LES HEURES LIBRES

LES HEURES LIBRES

CAUSEWAY, musique douce

 

Drame     Feel-good
Lila Neugebauer

 

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Elle avait à peine vingt ans.

Son visage de poupée triste au regard déterminé m'avait totalement bluffé dans le rugueux Winter's Bone (2010) de Debra Granik. Depuis, Jennifer Lawrence est devenue une authentique star ou star authentique, digne héritière d'une Meryl Streep dans sa volonté d'embrasser tous les registres avec une même conviction et le même engagement.

Tout en traversant la trilogie grand public Hunger Games ou en ayant rejoint les nouveaux X-Men, cette comédienne a toujours conservé un pied dans l'indé en restant l'égérie du passionnant cinéaste David O. Russell (Happiness Therapy, American Bluff, Joy) ou en plongeant au coeur du cauchemar névrotique de Mother pour Darren Aronofsky.

Forte de cette solide et éclectique expérience, cette jeune actrice de 32 ans s'installe avec grâce et retenue dans ce rôle d'ex-combattante de retour d'Afghanistan dans sa ville natale du sud des Etats-Unis. Blessée de guerre, nous allons suivre son personnage si puissamment incarné le long d'un délicat parcours de résilience. Parcours au cours duquel elle fera connaissance de James, garagiste lui aussi cabossé par la vie. Encore un chouette titre prenant sa place sur une plateforme AppleTV+ toujours plus attrayante.

 

On ne va pas se mentir, ce canevas du difficile retour du guerrier a déjà été bien exposé par le cinéma américain, avec pas mal de grands films et chefs d'oeuvres. On peut citer l'attachante première apparition de Brando dans C'était des hommes de Fred Zinneman (1950) le suffocant  Johnny s'en va en guerre de Dalton Trumbo (1971) le tendre Retour d'Hal Ashby et l'incontournable Voyage au bout de l'Enfer de Cimino, tous deux sortis en 1978, ou encore saluer l'immense prestation de Tom Cruise dans Né un quatre juillet  (1989) d'Oliver Stone, tout comme celle, variation insolite, de Joaquin Phoenix dans The Master de Paul Thomas Anderson. N'oublions pas non plus la cultissime déclinaison guerrière et survival que représente le premier Rambo de Ted Kotcheff sorti, sorry les gars, depuis maintenant quarante ans. 

Seulement voilà, Causeway a le mérite d'apporter une touche féminine à cette liste loin d'être exhaustive. Et quand c'est Jennifer Lawrence que l'on découvre à l'écran, c'est encore un peu de bonheur en plus. Surtout quand à sa prestation toute en finesse s'ajoute celle, irrésistible, de Brian Tyree Henry ( Bullet Train, Les Veuves) acteur s'épanouissant dans le registre "nonchalance ultra-charismatique" que j'ai découvert et adoré dans l'épatante série Atlanta. Autant dire que le bain de tendresse et la douce magie qui s'échappent de ce séduisant métrage reposent sur l'électrique alchimie de ces deux stradivarius.

 

 

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Mais pas seulement.

Si le duo fonctionne admirablement c'est aussi grâce à la mise en scène toute aussi délicate de Lila Neugebauer. Pour son premier long (après la réal de deux-trois épisodes de séries télé) la réalisatrice impose un savoir-faire qui impressionne et rassure quant à l'avenir du cinéma. Elle ne fout pas sa caméra n'importe où et sait se poser quand il faut. Aucun effet de style inutile, aucune épate. Justesse et simplicité sur tous les plans. Du cinoche par petites touches. Voici un premier film qui respire la maîtrise à l'image de sa direction d'acteur impériale.

Précisons que la jeune cinéaste est secondée par un talentueux chef-op en la personne  de Diego Garcia. Véritable peintre de lumière sur des perles comme la première réal du comédien Paul Dano Wildlife: une saison ardente, ou le Cemetery of Splendour d'Apychatpong Weerasethakul (Moi non plus, je ne retiens jamais son nom) Diego est également un fidèle artisan du cinéma comme du doc mexicain de ces dix dernières années.

 

Voilà.

Je ne vous parle pas d'un chef-d'oeuvre. Juste d'un film qui fait du bien. Il embrasse ici et là les clichés du genre mais sans insistance. Et cette petite musique m'a séduit.

Sur cette mise en image particulièrement soignée et montée en toute sobriété l'émotion peut prendre son envol. Et c'est ce qu'accomplit Causeway. Nous toucher en plein coeur et ayant toujours l'élégance de se retirer avant les effusions de larmes ou les cris. La vie est là. Simple et tranquille, au-delà des drames et des blessures.

Le bienfaiteur Studio A24 (The Green Knight, Ex Machina, Under the Silver Lake, Lamb entre autres perles) vient d'ajouter une nouvelle perle à son prestigieux catalogue de cinéma hors-balises. Une de ces oeuvres toute simple sur les cabossés de la vie qui nettoie le regard, nous prend dans ses bras et nous parle doucement. Un de ces films dont on sort un peu moins con et un peu plus à l'écoute.

Ça vaut le coup, non?

 

 

 

Francisco, 

 

  

   

 

 

 

 


   

 

2022

 

1h30

 

 

 

 

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05/11/2022
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