FRANCISCOLAND (à la poursuite du lapin blanc)

FRANCISCOLAND     (à la poursuite du lapin blanc)

HACKER, Ghost-Mann

TECHNO-THRILLER                    

MICHAEL MANN

 

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J'aurais aimé ça.

Chroniquer ce film avec des expressions du genre : "le chef-d'oeuvre incompris de Michael Mann", "Une leçon de mise en scène qui impose définitivement son réalisateur comme le maître incontesté du néo-polar".

Mais là... non.

Où es-tu Michael?

Même si les cadres  ultra léchés, parfois étirés à l'infini, les amorces de plans en courte-focale avec le point derrière l'oreille de l'acteur font encore merveille ici et là, Hacker est pour moi un truc froid et oubliable. Soyons bien d'accord, il n'y a rien de honteux dans ce techno-thriller.

Le savoir-faire est là. Une photographie épousant habilement différentes sources numériques ( Arri Alexa, GoPro, Canon EOS 5 et 7D, Phantom Flex) avec des résolution de 2 à 4K,  et des séquences de fusillades dont la plus virtuose est une de ces séquences nocturnes dont Mister Heat à le secret.

Mais la maladie qui bridait Public Enemies a ici tout gangrené.

Perfectionnisme absolu de la forme, mais des personnages totalement schématiques voir limite fantômes.

 

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Depuis Le Solitaire, le héros Mannien est un franc-tireur.

Nick Hathaway ne fait pas exception à la règle. 

Seulement Chris Hemsworth n'apporte strictement rien de nouveau  dans son rôle de héros badass hacker sorti de prison pour débusquer un génie du mal bien décidé à semer le chaos.  Il tape sur son clavier comme un vrai hacker, se la joue impassible bien comme il faut, séduit une adorable ingénieur réseau, se bagarre comme Thor et entretien son corps et son esprit avec une belle constance.

C'est bien mignon, mais coté personnalité il est à peine plus passionnant à suivre qu'un inspecteur des impôts épluchant les comptes d'un petit patron de PME. He don't give a fuck of à peu près everything et il faut bien avouer que moi aussi. Et ce dès le début du film. Qu'il mène à bien sa mission est resté le cadet de mes soucis jusqu'à la fin.

Le bad guy,  au physique volontairement ordinaire ne vous sortira pas non plus de l'élégante torpeur qui baigne le film. 

Et son homme de main au profil déjà plus travaillé ne transcende pas vraiment son rôle.

Bref, on sent bien qu'on va être couché tôt et qu'on ne fera pas de cauchemars.

 

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Le dernier film de Mann aux personnages solides c'est Collateral.

Depuis, plus rien.

Dans Miami Vice la pilule passe, malgré tout, car les personnages sont volontairement filmés comme des icônes et que le spectacle est pour le coup visuellement novateur, souvent même expérimental. C'est peut-être le film d'auteur le plus cher de l'histoire du polar. Que l'on accroche ou non, l'objet est parfait et l'ensemble d'une parfaite cohérence.

Public Enemies n'est pas le rôle le plus intense de Johnny Depp et l'histoire d'amour entre Billie et Dillinger ne prend pas vraiment aux tripes mais, une fois encore, l'emballage assez admirable hisse l'ensemble au-dessus du tout-venant. Ça reste très beau mais on roupille un peu.

Avec Hacker, l'assoupissement vire au coma profond.

Non seulement personne ne sort vainqueur d'un casting sans alchimie mais visuellement une étrange photographie aplatit un ensemble pourtant filmé de main de maître. Au final, aucun détail ne s'imprime sur la rétine. Idem sur le fond. Michael Mann à étudié le dossier 2 ans durant pour adapter au bout du compte un improbable et linéaire scénario.

Première faute de goût, l'ouverture du film. Le parcours des bits numériques le long des circuits imprimés.

Une attraction façon ouverture de Fight Club  mais sans la folie ni l'humour noir du modèle.

Le danger est censé être partout et nos défenses fragiles mais on se croirait dans un remake fauché de Tron ou un quatrième Matrix façon fan made sur Youtube.

La messe est dite. Mann s'affiche d'emblée avec plusieurs trains de retard et l'international et paranoïaque techno thriller tant attendu est flingué dans l'oeuf. (On peut alors rêver tout au long du film de ce qu'en aurait tiré un Fincher)

 

Vous vouliez vivre la grande et ultime trouille numérique?

Assister à la démonstration terrassante que l'intimité de chacun et la sécurité n'est plus qu'une illusion ? 

Être persuadé que la prochaine grande attaque terroriste sera sans doute un gigantesque piratage?

Plongez-vous plutôt dans la série Mr. Robot.

Alors voilà, on y est.

Michael Mann parlerait-il finalement de la mort du cinéma?

Comment l'ère numérique (avec Hemsworth, Thor de l'écurie Marvel et son univers tout en CGI) a dévoré l'âme du 7ème art pour le réduire en fantomatiques data ignifugés.

Une propre et lisse apocalypse de l'âme désespérément à l'abri du feu créateur.

 

J'ai envie de me dire que Mann, avec cette soupe tiède, tire rageusement sa révérence.

On se retrouve à suivre une honnête série B aux enjeux prévisible, s'achevant dans une course-poursuite à l'exotisme de carte postale. Une cérémonie traditionnelle de chasse aux démons Balinaise (voyez la symbolique).

Le brillant maître d'ouvrage de chefs d'oeuvre existentialistes à la logique formelle terrassante que sont Heat, Révélations, Collateral, mécaniques brillantes aux acteurs charismatiques, s'est mué en tour operator nous offrant un tour du monde sans surprises ni vibrations dans les bras d'un invincible gros nounours un peu rebelle.

 

J'attendais une grande claque et je me retrouve devant un gentil polar, plutôt inoffensif.

Pour la grande menace contemporaine, on repassera.

Hacker aurait pu au moins avoir l'élégance d'être un grand film raté. Un truc énorme et malade. Voir même une de ces immondes boursouflures prétentieuses mal accouchées, comme seuls les authentiques génies savent les chier.

Non.

C'est pire.

Il est juste anodin.

On va prendre ça pour une aimable parenthèse dans la grandiose filmographie du cinéaste, un terrible coup de mou, un assoupissement dépressif, une grosse descente, en attendant sagement le prochain, les doigts croisés.

 

 

 

 Francisco,

 

 

 


 

 

 

 

 

 

Perfectionisme  (malgré tout)

 

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HACKER

2015

2H10

LE BLU-RAY :  C'est assez beau, même si les quelques segments en Gopro font pâle figure en comparaison avec les plans d'ensemble en résolution 4K. On cherche, malgré tout, le piqué ravageur dans cet ensemble plutôt lisse. Une esthétique qui manque singulièrement de tranchant, un peu à l'image de ce polar chiadé mais anecdotique. (On est loin des expérimentations visuelles de Miami Vice et à quelques années lumière de la matière filmique incandescente de Collateral)

 

 

Director:

 

 

 

 

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29/08/2015
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