LES CHRONIQUES CINÉ DE FRANCISCO & Co

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DELIVRANCE, Spinaltap file droit dans le culte!

SURVIVAL / THRILLER / BLU-RAY

JOHN BOORMAN

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"J'ai fait beaucoup de films. Peut-être soixante ou soixante-dix. Il n'y a pas trace de cinquante d'entre eux dans ce musée. Dix d'entre eux sont OK, même assez bons. Mais toute une partie d'une salle est dédiée à Délivrance car ce film a changé ma vie."


Une confession signée Burt Reynolds lors de la réunion organisée dans le musée Burt Reynolds en Floride (si, si, ça existe!) avec les trois autres acteurs principaux du films, Jon Voight, Ned Beatty et Ronny Cox, à l'occasion du 40ème anniversaire du film. Une conversation présente dans les bonus de cette édition Blu-ray qui nous permet de mesurer à quel point ce film et son tournage épique datant de 1972 tiennent une place à part dans la mémoire des quatre comédiens, intimement liés par ce qu'ils considèrent comme une aventure extraordinaire.

 

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- What the hell you wanna go fuck around that river for?

- Because it's here.

Profiter du moment présent, apprécier la beauté authentique et la quiétude d'un monde qui va disparaître. Tel est le point de départ du scénario de ce survival écolo, véritable classique du ciné américain poisseux et teigneux des seventies ayant traumatisé quantité de randonneurs.

Quatre potes vivant à Atlanta, Ed, Lewis, Bobby et Drew, se rendent dans le sud des Appalaches en Géorgie pour descendre en canoë une rivière isolée qui va être engloutie sous un lac artificiel suite à la construction d'un barrage.

 

Lors d'une petite pause dans les bois, Ed et Bobby vont tomber sur deux autochtones armés bien crasseux qui vont s'avérer être des rednecks de compétition. Le genre de type dont les seules relations sexuelles consenties se font avec des membres de leur famille ou à défaut avec des animaux - et dans ce cas il est relativement difficile d'évaluer le consentement d'une chèvre ou d'un porcinet. A propos de porcinet, Bobby, comme par hasard le plus grassouillet, va se retrouver en slibard à ramper dans la terre et imiter les cris d'un cochon avant de se faire visiter la rondelle, tout ça devant son copain ligoté à un arbre et l'autre demeuré édenté qui ricane bêtement. Heureusement, Lewis (Burt Reynolds sans sa moustache) se pointe en loucedé et comme il est balèze en tir à l'arc, il décoche une flèche meurtrière qui met un terme à ce moment particulièrement embarrassant pour le pauvre Bobby, exsangue et vautré sur un rondin. L'édenté, qui s'apprêtait à déballer son engin pour se faire administrer une petite douceur buccale par Ed, cesse subitement de faire le malin et parvient à prendre la fuite. Le cauchemar ne fait alors que commencer.

 

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Le film du réalisateur et producteur anglais John Boorman (Excalibur, Rangoon) est resté dans les mémoires Non seulement pour cette scène éprouvante qui fait brutalement basculer cette histoire de descente contemplative d'une rivière en sauvage descente aux enfers mais aussi pour une séquence intervenant au début: le fameux "duel" guitare/banjo dans laquelle Drew et un jeune du coin atteint par une déficience génétique improvisent un formidable et virtuose duo country.

L'universalité de la musique efface l'espace de quelques minutes une incommunicabilité qui s'installe dès la fin de cet instant magique de complicité mélodique. Comme un aperçu du thème du choc des civilisations au sein d'une nature détruite par l'Homme que Boorman développera treize ans plus tard dans "La forêt d'émeraude".

 

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Délivrance pose la rivière en personnage central du film, une rivière condamnée qui se montre de plus en plus dangereuse, symbole d'une nature vengeresse opposant sa propre sauvagerie à celle des hommes. Elle représente également une échelle métaphorique sur laquelle se situerait le point de non-retour ("Le point de non-retour" est d'ailleurs le titre d'un précédent film de Boorman).

À quel moment n'est-il plus possible de faire marche arrière, que ce soit dans le tumulte des flots ou par rapport à nos propres actes?

Portés par une interprétation sans failles, le réalisme et la tension du film sont appuyés par le fait qu'il n'y a pas de héros parmi ces personnages semblant se retrouver dans un sursis rappelant celui du milieu dans lequel ils luttent pour leur survie. Celui qui semble le plus apte à affronter cette épreuve extrême, Lewis, le leader du groupe aux gros bras qui aime avoir le contrôle et se plaît à relever des défis, se retrouve réduit par les circonstances à un rôle de figuration et voit son destin remis entre les mains de ses compagnons transformés en cibles mouvantes, citadins peu aguerris face à toute forme d'agression primitive.

 

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Visuellement, le film est littéralement fait de bois.

Un bois qui en renforce son authenticité, matériau noble travaillé par la patine du temps imprimant quasiment tous les plans d'une nostalgie nimbée d'un charme rustique: forêt, cabanes, guitare, canoë, arc, feu de camp, jusqu'à l'image marquante de cette petite église déménagée avant l'inondation d'un village.

 

La remasterisation offerte par cette édition sortie en 2016 restitue une magnifique photo aux couleurs chaudes et rend toute sa splendeur aux paysages bordant la rivière Chattooga, mais le gros défaut du film n'est malheureusement pas corrigé, ce qui aurait certes constitué un sacré exploit: la scène de l'escalade de la falaise par Jon Voight tournée en nuit américaine. Je peux vous le confirmer ici solennellement, mes amis amateurs de belle image et de lumière chiadée: c'est définitivement la pire nuit américaine de l'histoire du cinéma! Un foirage total! Couleur improbable, arrière-plan de rivière surexposé, ciel solarisé bavant parfois sur la tronche du futur papa d'Angelina Jolie! Pas joli-joli pour le coup, tout ça! Comme une vilaine tâche sur une toile de maître. On imagine aisément que John Boorman a autant ramé en post-prod que ses acteurs pendant le tournage pour essayer de rattraper le coup. Vilmos Zsigmond, le directeur photo, a pourtant assuré ensuite une brillante carrière (Rencontre du troisième type, Voyage au bout de l'enfer, Blow out, The Crossing guard). Alors qu'est-ce qui s'est passé, nom de Dieu??!! Il avait découvert un alambic bricolé par les péquenauds du coin et s'était bourré la gueule à la gnôle frelatée? Le caméraman avait gobé du LSD et était barré en plein trip psychédélique?? L'assistant avait mélangé les filtres de caméra avec les filtres de la machine à café??? J'en sais rien mais là y a truc qui a clairement déconné!

 

Ce qui est véridique, c'est que Boorman, lui, était très occupé pendant le tournage à s'engueuler avec James Dickey, l'auteur du livre qui a inspiré le film, un grand gaillard bourru à l'alcool pénible qui était très pointilleux quant à l'adaptation de son oeuvre et la direction d'acteur. Tellement pointilleux que le réalisateur a fini par lui filer le petit rôle du shérif qui mène l'enquête lors de l'épilogue pour qu'il lui foute la paix!

Une délivrance, quoi.

 

Spinaltap,

 

 

 

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Le Duel


 

 

 

 

 

Film culte


 

 

 

 

 

 

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DELIVRANCE

1972

1H45

LE BLU-RAY :   " La remasterisation offerte par cette édition sortie en 2016 restitue une magnifique photo aux couleurs chaudes et rend toute sa splendeur aux paysages bordant la rivière Chattooga, mais le gros défaut du film n'est malheureusement pas corrigé, ce qui aurait certes constitué un sacré exploit: la scène de l'escalade de la falaise par Jon Voight tournée en nuit américaine. Je peux vous le confirmer ici solennellement, mes amis amateurs de belle image et de lumière chiadée: c'est définitivement la pire nuit américaine de l'histoire du cinéma! "

Director:

Writers:

(screenplay), (novel)

 

 

 

 

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27/04/2017
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