Les Chroniques Ciné de Francisco

Les Chroniques Ciné de Francisco

LA TRAVERSÉE DE PARIS, la nuit leur appartient

DRAME / COMÉDIE

CLAUDE AUTANT-LARA

 

 

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Joie.

Éternel, increvable plaisir de suivre les géants Gabin et Bourvil traverser le Paris occupé du génial décorateur Max Douy (La Règle du Jeu, L'Auberge Rouge, French Cancan, Malevilcadré et éclairé par le fidèle chef-op de Claude Autant-Lara Jacques Natteau (En Cas de Malheur, Le Joueur, La Jument Verte, Le Comte de Monte-Cristo). Un Paris by night inoubliable qui traverse le temps sans faiblir.

Parce que les acteurs sont magnifiques.

"Si c'est avec Bourvil je signe tout de suite et à deux mains" déclare le monumental Gabin lorsqu'on lui propose de partager l'écran pour la première fois avec ce génie comique déjà éclatant dans Cadet Rousselle, Les Trois mousquetaires ou Le Rosier de Madame Husson.

 

L'alchimie sur l'écran confine à la grâce. 

Les deux s'épaulent, sans jamais se voler la vedette. Une camaraderie cinématographique à faire monter des larmes de nostalgie. Ces deux-là ne sont pas en compétition. Ils s'admirent, s'aiment, se respectent et ça se voit. Sur un scénario signé de deux étoiles du cinéma d'après-guerre, deux compagnons fidèles d'Autant-Lara, Jean Aurenche et Pierre Bost (auquel participa un certain Michel Audiard) ils vont enchaîner les répliques et les scènes cultes. Ça sonne comme du Mozart. On retient, évidement le fameux "Salauds de pauvres!" mais je ne puis m'empêcher de vous offrir cette tirade quasi Célinienne du personnage de Grandgil porté par  Gabin à l'encontre d'un couple de cafetiers Thénardiers  et collabos à point :

 

 

 - Non mais regarde-moi le mignon avec sa face d'alcoolique et sa viande grise ... avec du mou partout! Du mou du mou rien que du mou! Tu vas pas changer de gueule un jour toi non ? Et l'autre la rombière, la guenon gélatine et saindoux. Trois mentons et les nichons qui dévalent sur la brioche... cinquante ans chacun, cent ans pour le lot. Cent ans de conneries!

 

Qui écrirait cette truculente littérature aujourd'hui où cette trivialité débridée qui fait le sel et la valeur de l'art populaire est désormais placée sous le mirador des dogmatiques de la bien-pensance avec le soutien numériquement actif et omniprésent des planqués de la délation, avides de dénoncer sur leur petits claviers les petites phrases qui ne fondent pas sous les yeux. Dans La Traversée de Paris tout le monde crève un peu la dalle mais les dialogues sont un festin. Tiens, on croise aussi Monsieur Louis de Funès dans le rôle de Jambier (j'veux 2000 francs!) déjà bien au point dans le registre du petit énervé. Figure qui allait lui tracer une carrière légendaire. Comme dans le cochon qu'ils trucident pendant que Bourvil joue de l'accordéon, dans cette Traversée tout est bon !

 

 

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Et cette poésie de la nuit.

 

J'ai déjà cité les décors fabuleux de Douy redessinés par le noir et blanc quasi expressionniste de Natteau auxquels le Blu-ray, admirable, rend grâce 1h25 durant. On admire. On savoure.

Tout au long de ce parcours de "résistants" qui fait se côtoyer le nanti, l'artiste bourgeois avide de sensations et le prolo prêt à tout pour assurer sa survie, tous les visages de la France Occupée sont révélés. Avec simplicité, évidence et sans gros sabots. À l'image de la réalisation d'Autant-Lara. Leçon de cinéma d'une précision impériale. Pas besoin de multiplier les gros plans. Les acteurs occupent d'abord l'espace grâce à leur talent. La simplicité s'impose. Un exemple (comme tout le monde a vu le film je peux spoiler un peu) avec la scène de l'arrestation. Un instant dont l'intensité repose sur la mise à distance. Aucun emballement de montage ni de multiplication de plans et d'effets. Nous ne sommes pas dans une série sur Prime ou Netflix mais en 1956. Le cinéma français cultive un naturalisme rayonnant. Il est alors au firmament. Autant-Lara ne pose qu'un seul point de vue, un seul plan filmé de  l'intérieur vers l'extérieur, et le drame se joue en ombres chinoises sur la vitrine derrière laquelle se planque un commerçant apeuré. Une scène où le hurlement des sommations et le son des armes prennent toute leur force. Le courage et le sacrifice, esprits de la résistance, vu d'un planqué. Tout est dit.

C'est simple et grandiose.

 

- Je me l'imaginais autrement le marché noir

- Comment tu l'imaginais?

- Plus noir que ça 

 

On assiste à la naissance d'une amitié mais le final laissera entendre que ceux d'en-bas devront toujours lever les yeux. Ce chef-d'oeuvre est ainsi. Drôle et mélancolique. Tendre et lucide. Braillard et délicat. Ça ressemble à la vie.

 

Drame, comédie, La Traversée de Paris reste un classique indétrônable.

Après le naturalisme poétique de Carné et Prévert, ce cinéma réconciliait le réalisme et la magie d'un art confié à des orfèvres du fond et de la forme. Fabriquer un classique, un rêve de cinoche avec l'histoire de deux types transportant du cochon dans leurs valises. Le génie de l'écrivain Marcel Aymé transcendé par un grand cinéaste royalement entouré. Des artisans admirables dont l'exigence et le savoir-faire furent balayés et moqués quelques années plus tard par une certaine Nouvelle Vague qui n'eut souvent de moderne qu'une dérisoire insolence. Depuis, le temps à fait son oeuvre. La Nouvelle Vague ne retourne plus grand monde mais les géants ont regagné leur Olympe et Gabin fait encore tonner la foudre jusque dans la cave de l'épicier Jambier.

 

 

 

 

Francisco,

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 L'avis des lecteurs 

 

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Spinaltap

 

"Un classique dont on ne se lassera jamais"

 

Sofi

 

"Quel plaisir de se replonger dans le cinéma de ces années là où les métiers du cinéma comptaient plus d’artistes que d’informaticiens "

 

Pat

 

"... chef d'œuvre dont je ne me lasse pas. Jambier, 45 rue de Poliveau, c'est ancré à vie."

 

JFC

 

"... grand moment de cinéma!"

 

Annevalle

 

"... ces géants du cinéma qui prenaient tout l'écran et que nous admirions ..."

 

Fabienne

 

" Un film qui prend aux tripes, grâce à une interprétation et une mise en scène sans effets superfétatoires...des répliques qui font mouche et restent en mémoire...pour décrire une période trouble avec ses héros et ses collabos."

 

 

 

 

 

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1956

1H25

LE BLU-RAY : Un travail de restauration admirable. Profondeur des noirs, contrastes et niveau de détail à la fête. Quelle cadeau de redécouvrir ce joyau du cinéma français dans un tel écrin.

REAL:

 Claude Autant-Lara

SCÉNAR:

 Marcel Aymé (short story), Jean Aurenche (dialogue)  | 3 more credits »

 

 

 

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23/04/2021
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