avec tes cages pour enfants à la frontière mexicaine.

Encore une dinguerie électorale à la mesure du territoire.

 

Big Apple est soignée, chère, mais ne plaisante pas avec l'intelligence.

Elle ne voulait pas de Donald.

Mais on sent bien qu'elle fera avec

Elle résistera vaillamment.

Elle était là avant et sera là après.

Protégée à jamais par son vibrant passé de gangs et batailles de rues.

Cité Scorsesienne par excellence.

Who the fuck do you think you're talking to?!

 

Nous sommes en février.

Nous arrivons à la tombée de la nuit. 

Une matière brune d'hiver, fumante, sage, glacée et inédite efface brusquement de ma caboche le cliché bleu et métallique de ces innombrables travellings aériens survolant films et séries.

Nous découvrons que notre hôtel est à quelques pas du Carnegie Hall.

Yep, tout va bien se passer.

À la pensée que les reines Nina Simone, Judy Garland, Edith Piaf ou la Callas ont fait claquer ici leurs talons, que Miles Davis, Jacques Brel ou Duke Elligton ont probablement balancé leur mégots sur ce même trottoir, il n'y plus qu'à lever le nez pour suivre du regard une palanquée de fantômes et de poèmes encore en suspension dans l'air, survolant gracieusement le chant des flics et des ambulances, planant au beau milieu de tout le funk endiablé de la circulation.

Welcome au coeur vibrant de NY!

 

Quelle allure, toutes ces lumières balayant fièrement les berges d'un pays de dingues.

Aussi, on 's'y sent comme chez nous

Puce et moi

Aux portes de ce vaste et beau pays de la déraison.

 

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Il faut se réveiller de bonne heure pour embrasser l'étrange douceur.

Celle qui se dégage de ces  monumentales avenues à peine réveillées.

 

Tout faire à pied.

Parce que seule la marche permet de prendre le pouls du monde.

Et Manhattan est plus qu'une ile.

Plus qu'une ville.

Son coeur est à la vue de tous

Fascinante vue de haut, addictive- à hauteur d'homme.

Des quartier à la beauté discrète jusqu'aux fières arches de verre et d'acier délivrant leurs fabuleux reflets dans le soleil de l'aube, on s'étourdit. On découvre. On se sent bien, ici.

 

Je vibre sur la 42ème, avec encore l'admirable série The Deuce en tête

Et, toujours, ce plaisir autistique de ne jamais pouvoir se perdre dans cet apaisant découpage mathématique.

Puce se laisse emporter.

Nous passons ici le portail grandiose du pays de son premier papa. Les sensations sont profondes tandis que tout bruisse avec élégance autour de nous.

Avec élégance, j'insiste. Because, l'univers se déploie avec aisance. Il plane au-dessus du jazz de la ville, quelque chose de lent et facile à suivre. Comme une saine et douce odeur de lessive.

 

Le New York de Taxi Driver n'existe plus.

Les petits marchés vegan et la cicatrisation du 11 septembre ont sans doute refermé le chapitre des années sauvages. Des archétypes des Wild- seventies nous n'apercevrons que des ombres et quelques graffitis en flânant du côté du Lower East Side.

 

Chaque matin nous nous offrons un petit déjeuner de bobos avec des fruits et des céréales dans un palais de bois et d'acier qui projette en continu sur écran géant le Huit et demi de Fellini.

- Hi Guys, how are you today?!

Le gérant est sympa comme tout.

Ils sont tous sympa comme tout.

Faut pas gratter.

On risquerait de se sentir comme Guido.

Parce qu'ici, plus qu'ailleurs, l'essentiel est ailleurs. Dans cette danse subtile et magistrale de l'ombre et du soleil au milieu de gigantesques vaisseaux de pierre. Je vous le disais un peu plus haut, New York n'a aucun effort à faire pour écrire un poème.

 

Même le silence nous le retrouvons, intact, au coeur de Central Park.

On peut y dériver des heures.

Silence et musique.

Sous une arche, un jeune asiatique chante dignement du Pavarotti tandis qu'une jeune fille cavale autour des spectateurs en agitant de jolis voiles blancs. Et moi je trouve ça super chouette.

Puce, ne fait pas dans le tourisme de base, elle préfère rester assise, un peu plus loin, comme une princesse, au bord d'une fontaine.

Il fait un froid à laquer du canard, mais, au dessus de sa capuche de femme-fleur, le ciel n'a plus de limites.

Tiens; je pense même que ça mérite une petite photo

 

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C'est un voyage qui ramène aux premiers souffles de l'amour.

Parce que l'espace tout entier, ici, a fabriqué du mythe, la puissance s'impose partout avec évidence.

Sans frimer.

Parce qu'en plus d'être une poète, New York assure méchamment.

Alors, tu penses, parcourir ces cinémascopes-paysages en tenant la main de ma Puce, forcément, ça libère une joie saine.

Une de ces  joies premières qui nous fait savourer le simple fait d'être encore debout après tout.

Pas besoin d'être à New York pour vivre ça, mais ici je reconnais qu'à cet endroit précis, ça marche plutôt bien.

Quelques heures suffisent pour avoir la sensation d'être en liberté non surveillée.

C'est un des avantages de pouvoir partir loin.

Retrouver une joie de môme. Ce petit bonheur du terrain vierge.

Et c'est comme des gamins que nous entrons dans le Disneyique ascenseur du Top-of-the-Rock.

Parce que la fringale de New York est aussitôt insatiable et que rejoindre un des plus sommet du monde des hommes devient alors, comment dirais-je,  incontournable !

Let's rock !

 

 

 

 

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- Et ensuite?

- Ensuite, la vie a continué, mais avec un truc en plus. Un peu comme ça :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

-  Je vous reconnais, fait Zampano

-  Peut-être qu'elle préfère qu'on la laisse tranquille, insiste Denise, en le tirant par le bras.

 

Mais le doux colosse s'agenouille devant la jeune fille aux regard brillant de larmes, assise sur le sable, face à la mer du sud.

 

- Je vous reconnais, vous êtes une très grand actrice de théâtre. Je le sais. Je vous ai vu dans... comment ça s'appelait... Un monologue sur le deuil. Vous m'avez pris aux tripes, ce soir là.

- Bateau sur l'eau...  fait la jeune fille en tournant son regard vers lui.

- Vous avez besoin d'aide? demande alors Denise en s'agenouillant à son tour auprès d'elle.

 

Le soleil se lève.

Les vagues allument tout l'horizon.

 

- j'attends quelqu'un. reprend la jeune fille.

- Un ami? fait Denise
- Non. Enfin, pas encore...

- Dites-le nous, si vous avez besoin d'aide. Nous pouvons vraiment vous aider.

- Si je vous dis qui j'attends, vous allez me prendre pour une dingue.

- On est tous dingues aujourd'hui, matraque Zampano

 

La jeune femme retrouve un sourire.

 

- Ok, bon, voilà. c'est tout con. C'était l'autre jour. Je me promenais en forêt, quand tout a coup mon cheval a cabré. Et je suis tombée. Je ne tombe jamais d'habitude. Mais depuis quelque temps, rien ne va, alors...

 

Elle se touche le crâne, regarde Denise puis reprend

 

- "... Quand j'ai repris connaissance. Mon cheval avait disparu et là j'entends une toute petite voix qui m'appelle :  Thelma, hey, Thelma !  

Je me tourne et là,

collée à l'arbre,

je vois une tortue.

Pas vraiment une tortue mais, enfin si, une tortue d'arbre. Ouais, une tortue d'arbre.

Une créature comme soudée au tronc.

Le plus étrange c'est que je ne suis même pas étonnée.

Je la fixe et elle me dit : 

Thelma, dirige-toi droit vers l'océan

Oui, je vous ai pas dit mais j'habite juste là, derrière les dunes

et donc voilà, elle me dit ça : Dirige-toi droit vers l'océan et attends-le.

Il viendra.

Il viendra te chercher.

Qui ça? je demande.

Et là, tranquille, elle me répond : Nemo. Le capitaine Nemo. Il est de retour. Et, un matin, très tôt, il viendra te chercher.

Comme je n'avais jamais vu ni entendu parler une tortue d'arbre de toute ma vie, forcément, je l'ai cru."

 

Zampano regarde alors Denise prendre la main de la jeune femme entre les siennes.

 

- Tu n'es pas dingue, Thelma. Nemo est venu pour moi. Crois-moi, il viendra aussi pour toi.

 

Le magnifique visage de l'actrice retrouve soudain sa fraicheur.

Comme si l'océan tout entier entrait en elle sans la noyer.

 

 

 

 

 

 

 

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                                                               Marc Yvard      Modèle standard de tortue d'arbre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Épisode 4

 

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Sommaire saison 3

 

Sommaire général 

 

 

 

 



23/06/2018
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