LES HEURES LIBRES

LES HEURES LIBRES

INCASSABLE, are you ready for the truth?

Fantastique   Comics    Drame
M. Night Shyamalan

 

 

 

 

 

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Prendre le temps.

Le temps de développer lentement, insidieusement, le délicieux sentiment "d'inquiétante étrangeté"... C'est la magistrale leçon que délivre Shyamalan à tous les tâcherons du cinéma hystéro-fantastique actuel. Et je pointe particulièrement le monde des super-héros aujourd'hui sans point de vue, englué dans les CGI et à l'inspiration anémique. Nous nous trouvons ici à dix mille lieues des épileptiques et décérébrés pétards fluos Marveliens (même si j'en ai défendu deux ou trois sur ce blog). Pris d'une soudaine lassitude je suis donc retourné aux fondamentaux, direction... Incassable!

 

Je vais donc causer ici du film de super-héros le plus nourrissant de mon humble Blu-raythèque. Pourquoi? Hé bien déjà, parce que ce modèle de sobriété et merveille d'efficacité est avant tout un film "hanté". Soit, le contraire d'un film qui se regarde, divertit et puis s'oublie. Quand on aime le cinéma de genre aux ambiances chiadées et aux personnages solides, Incassable entre chez vous pour toujours. Ensuite parce que c'est le triomphe du cinéma d'atmosphère. Rendons grâce au directeur photo Eduardo Serra ( qui a fait d'énormes progrès de Pinot Simple Flic à La jeune Fille à la perle jusqu'aux deux derniers volets d' Harry Potter) pour cette image froide d'un quotidien ordinaire et souvent pluvieux. Décor lugubre, voir funèbre, d'une normalité déprimante, sur lequel peuvent alors se déployer avec aisance les ailes du fantastique.

 

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Cet art du contraste absolu, à l'image du duel résolument binaire du Bien contre le Mal, alimente aussi bien l'impériale direction artistique que l'affrontement de deux personnages instantanément cultes. l'incassable David Dunn contre l'Homme de verre Elijah Price. De la routine et ses piteuses aspirations (Misérable séquence de drague SNCF pour David Dunn en guise d'introduction du personnage) au miracle conduisant à la révélation d'un être d'exception. Paradoxe et contraste toujours, le miracle repose sur un drame épouvantable: Le personnage de Bruce Willis est le seul survivant d'un terrible crash ferroviaire ayant fait plus d'une centaine de victimes.

 

Autre atout : Shyamalan frappe fort sans jamais cogner.

Second coup de maître après Sixième Sens, ce jeune réalisateur (à peine trente ans à l'époque) enveloppe son film du même rythme cotonneux et des mêmes brumes que dans son oeuvre précédente, avec un sens du cadre encore plus abouti. La profusion des plans-séquences, parfois fixes (courage d'une mise en scène qui ne cherche pas à se planquer) nourrissent ce climat d'attente propice au surgissement du surnaturel. L'intensité du jeu, sur ses longues prises, est ici à son paroxysme. Les seuls effets spéciaux sont bel et bien les personnages. Shyamalan n'a besoin que d'haltères et quatre pots de peinture pour fabriquer du fantastique tout comme il nous tétanisait avec un simple baby-phone dans SignesMais revenons aux personnages. Bruce Willis et Samuel L. Jackson livrent tous deux des performances hors-norme. Chacun sur leur territoire. Le silence et l'attente pour l'agent de sécurité d'abord dépassé par son pouvoir, la parole "magique" et l'action violente pour son double maléfique. Puis les rôles basculent sans qu'à aucun moment ces titans d'acteurs ne perdent en crédibilité. La marque des grands.

 

Le passage à l'action pour Dunn (magistral plan-séquence de l'affrontement avec le serial-killer filmé en plongée, point de vue divin?) est libérateur, dans tous les sens du terme. Willis, rescapé d'une série de Blockbusters abrutissant, est rompu à l'exercice de l'héroisme. Mais si il acquiert ici, et plus que jamais, une stature de héros ce n'est plus grâce à sa solide carrure ni à son petit sourire en coin totalement ravageur mais bien en portant sur l'univers qui l'entoure ce regard fragile dont la profonde humanité bouleverse tout au long de son parcours. Une performance à la fois sobre et monumentale. Seul un acteur de cette trempe avec son historique aussi lucratif que déceptif artistiquement pouvait s''impliquer à ce point et faire entrer David Dunn dans la légende. Énorme, également, le gars Jackson. Sa coiffure improbable rompant net avec son élégance vestimentaire est la seule touche permettant de deviner que le type a prit un peu de distance avec le réel et la raison. Il compose avec grâce un personnage fascinant. Sa diction impose le silence et le mystère. Ses silences menaçants et ses phases de prostration entrainent rapidement le film dans les grandes profondeurs.

 

 

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Incassable est un fascinant parcours initiatique. Pour les deux personnages.

Voyage d'un ordinaire verrouillé, plombé, vers l'extraordinaire. D'un quotidien en déroute, mariage agonisant pour Dunn et maladie invalidante pour Price, à l'avènement du fantastique. En cela, Incassable est une déclaration d'amour non aux comics mais à leur pouvoir. Cette faculté qu'ils ont de transcender le réel en imposant la force de figures mythiques sur toutes les faillites et fragilités du quotidien.

 

Là ou la plupart des films de super-héros évacuent au premier quart du film l'acte de révélation du héros Shyamalan fait durer le plaisir et y consacre les deux tiers du métrage jusqu'à la révélation finale donnant naissance au génie du mal. Chacun se révéle grâce à l'autre et cet accouchement occupe l'ensemble du film. Ce jeu de miroir est d'ailleurs présent tout au long de la première partie du film. Miroir de la chambre lors du plan séquence d'ouverture présentant la naissance de "l'homme de verre". Miroir ensuite d'un personnage témoin. Le regard d'une petite fille d'abord amusée puis réprobateur observant un David Dunn draguant laborieusement une jolie femme qui finira par changer de place, Puis miroir d'un téléviseur éteint renvoyant l'homme de verre, alors adolescent moqué, à son propre isolement et instillant déjà le désir de se créer un monde à lui répondant à ses propres codes. Cette manière de présenter les deux personnages principaux n'est pas gratuite. Ce point de vue en renvoie l'image de deux figures "prisonnières"d'une réalité qui n'est pas la leur et attendant le climax ultime qui les fera passer définitivement de l'autre côté du miroir.

 

 

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Incassable, chef d'oeuvre ? 

Absolument. Presque vingt ans après sa sortie il passe royalement l'épreuve du temps. Indémodable par sa sobriété d'écriture, de jeu et de réalisation. Sur cette base d'une simplicité et d'une cohérence admirables la partition musicale du fidèle James Newton Howard (de nouveau à l'oeuvre sur Split) prend son envol et fabrique du mythe à plein régime.

 

Tout au long du film le "sentiment fantastique" prime sur "l'effet". Une constante, alors dans l'oeuvre de Shyamalan ( je parle d'avant le temps de l'auto parodie et des bluettes SF futures) Monsieur Shyamalan, c'est à toi que je m'adresse à présent : J'espère que cette "apparente simplicité" t'a guidé pour GLASS, le second volet aujourd'hui en post-prod (sortie début 2019). Parce que même si le retour de David Dunn à la toute fin de Split m'a fait hurler de joie, le risque est immense d'abîmer le mythe. Cette première bande-annonce offre de belles choses en terme d'atmosphère mais, de ce que je perçois, je ne sens pas forcément le mariage parfait avec l'intrusion du personnage de Split. La crainte de voir la magie du premier opus s'envoler en réduisant les personnage à d'énièmes super-héros de blockbusters. reste malgré tout présente.

 

Certes, tes deux derniers films sont plus que sympathiques mais j'espère que tu est revenu au sobre, au pluvieux et à l'intime. Parce que c'est toute la force du genre fantastique. Dépeindre un ordinaire bien ordinaire, pour que l'intrusion de l'inexplicable conserve toute sa force. Au bout de ces deux minutes de trailer, je ne suis pas persuadé que tu aies laissé cuire à feu doux le mystère, la magie et l'effroi.  Mais ce n'est qu'une bande-annonce avec forcément ces matraquages visuels et musicaux insupportables histoire de réveiller le bourrin en chacun de nous.  Mais, je le disais, il y a du bon. Vu le décor qui se dessine ici, un l'asile d'aliénés,  "l' inquiétante étrangeté"peut aussi prendre carrément son envol. Ce délicieux sentiment de rupture qui faisait toute la force de ton indestructible, atemporel et universel bloc de cinéma. Bref, puisse Glass rester Incassable.

 

 

 

 

Francisco,

 

 

 

 

 

 

    The Beauty Of

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Come-back bien raté

 

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Je ne vais pas chroniquer pendant des heures ce qui pour moi un gentillet naufrage.

L'espoir perdure pendant les vingt premières minutes puis le scénario s'enferme en HP et les personnages se mettent alors à gesticuler dans le vide ou rester aphasiques, tous emprisonnés et plombés par des enjeux désolants. La psy, maîtresse du jeu et des lieux est un personnage sans intérêt interprété d'une manière totalement caricaturale.

Willis : Absent, quasi fantômatique. Il faudra attendre mars 2022 pour connaître la raison de cette "absence" et elle sera tragique. Tout sera alors pardonné. Bruce Willis reste une légende. Un type au charme et au charisme incomparable et un guerrier jusqu'au bout. Qu'importe sa dernière collection de nanars, lorsqu'il s'agit d'assurer l'avenir de sa grande famille John McLane est là. 

Pour les autres, aucune excuse.

Jackson :  Le film porte son nom mais sa présence ne ranime le film que dans sa dernière partie et d'une manière assez poussive, limite pathétique. Errance d'écriture ...

McAvoy : En roue libre. Habile cabotinage mais cela tourne finalement à vide. Encore une direction d'acteur à la ramasse et une paresse scénaristique incompréhensible de la part du génie du thriller fantastique de la fin des 90's et début 2000. Glass devient rapidement Split 2. Pas vraiment ce que j'attendais. J'avais commandé un boeuf bourguignon et on me sert une assiette d'endives. 

 

Tout a disparu. Le style. L'épure, le tempo langoureux, cette succession de plans-séquence irradiants, bref, ces merveilleux sens du rythme et de l'atmosphère qui favorisaient l'envoûtement du premier opus se sont ici évaporés. Disparus le mystère, le charme et l'intelligence sans frime.  Place à l'agitation vaine. C'est tendance.

Dernier clou du cercueil : Le twist final le plus laborieux de l'histoire du cinéma. Le pire étant que Shyamalan allait creuser un peu plus profond dans le grotesque avec son film suivant. Le pathétique Old. Un cauchemar dans à peu près tous le sens du terme.

Bilan : j'en aurais presque chialé de voir s'abîmer ainsi un aussi bel univers. Shyamalan a donc retrouvé (un peu) les hauteurs du box-office en cassant son jouet. Symptôme d'une époque imbécile où la beaufitude d'un spectacle l'emporte sur l'esprit, la retenue et l'exigence. Un film moins bon et autrement plus chiant qu'un épisode raté d'American Horror Story...

Notre "Bruce Willis for ever", aurait mérité autre chose qu'une suite ratée pour son dernier vrai rôle au cinéma avant les sinistres DTV de sa triste fin de carrière. Ouais, finalement, j'en chiale.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

Night's  

 

 


 

 

 

 

 

 

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25/08/2017
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