Les Heures Libres

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LA FIÈVRE DE PETROV, debout les morts !

Poème     Fantasme     Hallucination    Rage   Objet Filmique Non Identifiable
Kirill Serebrennikov

 

 

 

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Je pourrais apposer le précieux label "film de dingue".

Ou même "films de dingues", tant l'oeuvre est multiple, géante, "ogresque". Impossible à résumer et difficile à présenter. Je vais quand même m'efforcer, humblement, de vous ouvrir l'appétit.

 

Ce cinéma là, il faut lui rentrer dans le lard et s'enivrer des effluves de son âme profonde. C'est un film monstre, débordant de colère, de rage et d'amour. Un film-monde. 

La Fièvre de Petrov défend sacrément bien son titre. Ce métrage est littéralement habité sur le fond comme sur la forme par la fièvre et ce jusqu'à l'hallucination. Enveloppée dans une photographie vaporeuse, comme saisie dans les limbes d'une conscience au bord du coma, la dérive du "fiévreux" Petrov dans une Russie en plein chaos, aux portes de la guerre civile, interroge le sens premier de l'existence. L'amour, la vie, la mort et les pulsions qui nous animent dans le mouvement d'une course folle échappant rapidement à toute logique et enchaînant les plans-séquences et les raccords virtuoses avec un appétit de cinoche totalement galvanisant.

Une fièvre que seule la soif de créativité, délivrée ici comme un torrent, peut irriguer. Les différents niveaux de conscience se croisent, se superposent, s'interpénètrent jusqu'à fusionner. Souvenirs d'enfance, fantasmes se font écho d'un personnage à l'autre. Suivre Petrov, c'est cavaler derrière le lapin d'Alice. Il vous abandonnera parfois mais toujours en fascinante "compagnie".

 

 

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Tous les chemins et toutes les interprétations restent ouvertes. La Fièvre de Petrov est un jouissif bordel d'une maîtrise formelle ahurissante dont se régalera tout amoureux d'un cinéma libéré de son ancre. Un bateau ivre qui se fout de sa destination.

Oeuvre nihiliste? Non ! Oeuvre libre. Même dépressive, arrosée d'alcool et plombée par la "maladie", la danse de Petrov ne cesse de célèbrer la vie.

 

En cela, sans afficher de discours politique à gros sabots, le film affiche et affirme une saine rage d'artiste anarchiste. Après les rockeurs de l'élégant (mais encore sage et esthétiquement propret) Leto le réalisateur Kirill Serebrennikov lâche les chiens et fout le feu partout. hé, oui... ça brûle. Petrov et la sarabande de personnages hybrides qui l'accompagnent traversent un monde finissant. Un univers qui dépasse les frontières de l'Est et résonne avec une ambition universelle. C'est l'orchestre de notre monde qui penche, celui du Titanic jouant à plein tube. Nous entendons ici la fanfare sinistre des idéaux et des idéologies agonisantes. Une farce cruelle, drôle, déchirante, virtuose, s'achevant par la course d'un cadavre échappant à son corbillard et n'aspirant qu'à rentrer à la maison. Un monde viral, grippé, où il fait bon se tirer une balle ou, au mieux, rester couché. 

 

Au coeur du désert actuel où le cinéma d'auteur attend fébrilement ses prochains génies et où le cinéma populaire semble définitivement ruiné par le "Fan-Service" et le "Wokisme", dictatures ultimes d'un "neuneuisme généralisé" incapable d'embrasser l'art de la nuance et s'abreuvant à l'écuelle des nouveaux réseaux d'inculture et de désinformation, il me semble plus que salutaire de chopper La Fièvre de Petrov. 

On s'y abandonne.

On ne lutte pas contre ce genre d'oeuvre.

"Pure expérience existentielle et sensorielle"  elle échappe même à toute critique.

 

 

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Grand film ? Manifeste ? Oeuvre culte ? Chef-d'oeuvre ?

Quelle importance...

Aucune étiquette ne tiendra sur cet objet filmique. Mais ce qui est sûr, c'est que cette vigoureuse tranche de ciné restera. La Fièvre de Petrov apporte la bonne nouvelle d'un cinéma qui bouge encore et n'hésite pas à réveiller les morts. 

 

 

 

 

 

Francisco, 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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2021

 

2h25

 

 

Le DVD :  Sérieux, pas de blu-ray pour cette merveille visuelle?!! (alors que même les dernières merdes avec Bruce Willis ont droit à leur petit boitier bleu?) il faudra vous tourner vers MyCanal pour une diff HD. Pour les amoureux du support physique, le dvd fait ce qu'il peut mais ses limites entravent la richesse des matières et détails et toutes les subtilités de cette photographie vaporeuse qui aurait justement  mérité une extrême finesse de traitement.

Un jour peut-être ... (chez un distributeur courageux comme Potemkine)

 

 

 

 

 

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22/09/2022
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